‹ De l'esprit des religionsChapitre 71 sur 222 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Idée générale du Christianisme d'Orient.

Quoiqu'il existe, parmi les Chrétiens du Levant, certains points de controverse , cependant les anciennes religions de ces contrées ont toujours eu entre elles beaucoup trop d'analogie pour que les oppositions qu'elles forment dans la nouvelle doctrine soient de quelque importance. Ce r/est donc qu'entre les coutumes de ces Chrétiens prit ensemble , et celles des Chrétiens occidentaux , ou Latins , qu'on peut trouver une différence marquée. La chrétienté se divise d'abord en deux grandes sectes , ou Églises ; celle des Grec» , qui a retenu la plupart des pratiques du paganitrn': d'Orient , et l'Église latine , qui en a fait autant de--, rites de l'Occident. Or , cette grande division tient moins à des démêlés de doctrine qu'aux veMig'r* d* l'idolâtrie , qui ont diversement agi sur U: 'ihrivti#nisme.

La circoncision n'était pas seulement en usage parmi les Hébreux , mais encore dans toute l'Arabie , chez les Egyptiens , chez les Abyssins ; et lorsque ces peuples ont embrassé le christianisme , aucun d'eux n'a pour cela cesse d'exercer une pratique qui datait de temps immémorial. Le régime diététique des Juifs , qui ne leur appartenait point exclusivement , puisqu'il était commun aux nations voisines, et entre autres aux Egyptiens , qui en furent les premiers auteurs , a conservé toute sa force parmi les Chrétiens orientaux. Les Coptes suivent encore les réglemens de leurs anciens législateurs ; ils évitent de manger des animaux immondes , du sang ou des viandes étouffées. L'observance du sabbat , dans l'Eglise grecque , ne tire à la vérité son origine que des rites judaïques ; mais il est naturel de penser que les peuples voisins des Juifs, auront retenu cette solennité 9 pré' férablement à des nations qui n'ont été instruites des cérémonies de l'ancienne loi que par la loi nouvelle qui les abrogeait. Ceux des Orientaux qui, dans l'idolâtrie, avaient rejeté le culte des images*, leur portent toujours la même haine , et forment dans le christianisme la secte des Iconoclastes. L'Église grecque n'observe ni le carême, ni la fête de Pâque , selon le rite romain ; mais la différence est légère et insignifiante. Les peuples de l'Orient, qui avaient une discipline très-

DES REyGIONS. 1*3

ustère , sont encore aujourd'hui de grands jeuleurs; ils ont même ajouté aux abstinences les plus igoureuses une foule de coutumes païennes, telles [ne de se plonger sous la glace , ne vivre que Pherbages , rester long-temps exposé à l'ardeur lu soleil. Tous les Chrétiens anathématisent , aussi >ien les Grecs que les Latins , parce que , de toutes es religions qui ont précédé le christianisme , il n'y »n avait aucune qui n'eût établi des censures. Les urètres , qui parmi les nations du Levant avaient ké dans l'usage de se marier et de porter les arnes , continuent à rejeter le célibat et à combattre. ue divorce avait été autorisé en Orient , et il a encore lieu dans l'Église Jgrecque. Les Grecs citent néme en faveur de cette vieille coutume le texte le l'Evangile , auquel ils donnent toutefois une rop grande extension, puisque ce n'est qu'en rertu de leurs anciennes lois qu'ils répudient la trame stérile \ C'était l'usage , chez les Egypiens , de se marier entre proches parens , cousins germains , beau-frère et belle -sœur; les Coptes Hit conservé le goût de ces mariages , et la liberté de les contracter. Enfin , les peuples de l'Orient , n'ayaqt jamais été réunis sous la puissance d'un

* De quelque manière qu'on interprète la parole du Christ , touchant le divorce , elle ne l'autorise jamais qu'en cas d'adultère.

124 DE L'fSPRIT

pontife suprême , ont formellement refusé de se soumettre à l'autorité du pape.

Voilà le principal sujet de schisme entre les deux Eglises ; car pour les points de doctrine , qui d'abord séparent les Latins des Grecs , et ensuite ceux - ci en Jacobites , Nestoriens , Chrétiens de Saint-Thomas , Maronites et Melchites , ils nV>nt dans le fond que peu d'importance. Au reste , il a été suffisamment démontré que ce qui n'était qu'opposition de culte , résultait bien moins de contradictions dans le système dogmatique , que de l'influence des pratiques antérieures : ce qui porte à examiner de quel droit les Latins , qui ont eux-mêmes introduit un grand nombre de rites étrangers , prétendent forcer les Orientaux à la adopter. La réforme ne pouvant se faire que sur la discipline des premiers siècles , les Grecs ne seraient pas , sans doute , ceux qui auraient le plus à retrancher; d'autant que ce qui distingue leur discipline de celle des Romains , est précisément la grande simplicité de liturgie qu'ils ont retenue de l'Eglise primitive , et la manière antique dont ils administrent les sacremens.

Page 1