‹ De l'esprit des religionsChapitre 65 sur 222 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

État des Religions au commencement du troisième âge.

Les vérités fondamentales de la religion étaient obscurcies par une quantité prodigieuse dç fables; on liait au dogme les fictions les plus ridicules, les peuples perdaient insensiblement de vue l'ancienne doctrine. Et ce désordre ne pouvait que s'accroître encore par l'échange habituel que faisaient les nations de leurs Dieux et de leurs mystères. Les Gaulois avaient fait un mélange informe de leur reli- Je gion avec celle des Romains ; les Grecs étaient las d'inventer des chimères ; les Juifs s'éloignaient de

DES RELIGIONS. If 3

leur loi, et sacrifiaient aux Dieux étrangers: les Arabes , les Égyptiens, étaient tombés dans la plus grossière idolâtrie; et Rome, la ville des nations , renfermait dans son sein tant de cultes différens , qu'on eût dit qu'elle voulait recueillir un monument religieux de chacun des .peuples qui relevaient d'elle. Les Romains avaient pour principe de mettre au nombre de leurs Dieux les Dieux des peuples qu'ils soumettaient ; de sorte qu'on ne plaçait nulle part l'idole de Jupiter , que Rome aussi ne fît la conquête d'un Dieu nouveau. Près d'un temple gaulois s'élevait celui d'une Divinité éthiopienne : au culte ennemi de toute mutilation , ainsi "que pouvait l'être celui des Druides , s'alliait le culte abominable des Phrygiens , qui exigeaient des Galls , les prêtres de Cybèle , qu'ils fissent le sacrifice de leur virilité. Parmi les Parses , Zoroastre avait essayé de rendre à la religion sa pureté primitive : dans Athènes et dans Rome, on voyait nombre de philosophes dont l'unique occupation était de ramener les peuples à leur vieille croyance. Mais que pouvait la faible voix de la raison contre tant d'aveuglement et de corruption ? La religion défigurée par le mensonge , conservant à peine quelque trace des antiques vérités, avait perdu son sceptre divin, et en même temps son empire. Il en fallait une

1 1 4 de lV.sprit

nouvelle , ou les hommes allaient vivre sans loi , et le monde rentrer dans la confusion.

Ce fut alors que s'éleva dans la Palestine cette secte nouvelle , qui montrait à faire des Prosélytes une ardeur si incroyable , et dont le principal dessein était aussi de faire revivre la doctrine du premier âge. Elle se présentait aux peuples comme la lumière qui dissipe les ténèbres ; elle promettait de rendre à la vérité tout son éclat. L'apostolat fut donc un des caractères distinctifs du christianisme ; et , en effet , ce zèle admirable qu'avaient les premiers Chrétiens pour propager leurs dogmes, tenait à la nature même des choses. La religion chrétienne ne tarda pas à faire de grands progrès : en moins de deux siècles elle avait conquis , non-seulement la plupart des peuples qui environnaient son berceau , mais encore toutes les nations de l'Occident, et ces fiers Romains , qui gouvernaient la terre , et une partie des barbares, qui finirent par s'approprier les conquêtes de Rome et Rome elle-même. g

ta

DES RELIGIONS.. lig

Page 1