‹ De l'esprit du subjonctif dans la langue française, ou Analyse logique, grammaticale et philosophique de ce mode, comparé à l'indicatif, etc. Ouvrege indispensable ... Par Charles Appert, professeur de BellesLettres ... Dédiée à l'Académie françaiseChapitre 15 sur 44 · XI · texte numérisé non relu

XI

Si le premier verbe est le verbe tarder , employé impersonnellement, (1) et précédé’ ou

(1) De toutes les dénominatiotas grammaticales, il n’en est aucune qui ait été plus souvent attaquée, que celle des verbes impersonnels. Quelques grammairiens néologues ont imaginé la dénomination hybride monopersonnel ; d’autres , condamnant cette dénomination, ont imaginé celle d’uNiPERsoNNEL ou monopr.osop4 , dont les racines sont tirées de la même langue. Ce qu’il y a de certain , c’est que, dans toute espèce de proposition , le verbe peut être dit unipersonnel. Cette dénomination ne peut donc rien distinguer , et parconséquent devient oiseuse dans le langage grammatical. Mais appellerons-nous du nom InrEasoN >;el le mot qui affirme une chose

accompagné d’un régime , le second verbe ou verbe régi , se met au Subjonctif ; dans tous les autres cas , il se place à V infinitif avec la pré-* position de.

Exemples.

Avec le Subjonctif.

Il tardait à mes ennemis que je partisse.

Il doit vous tarder que voire ami soit guéri.

Avec Y Infinitif .

Il tardait à mes ennemis de me voir partir.

11 doit vous tarder de recevoir de ses nouvelles -

d’une autre ? Il n’y a point d’effet sans cause ; par conséquent point de verbe sans sujet. Cela est vrai ; mais , connaissons-nous toutes les causes de tous les effets que nous voyons; et, lors même que nous les connaissons , voulons-nous toujours les faire connaître ? Non ; voilà justement ce que le tour impersonnel sert à exprimer : des tentimens , des affections, des effets, des actes mêmes , qui nous occupent , sans spécifier la cause qui les produits , soit parce que l’esprit l’iguore , soit parce qu’il veut la cacher. Ainsi donc , ce n’est pas le pronom qui se trouve placé avant un verbe , et qjit le gouverne , qui constitue seulement le sujet de ce verbe , mais bien la connaissance vraie ou supposée de la nature de l’objet désigné par le nom sujet auquel ce pronom se rapporte. C’est ce que l’esprit ne saurait distinguer dans les locutions impersonnelles , il y a, il importe, il faut, ou dit, il neige , il pleut, il convient , etc. , où les pronoms absolus indéfinis on et il servent de sujets grammaticaux à des verbes , qui ne sauraient en avoir de définis ou de connus.

$. XIT.

Lorsque le verbe impersonnel il semble, peut être le premier verbe , sans être précédé pour cela d’aucun régime ou complément , iî régit le second verbe au Subjonctif ; si le sens de la phrase est affirmatif, commet

Lorsqu’on est dans un bateau , emporté par le courant, il semble que le rivage soit mobile et qu'il fuie. Image véritable de notre existence et du temps ! à chaque instant, nous croyons le voir fuir, et c’est nous qui fuyons sur le fleuve de la vie.

Il semble que l’être qui pense soit abandonné et solitaire au milieu de l’univers physique , et la pensée a besoin du commerce de la pensée.

Remarques. .

D’après Boileau, on dirait, ayant la signification de il semble , paraîtrait demander le verbe de la proposition subordonnée au Subjonctif, comme:

On dirait que le ciel , qui se fond tout en eau ,

VEUU.I.E inonder ces lieux d’un déluge nouveau.

Bossuet a dit également :

On dirait que le livre des destins ait ïtx ouvert h ce prophète.

Cependant, dit la grammaire des grammaires r il est difficile de se fixer sur ce sujet , puisque dans Boileau même , après le meme impersonnel on dirait, on trouve le- verbe qui lui est subordonne, à V indicatif y au lieu d’être au Subjonctifs comme !

On dirait que le ciel est soumis à sa loi ,

Et que Dieu I’a pétri d’autre limon que moi.

Il me, semble que tout ce qu’on pourrait dire ici, pour faire disparaître cette contradiction ; c’est que, on dirait, dans le second exemple , signifie plutôt on croirait, que il semblerait, c/està-dire , marque une affirmation plus positive y et c’est ce que prouvent les antëcêdens.

Cependant , à le voir avec tant d’arrogance

Vanter le faux cclat de sa haute naissance ,

. On dirait que, etc., etc. (1)

(i) Ce qui paraîtrait vérifier cette observation^ c’est que toutes les fois qu’un verbe se trouve subordonné a un autre , c est l’itle© ou mode d’affirmation qu’on veut exprimer par le premier, qui détermine le choix de Y indicatif ou du Subjonctif dans le second, c’est-à-dire , qu’il faut examiner si la proposition qnî suit un des relatifs conjonctifs qui, que , dont , oit , cte. , renferme un jugement dont le résultat exprime quelque chose de positif , ou quelque chose d 'incertain. Dans le premier cas , la proposition subordonné*

Mais dans le cas contraire , et , en supposant toujours le sens affirmatif, ^impersonnel il semblf, gouverne le verbe subordonné à ï indicatif \ comme :

*e met à Y indicatif , et dans le second , au Subjonctif ; c’est ce que nous voyons , en comparant les deux exemples suivans :

J'achèterai une maison qui me plaiea.

J’achèterai une maison qui me plaise.

Dans le premier cas , on a une maison en vue : cela est positif • et le verbe de la proposition principale , affirme qu’on l’achètera} parce qne le second verbe marque qu’elle convient j car , c’est comme s’il y avait :

J’ai une maison en vue , qui me plaît , je V achèterai.

En y ajoutant , cependant , le rapport de sujétion , qui Caractérise la proposition subordonnée ,

Si je l’achète elle me plaira.

Dans le second cas, l’objet de l’affirmation, exprimée par le premier verbe, est tout-à-fait indéterminé ; quant au temps et au lien , et l’on suppose seulement , par la pr< position subordonnée , qui me plaise , la nature de son régime direct ; car , c’est comme s’il y avait :

Si )’ achète vite maison , elle me plaira , ou sera de nature à me plaire.

Sous-entenda , car cela , seul , pourra me décider*

Voilà ce que marque l’emploi du Subjonctif , dans la secondo phrase j une abstraction , une intention ou une vue particulière do l’esprit , sans rien déterminer de positif sur la nature du second terme de la proposition principale.

Lorsque je suis dans un bateau, emporté par le courant, il me semble que le rivage est mobile et qu’il

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