‹ De l'esprit des religionsChapitre 98 sur 222 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

De la religion en elle-même, et considérée par rapport à la

nature.

Renfermée en elle-même , la religion n'entretient de correspondance avec l'homme physique que par l'exécution de quelques, cérémonies symboliques; elle est Tordre mystérieux des êtres créés libres, et, par rapport à eux , l'application du juste et de l'injuste , type original des lois divines. La nature dans son ensemble , ou la loi imprimée aux grandes divisions de la matière , est en quelque lorte aussi la religion de chacune d'elles ; c'est la nanifestation de la volonté du Souverain être. Mais parce que cette volonté ne se rattache à rien de ibre ni d'immortel , elle ne peut être considérée jue comme impulsion ou loi du moment ; ainsi [juele produit harmonieux de l'imagination divine , et non comme la divulgation des lois d'après lesquelles Dieu agit lui-même. Il y a donc cette différence entre les lois naturelles et religieuses , que celles-là sont éphémères , et n'ont pour objet que la conservation momentanée du beau dans les

ouvrages de la Divinité , tandis que celles-ci sont les lois mêmes de la nature divine appliquées à son image.

Dans l'homme , qui est un composé , il y a mélange des lois naturelles et des lois religieuses, et parfois elles semblent se trouver en opposition : mais pure idée ! leur discordance est harmonie ; la vertu, comme réclair , naît du froissement De ces lois, les unes agissent activement et d'une manière sensible, au lieu que les autres , passives de leur nature, peuvent être altérées , par cela même qu'elles ne sont établies que sur des rapports de liberté. La nature a cette faculté , qu'elle peut joindre par des démonstrations sensibles l'évidence à ses opérations ; la religion au contraire ne fait que proposer ses lois , et requiert la foi pour l'admission de ses principes. L'influence des sens sur l'entendement de l'homme , et l'avantage qu'ils ont de le mettre à portée de recevoir une conviction intime , ne doit point surprendre : c'est maintenant le règne de 1a nature , nous la possédons tout entière ; la religion n^offre que souvenirs et espérances.

DES RELIGIONS. ij3

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