CHAPITRE XVIII
Comment les hommes abusent réciproquement de leur
crédulité.
La superstition a été de tout temps le champ de la fraude et de l'artifice. Les prêtres abusent de la simplicité des peuples , et les peuples, à leur tour, se trompent entre eux : tous les hommes ont des fétjches qu'ils ^dorent, des chimères dont ils se repaissent; il ne s'agit que de les connaître. Lorsque les Bonzes de la Chine désirent obtenir la faveur de l'Empereur, ils lui font boire l'eau d'immortalité, breuvage trompeur que tous les princes veulent savourer, et qu'ils paient trop souvent du sang de leurs sujets !
hf s Bonzes de tous les pays acquittent les péchés, et promettent le Ciel, moyennant des legs considérables; de cette manière , ils ont hérité plusieurs fois des nations. Les prêtresses de File de Sain vendaient aussi du vent, et il se trouvait des marins qui allaient en acheter. Il est des pontifes dont on baise les pieds ; il en est dont on mange les ex-
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crémens; on les recueille et on les vend ensuite au peuple, qui en assaisonne ses alimens dans des jours de fête.
Mais rien ne prouve mieux l'excès de la superstition, que ce honteux monopole auquel elle a donné lieu. Tout le monde sait par quelle supercherie les Turcs vendirent aux Chrétiens une quantité énorme de bois, pour des morceaux de la vraie croix. Ils avaient de même vendu les pintades très-cher, en leur donnant le nom de pou* les de Jérusalem; mais ils les rachetèrent ensuite sous le nom de poules de la Mecque. Les Chrétiens ont fait un échange de fourberies ; ont-ils eu raison?