CHAPITRE V
Du Dogme de la Création .
Lorsque les nations voulurent mettre en ordre l'histoire originale et la tradition qui leur avait été transmise , elles commencèrent par appliquer leurs sentimens actuels aux notibns dogmatiques de la création. On se rappelait avoir été créé par une main puissante ; chacun crut que c'était dans le pays qu 1 il habitait.
Les peuples des régions fertilisées par le feu générateur de la nature se persuadèrent aisément que la divinité les avait fait croître de même que les plantes de leurs climats. Les anciens Parsis , ces pieux habitans du Korasan , croyaient que le premier couple y Meschia et Meschiané , avait paru au
commencement sous la figure de deux Reivas ' ; c'étaient, selon eux , deux jeunes plantes dont la tige , d'abord balancée par les vents , reçut de l'Eternel une nouvelle vie , et s'ennoblit sous les formes humaines. Le feu sacré que Prométhée dérobe aux dieux , et dont il anime l'argile que lui-même a façonnée , est une vive image de l'heureuse température de la Grèce, où la nature entretient un printemps éternel. Le souffle divin qui , au rapport de la Genèse, communiqua la vie au premier homme , est aussi une allégorie qui ne pouvait convenir qu'à ces pays fortunés où l'haleine vivifiante de la nature se fait sentir avec force.
Si nous passons aux systèmes des peuples septentrionaux , nous n'y trouvons plus ce souffle bienfaisant de la divinité , ce feu , artisan de la vie , cette heureuse im^ge d'une plante qui élève ses rameaux vers le ciel , en reçoit une vie plus précieuse , et n'attend qu'un souffle de la nature pour rentrer dans le néant. Une neige perpétuelle cache un sol ingrat ; et l'homme se forme dans un dégel de quelques vapeurs amoncelées qui retombent en froids brouillards.
* Zend-Avesta. Le reivas est une plante de la Perse.