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LIVRE V, CHAP. XIX. I7J

Seconde question. Est-ce une bonne maxime qu'un citoyen puisse être obligé d'accepter dans l'armée une place inférieure à celle qu'il a occupée? On voyoit souvent, chez les Romains, le capitaine servir l'année d'après sous son lieutenant (i). C'est que , dans les républiques, la vertu demande qu'on fasse à l'état un sacrifice continuel de soi-même et de ses répugnances. Mais, dans les monarchies, l'honneur, vrai ou faux , ne peut souffrir ce qu'il appelle se dégrader.

Dans les gouvernements despotiques , où l'on abuse également de l'honneur, des postes et des rangs , on fait indifféremment d'un prince un goujat, et d'un goujat un prince.

Troisième question. Mettra-t-on sur une même tête les emplois civils et militaires? Il faut les unir dans la république , et les séparer dans la monarchie. Dans les républiques il seroit bien dangereux de faire de la profession des armes un état particulier distingué de celui qui a les fonctions civiles; et dans les monarchies il n'y auroit pas moins de péi'il à donner les deux fonctions à la même personne.

On ne prend les armes dans la république qu'en qualité de défenseur des lois et de la pa-

(i) Quelques centurions ayant appelé au peuple pour demande!' l'emjjloi qu'ils avoieul eu: « Il est. «juste, mes compagnons, dit un centurion, que « vous regardiez comme honorables tous les postes K OU vous défendrez ia république. « Tite-Live , iiv. "XLII.

i-;G DE l'esprit des lois.

trie; c'est parceque l'on est citoyen qu'on se fait, pour un temps, soldat. S'il y avoit deux ('tats distingués,on feroit sentir à celui qui, sous les armes, se croit citoyen , qu'il n'est que soldat.

Dans les monarchies , les gens de guerre n'ont pour objet que la gloire, ou du moins l'honneur ou la fortune. On doit bien se garder de donner les emplois civils à des hommes pareils : il faut, au contraire, qu'ils soient contenus par les magistrats civils, et que les mêmes gens n'aient pas en même temps la confiance du peu])ie, et la force pour en abuser (i).

Voyez, dans une nation où la république se cache sous la forme de la monarchie, combien l'on craint un état particulier de gens de guerre; et comment le guerrier reste toujours citoyen , ou même magistrat, afin que ces qualités soient un gage pour la patrie , et que l'on ne l'oublie jamais.

Cette division de magistratures en civiles et militaires, faite par les Romains après la ])erte <le la république, ne fut pas une chose arbitraire; elle fut une suite du changement de la constitution de Tlome : elle étoit de la nature du gouvernement monarchique ; et ce qui ne fut que commencé sous Auguste (2), les em-

(i) Ne imperinm ad optimos nobilium transferretur, senatuni luilitià vetuit Gallienus ; etiam adiré exercitara.Aurelias Victor, ^e Cœsaribus. — (2)Aq- ■^uste ôta aux sénateurs, proconsuls, et gouverneurs, Le droit de porter les armes. Dion , liv. XXltlII.

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