CHAPITRE IV
Des Miracles considérés dans leur propre essence.
Ce sont toujours des actes extraordinaires , hors du cours de la nature , qui , sans blesser les lois essentielles de la création , sont cependant assez contraires à Tordre établi , pour montrer qu'ils ne peuvent être opérés que par la volonté divine. Ainsi , celui qui donne la vie ou la mort à ce qu'il touche 9 attire et repousse la foudre, soulève P0céan , arrête ses flots suspendus ; qui , tel enfin qu'un Dieu puissant, crée, détruit, et se donne la nature en spectacle , témoigne évidemment que la force lui a été donnée par le même Etre qui imprima au monde le premier mouvement , et seul peut le suspendre.
Mais ce prophète qui se vantait de faire passer la lune dans sa manche, et les sorciers de la Gaule, qui prétendaient la forcer à descendre sur la terre , pour y écumer de douleur, étaient certainement des fourbes. Il existe des lois d 1 impossibilité aussi absolues que celles de l'espace et de l'éternité: Dieu, par exemple, n'a pas le pouvoir d'empêcher que ce qui est ne soit. Et de même il ne se peut qu'on attire et qu'on palpe sur un point du globe ce qui le couvrirait en entier, ni qu'on fasse glisser dans un très-petit espace une masse qui passerait à peine à travers un cercle égal à la circonférence de la terre. On sent bien que celui qui mit une première fois la vie dans le corps de l'homme , peut le ranimer de nouveau ; mais , comme il est des obstacles coexistans avec lui, on sent très-bien aussi qu'il ne peut pas faire qu'un bâton n'ait pas deux bouts.
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fj8 DE L'ESPRIT