CHAPITRE VIII
Des Chdtimens et des Récompenses , considérés dans leur rapport avec les climats , le goût et le génie des peuples.
La religion a encore beaucoup varié , lorsqu'il s^t agi de déterminer les tourmcns et les jouissan-
1 Plut. d'Isis et d'Osiris.
ces (Tune autre vie. Chaque peuple a reproduit alors ses goûts particuliers , ses objets de haine ou d'affection. On a commencé par revêtir Pâme des mêmes organes , et on lui a ensuite attribué les mêmes senti mens de peine et de plaisir. Des hordes barbares et guerrières n'ont jamais imaginé pour leurs bienheureux ce séjour de paix, et d'allégresse, qui fait l'espoir des nations civilisées. Et combien encore n'en différent pas ces peuples voluptueux , qui ne cherchent dans leur paradis que les plaisirs de l'amour !
Les chrétiens sont peut-être les seuls qui, annonçant une félicité relative aux sensations de l'homme, en aient séparé ces honteuses jouissances qui dégradent l'humanité. A la vue des merveilles du ciel le juste doit être transporté; par le chant mélodieux des élus, auquel il mêle ses accens, il entre dans ; une sainte extase; et cette enveloppe, lourde et grossière, qui rampe maintenant sur la terre, se métamorphosera en des corps brillans d'une agilité merveilleuse.
On voit que le chrétien , toujours en rapport avec * ses dogmes , n'admet les sentimens que pour les perfectionner. Le christianisme tire ses sujets de . félicité de l'essence même des choses , des organes qui constituent l'homme, et non de satisfactions qui cessent nécessairement avec les besoins. Aussi, tandis que la plupart des religions représentent la
DES RELIGIONS. t3
béatitude seulement comme une amélioration, le christianisme, par la suspension de tout besoin, en fait un véritable état de ravissement.