‹ De l'esprit des religionsChapitre 147 sur 222 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la Théocratie.

Si Ton consulte les histoires des peuples , on y voit, dans l'origine , le droit civil partout confondu avec le droit canonique : ou plutôt , sous les pontifes , il n'y avait qu'une seule puissance 1 et toutes

les affaires de la nation étaient réglées par le droit divin. Le gouvernement théocratique ayant été le premier de tous , on doit aussi en conclure que , chez tous les peuples , la police de l'Etat appartint d'abord à la religion : les juges d'Israël, les Druides de la Gaule , et les Incas au Nouveau-Monde, quand ils rendaient la justice , n'étaient que les interprètes des volontés du Ciel.

Lors même qu'on eut changé la forme du gouvernement , la religion n'en conserva pas moins son ancienne autorité : au moyen de l'excommunication , elle retint toujours le peuple dans sa dépendance ; c'était encore une véritable théocratie \ On

ne regardera donc point les censures comme une entreprise de la puissance ecclésiastique sur le temporel; elles sont au contraire un reste du pouvoir absolu que la religion avait autrefois. Nous savous d'ailleurs avec quel succès l'anathême a été employé, et quelle force il donnait aux lois répressives de l'Etat ; jamais on n'y eut recours sans en obtenir de merveilleux effets. Il ne s'agit pas d'examiner si on en usa toujours d'une manière convenable, mais de prouver seulement, par cette prodigieuse influence de la religion , que la puissance civile eut en elle son principe. Quelque chose que

* Un excommunié, chez les Païens, perdait le droit de citoyen ; il n'était même pas permis de lui rendre justice.

DES RELIGIONS. 2^t

l'on ait fait dans la suite pour la restreindre , elle a garde un ascendant qui indique clairement la source du pouvoir. I

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