CHAPITRE XVII
Coûtâmes superstitieuses des Chinois.
A la Chine , la religion est tellement altérée , qu'elle ne consiste plus qu'en de vaines et inutiles pratiques. Des usages de pure convenance, des modes nationales ont été substitués au dogme, et on ne les observe pas avec moins d'exactitude que si le salut en dépendait. Telle est l'importance que l'on met dans le cérémonial entre particuliers : telle est l'habitude d'offrir des viandes aux morts , dans l'idée qu'ils s'en repaissent lorsqu'on les mange soi-même. Pour une certaine classe de ta nation , c'est violer les mœurs que de couper ses ongles.
Cependant il est des rites d'une observance beaucoup plus nuisible. La longueur du deuil, que quelques auteurs ont eu la sottise de vanter comme un juste tribut de l'amour filial, n'est, au fond,
qu'une superstition grossière. Pendant trois années qu'il dure , dit le P. Martini i les Chinois sont nonseulement forcés de changer toutes leurs habitudes , jusqu'à leur manière d'écrire , et à leur nom , mais encore de renoncer à toute occupation, même le magistrat à ses fonctions.
Cet usage , si opposé aux vues de la nature , qui ne règle même pas la douleur du fils sur celle qu'éprouve le père; qui ne veut point que ceux qui doivent succéder aux autres passent leur vie à les pleurer, est, en outre, d'un grand préjudice à la société. Le même accident qui la prive de l'un de ses membres r condamne une famille entière à mourir civilement : les intérêts de chaque particulier sont lésés , et ceux de l'Etat le Sont davantage encore.
a8» de l'esprit