IV
La particule si , suivie de que , régit le verbe subordonné au Subjonctif, en observant ce qui suit :
i.° Qu’elle précède le verbe de la proposition principale , et que ce verbe renferme un doute ou une incertitude.
2.0 Que la conjonction si se trouve employée pour quelque avant un adjectif, et que avant le verbe qui suit.
5.° Enfin, que cette particule soit placée avàhl un adjectif entre deux négations ; dans ce cas elle signifie tellement que , au point que , etc. , et se trouve généralement suivie de la particule explétive ne.
S'it est vrai que l’ordre naisse du tumulte , et que l’esprit de l'homme ne sorte jamais d’un long délire j
quelle roule nouvelle nous est tracée !
Si -turbulent que soit un peuple , si disposé Qu’il paraisse à se révolter , il rentre bientôt dans l’ordre , lorsque la justice et l’équité le rappellent â ses devoirs, et parvient à l’éclairer sur ses propres intérêts. L’expérience prouve que , dans cette circonstance , il n’est jamais si égaré et si opiniâtre Qu'on ne tuisse lui faire entendre raison, et lui apprendre, enfin, l’art de se rendre heureux.
Avant la conjonction que, on sous-entend quelquefois les propositions principales: je défends , ✓ je veux , je désire , je consens , il fait , etc. ce qui a lieu généralement dans les locutions impératives , et dans celles qui renferment un souhait , un désir , un consentement , une obligation ou nécessité , etc. dans ce cas , le verbe de la proposition subordonnée qui se rapporte au verbe sousentendu , se place au Subjonctif comme :
Qu’on ne me vienne pas vanter la vertu des hommes , puisque c’est le nom qu’ils donnent à toutes les mauvaises actions qu'ils s’abstiennent de faire j par ce qu’ils ne pourraient les commettre impunément»
Si L’on vient me demander , qu on dise que je stiis sorti ; si c’est un étranger, qu'on prenne son nom.
Que Dieu me punisse, ou que je meure, si je cherche k vous tromper.
Que le ciel vous fasse la grâce d’ètre heureux, tant que vous vivrez.
On met encore au Subjonctif le verbe régi, si le que , qui lé gouverne , peut être employé pour une des locutions prépositives. Soit que , à moins que , avant que , afin que , sans que , de ce que , quoique , ou si , et nous disons :
Qu’il vienne ou qu il ne vienne pas , nous n’en aurons ni plaisir ni chagrin.
Approchez que je vous fasse connaître mes sentimens.
Vous pouvez y compter ; je n’irai point là , que tout ' he soit arrangé.
Votre père n’ira pas à la campagne , que le temps ne soit changé.
N.*- on a déjà pu remarquer qu’ après un verbe employé négativement, on se sert de l’explétif NE, avant le verbe subordonné , pour marquer , avec plus de force , la dépendance du verbe régi.
$. Vf.
Suivant la hature de leurs antécédens , le$ pronoms relatifs: qui , que , quel , dont et ou, régissent le Subjonctif, dans les quatre cas suivans:
i.° Toutes les fois que ces pronoms se trouvent précédés ‘d’un superlatif relatif, exprimant le plus haut degré de signification , comme :
Le plus beau pays où je sots allé en tna vie , c’est l’Italie.
Les mouveraens des planètes sont les plus réguliers qve nous connaissions ; du moins c’est ce qu'on a remarqué ou cru remarquer, en les observant (1).
La moindre peine que prenne ce jeune homme, l’abat et le rend incapable de tout. ,
(i) Combien de personnes se trompent sur l’emploi de ce verbe, dont le propre est de signifier , suivant la nature du nom qui fai* l'objet de son affirmation , tantôt le sens de remarquer, à.e considérer et de regarder ; cependant il n’est pas rare d’entendre dire: je vous oBsexrB que votre raisonnement est faux , et cela paé des personnes qni ne vous diront jamais: je vous remarque que, etc. quoique , dans cette acception, observer et remarquer soient synonymes.
Grammaticalement, on doit dire: considérer les astres ; car le mot latin sidus est évidemment la racine du mot français considérer, qui , par conséquent , s’applique directement à l'action d’observer les astres.
Mais , de ce que grammaticalement on dit considérer les astres , il ne s’en suit pas qu’on ne doive pas dire observer les astres / l’un peut être plus régulier que l’autre, dans le langage astronomique seulement, sans que celui-ci , cependant, soit vicieux.
2.* Si l'antecedent des pronoms relatifs, dont nous venons de parler, est un des pronoms indéfinis: personne , rien , pas un , aucun , rien , qui que ce soit, ou une des locutions : il n'y a que , il n'y a rien , il n'est rien que , il n'y a guère que , il y a peu , le verbe régi se place au Subjonctif, comme :
Je ne connais personne qui soit aussi heureux qus yous , et qui se n.AisE tant à se plaindre.
