CHAPITRE IV
De l'Histoire primitive des Génies.
Par la raison qu'ils étaient supérieurs à l'homme, les narrations qu'on en a faites ont dû paraître tontes extraordinaires et merveilleuses. Cependant, au milieu même des fictions des poètes , on ne peut s'empêcher de reconnaître une histoire primitire , qui porte partout le même caractère. Chaque peuple a représenté les Anges à sa manière ; mais 1 il a toujours vu en eux les fils aînés de la Divinité.
De toutes les histoires qui nous en sont demear rées, aucune ne mérite sans doute plus de confiance que celle des Hébreux. Les Anges jouissaient dan! le Ciel d'une félicité parfaite , lorsque le Démon, qui était le plus puissant d'entre eux, et dont la gloire immense se confondait avec celle de son Dieu, les
ngagea à la révolte. Tous les rebelles furent chases du Ciel , et condamnés à d'éternels supplices. Fn poëme sacré des Indiens rapporte à peu près la lême action \ Les Soors ayant découvert VAmeeta , breuvage d'immortalité , furent obligés de ombattre \esAsoors,ox\ mauvais esprits, qui, transités de jalousie, lancèrent contre eux des rochers, ont le monde fut ébranlé jusque dans ses fonderiens. Brama punit les Asoors, et remplit la route lu Ciel de flèches puissantes, qui les empêchèrent Py remonter. Cette seconde narration joint la prenière avec celle des Grecs , avec cette fameuse îistoire des Titans , qui essayèrent d'escalader le Zie\ , et lancèrent contre lui des montagnes et des irbres d'une grandeur prodigieuse. Ils furent fouiroyés par Jupiter, et ensevelis sous d'énormes nonts , où ils souffrent des tourmens horribles. Il ;n est de même des combats entre les Arimaspes ;t les Griphons, dont les peuples scythes gardaient a mémoire.
Zoroastre s'éloigne encore moins de la foi des Juifs. On trouve , dans le Zend-Avesta , les combats de l'ambitieux Ariman et de tous les Dews contre Ormusd et les Izeds. Depuis sa rébellion , Ariman, demeuré dans les ténèbres , ne s'occupe plus qu'à corrompre la nature ; mais les Anges
1 Le Mahabbara.
66 dr lVsprit
d'Ormusd traversent ses desseins , et supposent aux artifices des Dews. Toutes les religions du premier âge ont donc perpétué le souvenir de la guerre des Cieux : on chanta la révolte des mauvais Anges, et partout on les chanta vaincus et punis. Cette action , quoique conservée sous des formes différentes , selon le génie des peuples , présente cependant une unité première, qu'il est facile de saisir, par le rapport de toutes les versions entre elles.