‹ De l'esprit des religionsChapitre 10 sur 222 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Idées nationales appropriées aux deux principes.

Tous les peuples ont attribué à la divinité leurs vertus , leurs vices , leur propre caractère. Les sa-

1 Edda. Myth.

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ges de FOrient concevaient un dieu législateur , source de toute sagesse , absorbé dans l'excellence, au centre d'une lumière aussi pure que brillante. Les Scythes et -les autres barbares se figuraient au contraire un héros plein de gloire , sans cesse occupé des combats des humains , toujours en armes et ptêt à combattre lui-même.

Conïme la beauté est idéale , chacun crut rendre un nouvel hommage au Créateur en lui prêtant ses traits et sa figure. Les Égyptiens supposaient à leur Dieu des yeux petits , un teint basané et des cheveux noirs ; au lieu que les nations septentrionales l'imaginèrent d'une blancheur éclatante , avec des yeux bleus et une longue chevelure blonde 1 . Il n'y eut pas jusqu'aux Cafres et aux habitans de la Guinée qui ne créassent une divinité nationale , d'une noirceur épouvantable , au front large et plat , au nez camus.

Le démon , ou mauvais principe , reçut des formes entièrement opposées ; il fut noir , blanc ou roux t selon que la divinité était elle-même d'une autre couleur. Chez les peuples de la Gaule , de la Germanie , et chez les Romains , il fut toujours représenté d'un noir africain. Pour les Egyptiens, ils peignaient leur Typhon avec la barbe et les cheveux roux ; à peu près comme les Germains se figu-

' Clément d'Alexandrie , Stromates.

DES RELIGIONS. * li

raient le bon principe. Ces différences, qui avaient d'abord tiré leur source des beautés nationales , causèrent dans la suite , parmi les peuples , des haines religieuses très-violentes. Les Egyptiens , ennemis irréconciliables des Juifs , feignirent , à cause de la chevelure rousse de ceux-ci , que Typhon s'était sauvé en Judée É , et avait engendré le premier de leur nation.

Les premiers philosophes représentèrent aussi l'essence divine par les caractères de leur science, par des nombres et des figures de géométrie. Platon et Pythagore ayant désigné le bon principe par le nombre impair , le triangle devint , en conséquence , le symbole de la toute-puissance , et les nombres pairs les attributs du mauvais principe» De ces formes numériques de la divinité il ne pouvait encore résulter qu'une prédilection religieuse pour certains nombres , et un usage plus particulier de certains signes.

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