Observer veut donc dire regarder ; voilà le sens propre Aiôbserver bien déterminé ; c’est dans ce sens qu’il a tous ses modes et tous «es temps ; mais , pour exprimer qu’on veut faire remarquer un raisonnement faux, par exèmple , on- ne dira pas: je vous re* marque que votre raisonnement n’est pas juste , on dira : je vous fait remarquer , etc. Or , si l’on est convenu que remarquer était •ynonyme dt observer , il est clair qu’en changeant lé mot remarquer en celui d’observer , on aura la seule manière de se servir de c* mot , dans le sens figuré ; car , au lien de dire: je vous observe , etc. ( qui voudrait dire: je vous regarde ), on doit dire , pour rendra le sens de remarquer : je- vous fais observer que votre raisonnement, etc. etc.
Ainsi , comme on ne considère pas une chose à quelqu’un, comme on ne la lui remarque pas , on ne doit pas non plus la lui observer ; mais on doit la lui faire remarquer, la lui J aire considérer, la lui faire observer, etc. etc.
O», rc’rouve encore le sens d’observer, ( ponr remarquer ), dan* la locution faire une observation , qui ne peut être française, puisqu’on ne peut pas dire : observer à quelqu’un , et que faire une observation à quelqu’un, signifierait absolument la même chose. Ja vous fais cette observation, étant la paraphrase de je vous observa ou de je vous remarque , est une locution vicieuse; on doit dire pour rendre le sens de fuite observer ou faire remarquer : je vous fins part de mon observation ,ou , je vous fais faits cUto vbscr-. vation , etc.
De qui que ce soit que vous tabliez, évitez la médisance; à qui que ce soit qui la caresse , elle est toujours fatale : le mal qu’on dit d’autrui , ne produit que du mal.
Il n’y a guère que l’être bienfaisant qui puisse connaître le bonheur qu’on goûte à soulager les malheureux.
3.° On met encore au Subjonctif' les verbes subordonnés aux relatifs: qui , que , dont et où , lorque ces pronoms sont précédés d’un des adjectifs ordinaux: le premier , le second , le troisième , etc. ou d’un des adjectifs : le seul , tunique , marquant l’exclusion.
Exemples.
Vous blâmez la conduite de ce jeune homme,; vou» êtes le premier qui ne lui bendiez pas justice.
De tous mes amis, seriez- vous le seul sur lequel je ne puisse pas compter?
Saisissez cette occasion , l'unique que vous puissiez trouver.
4° Enfin j comme nous l’avons déjà remarqué, on met encore au Subjonctif, les verbes qui servent de complémens aux relatifs conjonctifs: qui , que, dont et où, lorsque, par ces verbes, on a en vue d’affirmer quelque chose et incertain, soit parce qu’on doute, ou qu’on ne puisse rien déterminer de juste ou de positif \ sur les vues de l’esprit qui s’adressent à l'avenir.
Exemples.
Trouverais-j^ , dans ce monde , un£ retraite sûre ozV je puisse vivre loin des méchant ?
Que veulent les gens de bien ? une paix dont tous les partis soient satisfaits , qui mette un terme à toutes les jalousies et haines particulières, qui calme et apaise tous les ressentimens , qui guérisse toutes les défiances qui troublent le bonheur domestique des familles , et , enfin , qui passe encore refleurir parmi nous les vertus généreuses du patriotisme le plus pur.
Tout le monde désire un ordre de choses qui puisse être stable et entretenir une longue paix ; car ce n’est que dans la» paix que lj2$ nations trouvent leur prospérité et leur bonheur.
Remarque.
Cependant , si , par le verbe régi par un des pronoms : qui , que > dont , ofi , il s’agit d’affirmer quelque chose de positif , on doit se servir de Vindicatif , parce qu’ alors l’esprit , outre l’affirmation , n’a aucune intention particulière en vue ; e’est ee dont nous pouvons nous assurer, en détruisant, dans les exemples que nous venons de donner, les vues ou abstractions qui semblent diriger l’esprit dans tous les modes d’affirmations qu’ils renferment , comme :
Je trouverai dans ce monde , une retraite sure on Je pourrai vivre loin des meehans.
L’Europe fera uue paix dont tous les partis sra'-vr satisfaits , qui mettra un terme it toutes les jalousies et haines particulières , qui calmera et afaisera tous les lessentimens , qui guérira toutes les dcGances qui troublent le bonheur domestique des familles , et, enfin, qui fera encore refleurir parmi nous les vertus génércuses du patriotisme le plus pur.
Oo a établi un ordre de choses qui fourra être stable et entretenir une longue paix ; car dans la paix les nations trouveront toujours leur prospérité et leur bonheur»