‹ De l'esprit des religionsChapitre 146 sur 222 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

De la Confession.

Elle a été d'un usage presque universel. Les ^Grecs et les Egyptiens se confessaient aux mystères d'Eleusis ; les Parses beaucoup plus fréquemment , et avec une telle exactitude , qu'ils avaient des livres d'examen , appelés Patets , où tous les péchés qu'un Parse peut commettre étaient recueillis. Enfin , chez les peuples de l'Amérique , h confession auriculaire eut lieu long-temps avant qu'ils embrassassent le christianisme ; elle était de rigueur pour la préparation au 'Raymi ou grande communion \ Partout l'homme a pensé qu'au moyen du libre aveu de ses fautes , il éviterait du moins une partie des peines qui l'attendaient dans l'autre vie. Mais outre que chez les Païens il était des péchés qu'on n'effaçait que par la mort , il y en

1 Les Péruviens, disent Garcilasso et le missionnaire d'Acosta, se confessaient à toutes les grandes fêtes : niais les femmes ne faisaient l'aveu de leurs péchés qu'à des femmes , ainsi que le pratiquent encore les Chrétiennes de la Syrie.

238 DE l'E8PRIT

avait d'autres aussi qui étaient entièrement inexpiables. Ce qui ne peut nous étonner, puisque nous savons que toute religion qui n'enseigne point de rédemption est , par cela même , privée de la faculté expiatoire. La rémission ded péchés dans le christianisme est le fruit de la mort du Christ; c'est en son nom, et par ses mérites, que le prêtre purifie le coupable.

On a eu tort d'interpréter défavorablement la conversion de Constantin ; il fit bien de quitter une religion où il ne pouvait expier ses crimes., pour une qui lui en assurait le pardon : il n'y avait point à balancer , celle-là découvrait son impuissance. Pour croire qu'il ne changea de foi qu'à dessein de commettre impunément de nouveaux crimes , il faudrait donc supposer qu'il ignorât absolument l'esprit du christianisme : son abjuration fut devenue inutile ; point de repentir, point d'expiation.

Page 1