‹ De l'esprit des religionsChapitre 131 sur 222 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Mauvaise foi de Dupuis.

J'ai mis en principe dès le commencement de cet ouvrage, que l'analogie qui existe entre les diverses traditions était une preuve de la vérité des faits, et je crois avoir jugé selon les règles du sens commun. Dupuis pense , au contraire, qu'une ressemblance si parfaite entre les histoires sacrées , est une marque certaine qu'elles sont aussi fabuleuses les unes que les autres : ou je me trompe fortement , ou il fait encore ici preuve de mauvaise foi.

En vertu de la pénétration philosophique dont il est doué , il juge , sur la ressemblance de quelques noms , que les Juifs ont emprunté des Parscs

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leur Testament. Suivant lui , le nom du Paradis terrestre est le même chez ces deux peuples ; et si on lit Eden pour Eiren , c'est une faute d'ortographe des copistes hébreux. Toute réflexion à cet égard serait inutile. En continuant à nous étayer de l'antiquité, nous dirons seulement qne Pi ut arque était si éloigné de penser que les Hébreux eussent pu emprunter des autres leur doctrine , qu'il accuse les Egyptiens ' , peuple d'une origine très-reculée , d'avoir cherché à attirer à eux l'histoire des Juifs. Ce n'est pas auxParses seuls que les Chrétiens' sont redevables de leur système; ils l'ont formé du paganisme de tous les pays. C'est un saint Hippolyte qu'ils révèrent, et qui n'est quel'Hippolyte, fils de Thésée , lui-même un être imaginaire du calendrier païen ; un saint Denis , le Dyonisios des Grecs , que l'histoire représente comme le ministre de Bacchus , mais que Dupuis prétend être Bacchus sous une autre qualification. Comme il a dit ailleurs que Bacchus était le Soleil personnifié, il en résulte que le saint Denis des Chrétiens n'est aussi que le Soleil. On voit du moins que ce n'est pas sans peine qu'il

1 D'Isis et cTOsiris, trad. d'Amyot. Et quant à ceux qui disent que Typhon, après la bataille perdue, s'enfuit sept journées dessus un âne, et que, s'étant ainsi sauvé, il engendra des enfans, Jerosolimus et Judaeus, il est tout manifeste qu'ils veulent tirer à toute force les histoires des Juifs en cette fable.

établit Pidenl ité entre le Soleil, Bacchus et saint Denis. Parce qu'il y avait en Grèce les fêtes rustiques , et que la fête de saint Rustici tombe vers le temps où on les chômait , Dupuis vent que ce soit une étymologie païenne ; aussi bien que la fête du Zéphir , Aura Placida , que Ton célèbre encore sous les noms de sainte A are et de sainte Placide.

Il reste cependant une objection à faire à ce savant étymologiste. Si l'identité qu'il établit entre le calendrier des Chrétiens et celui des Païens , ne porte que sur une ressemblance de noms , la plupart des Saints étant sortis d'entre les Gentils, il ne sera pas sans doute plus surprenant de trouver dans le calendrier chrétien des noms grecs et romains, que d'y en trouver de juifs ou d'hébreux.

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