CHAPITRE III
Défiance que les Législateurs ont témoignée à l'égard de la
femme.
Qui croirait que la femme , qui a été donnée à l'homme comme ce qu'il pouvait désirer de plus aimable, qui adoucit son infortune ou augmente sa joie, dont l'existence n'est, poui\ ainsi dire, qu'une expansion de la sienne, ait mérité, du moins en principe, sa haine et sa défiance? Il n'est aucun peuple, aucun législateur, dont les maximes ne soient un outrage pour le sexe ; et cependant on sait très-bien que c'est, en général, l'homme qui corrompt et pervertit la femme.
Ce mépris universel n'est donc point le résultat de l'expérience , mais encore un de ces préjugés qui datent de l'origine du monde , et dont on n'ignore la cause que quand celle même de nos mi-
sèrcs est inconnue. Défiez-vous de la sagesse de la femme, comme d'un beau temps d'hiver, disent les Parses; ne l'abandonnez pas à elle-même, dit la loi des Gentous , parce qu'elle ne fera que du mal : mais les Ecritures , en nous inspirant les mêmes craintes, nous en apprennent seules le motif. La femme, dit l'Ecclésiastique, a été le principe du péché; c*est par elle que nous mourons tous. Voilà donc la cause secrète de son avilissement : Moïse a révélé les grands événemens passés ; et l'Ecclésiastique , qui a sondé le cœur de l'homme , l'éclairé sur ses propres sentimens.