CHAPITRE XL
Réflexion,
L'auteur de POrigine des cultes se fonde sur ce que l'histoire entière de Jason avait été imaginée à dessein de représenter le système céleste ; et de-là il passe aux histoires de Bacchus et du Christ , qu'il regarde comme calquées sur celles de la toison d'or. Mais, pour peu que l'on y réfléchisse, au lieu de croire que ce qui se passe au Ciel ait jamais pu fournir le sujet d'un poëme , n'est-il pas plus naturel de penser que le cours des astres aura été indiqué par des événemens nationaux, dont on voulait conserver la mémoire? Ce n'est point le sentiment d'un homme ordinaire que nous produirons à l'appui de Ja tradition : Newton dit luimême que les Argonautes, afin de perpétuer le souvenir de leurs faits héroïques , avaient imaginé de les faire servir à la dénomination des grandes
distributions du Ciel. Dupuis ne pouvait se flatter que son opinion prévalût sur celle de Newton; quel est donc le zèle furieux qui le porte à insulter ce philosophe ? Abandonnons-le , dit-il , à son caractère national, à la fois philosophique et superstitieux. Mais Buffon n'était pas de cette île que Ton calomnie si effrontément, et malgré cela a-t-on pour lui plus de respect ? Quand Dupuis croit pouvoir l'invoquer en faveur de l'athéisme , il l'admire; et lorsque ce grand huinme, plus grand encore par-là , donne des marques de piété, il le plaint injurieusement de s'abandonner à ce qu'il appelle des faiblesses.
Chose qui m'a toujours étonné! c'est qu'il soit même venu à l'idée d'un homme de nierTexistence du Christ , une existence qui se rattache à tout ce qu'il y a de grand, à l'origine du monde, aux pensers des premiers législateurs , au destin des rois et des nations. Que de calomnies n'a-t-il pas fallu répandre sur les Anciens, pour en venir à ce point d'incrédulité! On s'est plaint que les historiens n'avaient que peu ou point parlé du fils de Marie ; et de deux qui en parlent, Josèphe et Tacite, on reproche à l'un d'être vendu aux Chrétiens; on dit de l'autre qu'il a été falsifié par eux. Dupuis ajoute même que les Pères de l'Eglise n'étaient que dç misérables idolâtres ; la race qui a vécu sous Auguste et sous Tibère, une race d'imbécilles et de
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fanatiques. Il serait difficile de se convaincre plus soi-même de mauvaise foi. A qui persuadera-t-on que le siècle des Virgile et des Horace soit un siècle de sottises? c'est l'époque la plus glorieuse de L'esprit humain; Jésus -Christ vint au temps des merveilles.