CHAPITRE "XV
De la coiumuuication du pouvoir.
U A N S le gouvernement despotique , le pouvoir passe tout entier dans les mains de celui à qui on le confie. Le visir est le despote luimême , et chaque officier particulier est le visir. Dans le gouvernement monai'chique , le pouvoir s'applicjue moins immédiatement; le monarque, en le donnant, le tempère (2"). Il fait une telle distribution de son autorité , qu'il n'en donne jamais une partie qu'il n'en retienne une plus grande.
Ainsi , dans les états monarchiques , les gou verneurs particuliers des villes ne relèvent pas tellement du gouverneur de la province qu'ils ne relèvent du prince encore davantage; et les officiers particuliers des corps militaires ne dépendent pas tellement du général qu'ils ne dépendent du prince encore plus.
Dans la ])lupart des états monarchiques on a sagement établi cjue ceux qui ont un commandement un peu étendu ne soient attachés
(i) Liv. V, chap. III.
(9.) Ut es':e l'iiœbi dulcius lumen rolct
Jamjam cadenfis....
Fspn. nrs r.ois. 1. lO
à aucun corps de milice ; de sorte que, n'ayant de commandement que par une volonté particulière du prince , pouvant être employés et ne l'être pas, ils sont en quelque façon dans le service , et en quelque façon dehors.
Ceci est incompatible avec le gouvernement despotique. Car si ceux qui n'ont pas un emploi actuel avoient néanmoins des prérogatives et des titres , il y auroit dans l'état des hommes grands par eux-mêmes ; ce qui choqueroit la nature de ce gouvernement.
Que si le gouverneur d'une ville étoit indépendant du bâcha , il faudroit tous les jours des tempéraments pour les accommoder; chose absurde dans un gouvernement despotique.
Et de plus , le gouverneur particulier pouvant ne pas obéir , comment l'autre pourroit-il répondre de la province sur sa tête?
Dans ce gouvernement l'autorité ne peut être balancée ; celle du moindre magistrat ne l'est pas plus que celle du despote. Dans les pays modérés la loi est par-tout sage, elle est par-tout connue , et les plus petits magistrats peuvent la suivre. Mais dans le despotisme, où la loi n'est que la volonté du prince , qiiand le prince scroit sage , comment un magistrat pourroit-il suivre une volonté qu'il ne connoît pas ? Il faut qu'il suive la sienne.
Il y a plus ; c'est que la loi n'étant que ce que le prince veut , et le prince ne pouvant vouloir que ceqri'il connoît, il faut bien qu'il y ait une infinité de gens qui veuillent pour lui et comme lui.