CHAPITRE IL
Dispersion des Nations , cause première des variations arrivées
dans le Dogme primitif.
L'espèce humaine , dans sa dispersion , ne présente qu'un débordement de générations entassées, qui , contraintes de se répandre sur un sol nouveau , se foulent de toutes parts , traversent des contrées fertiles , et étendent leurs colonies jusqu'aux lieux les plus tristes et les plus sauvages. Les hommes devaient multiplier, la terre était leur
patrie; et d'un pôle à l'autre ils se répandirent par essaims nombreux. La postérité tournait encore ses regards religieux vers son antique berceau , que déjà elle en ignorait les douceurs.
Les nombreux descendans des premiers humains , invoquant en tous lieux le Dieu de leurs pères , commençaient cependant, à .altérer les premiers rapports qui les unissaient à lui. Par excès d'amour , comme par trop d'indifférence , ils corrompirent jusqu'aux traits éclatans de la majesté divine. La différence des climats , les besoins divers qui en résultent, tout contribua à former un système d'origine différent et souvent opposé. L'histoire des premiers temps devint une histoire nationale ; elle se chargea des formes distinctives du climat , ainsi que d'événemens particuliers.
Telles furent les erreurs' inévitables qui modifièrent l'histoire dogmatique du gffnre humain , sans toutefois en détruire le tissu fondamental. Elles devenaient une conséquence nécessaire de la diversité même de mœurs qui s'établissait] parmi les peuples : les tristes habitans des climats glacés delà Scythie, avaient formé d'autresliens, avec un Dieu protecteur, que ces nations heureuses qui vivaient dans des contrées fertiles , où l'on n'avait pour ainsi dire qu'à le bénir.