‹ De l'esprit du subjonctif dans la langue française, ou Analyse logique, grammaticale et philosophique de ce mode, comparé à l'indicatif, etc. Ouvrege indispensable ... Par Charles Appert, professeur de BellesLettres ... Dédiée à l'Académie françaiseChapitre 27 sur 44 · III · texte numérisé non relu

III

Première règle.

j De Vemploi du présent du Subjonctif.

Si le verbe de la proposition principale est un présent ou un futur de l'indicatif, on met le verbe régi ou verbe subordonné , au présent du Subjonctif lorsque, par le premier verbe, on a en vue d’exprimer une affirmation présente ou future .

Exemples.

Je désire que vous soyez satisfait de mes moyens d’explications.

11 faudra qu’il se rende à la force de la vérité , et qu’il confesse, enfin, qu’il n’a pu se rappeler (1) un devoir auquel il n’aurait jamais dû manquer.

(1) Il n’est pas rare d’entendre dire: jem’EN rappelle} vous es rappelez-vous? Cependant ces locutions ne sauraient etre françaises, puisqu’elles ne pourraient passer au creuset de l’analyse, sans nuire aux définitions déjà reçues sur les parties du discours qui les composent. En effet, le mot d’affirmation, dans chacune d'elles, ‘ est un verbe actif transitif, et comme tel, il ne saurait se dis-: penser d’être accompagné d’un objectif ou régime direct. Or\ veut signifier , dans le premier cas : je rappelle cela , cette circonstance à moi , à ma mémoire . Cela , cette circonstance

ïl convient qu’un maître se mette à la portée de ses élèves , et qu'il sc eende assez clair pour que tous puissent le comprendre.

sont ici les régimes directs ou simples du verbe actif transitif rappeler. Certes , ces régimes ne pourraient être représentés par aucun des pronoms me ou en, puisque le premier est ici pour à moi, et le second pour de cela. Or, puisqu’on ne pourrait pas dire: je rappelle à moi de cela, ou de cela à moi ; il s’en suit que les locutions: je m’en rappelle ; voue en rappelez-vous ? Sont évidemment vicieuses , puisqu’elles ne peuvent soutenir l’analyse. Ce qui paraîtrait avoir autorisé ces erreurs grammaticales; C'est que le verbe rappeler est souvent employé intransitivement , et par conséquent sans objectif , comme dans les locutions: j’en rappellerai, ( de ce jugement ) ; je me rappelle n'avoir été jeune , etc. Cette dernière a été admise par l’usage seulement. De là, on a cru pouvoir dire: je me rappelle de cela , et ensuite, par analogie , je m’en " rappelle.

Se rappeler zr'une chose, ou s’en rappeler, n’est point français; mais on dit bien se rappeler vNE chose, ou se LA rappeler; car, pour analyser cette proposition : je me rappelle cette circonstance, ou je me la rappelle, on dira.- je rappelle à moi cette circonstance: cette circonstance était éloignée de moi , de ma mémoire, je la rappelle à moi, à ma mémoire. Je, est le sujet de la proposition ; rappelle, est le verbe; à moi, est le régime indirect ou composé; Cette circonstance , en est le régime direct ou simple; voilà bien la phrase composée de toutes ses parties essentielles. Ainsi la phrase suivante je vous ai dit que j’irais , je me le rappelle , est correcte; car, par la paraphrase analytique on aurait

je VOUS ai dit que j'iraie , je rue rappelle rn rorrs Al DIT

çve j’irais. Le est donc ici une proposition pour éviter la répétition de deux jugemens semblables dans la même phrase.

Je m’EN souviens ne doit pas être confondu avec je me lB rappelle. Car dans le premier cas , le verbe souvenir est employé suivant l’acception qui lui est propre, et dans le second le verbe rappeler n’a qu’une signification accidentelle et subordonnée au dernier complément qui l’accompagne , car , sans lui, il prendrait la signification qui lui est propre, et redeviendrait verbe actif rédu-

C So )

Exceptions.

1. ° Quelquefois le verbe régi se met au présent du Subjonctif , quoique le verbe principal soit au prétérit indéfini de V indicatif ; mais , dans ce cas , le second verbe est toujours précédé d’une conjonction qui le régit , et sert toujours à marquer soit une affirmation présente au moment où l’on parle, ou future relativement à ce même moment , comme :

Nos domestiques ont tout prépare , afin que vous ne nous FA.SSIEIS pas attendre plus long-temps.

Voire épouse a trop mal passé la nuit, pour qu’elle fuisse aller mieux ce matin.

2. ° il arrive souvent, quoique le verbe principal soit au présent ou au futur , qu’on mette le verbe subordonné à l 'imparfait ou au plus~ que-parfait du Subjonctif lorsque ce second verbe cependant est suivi d’une expression co«ditionnelle , exprimée ou sous-entendue.

plicatif pour signifier appeler de nouveau ou encore , etc. Cepen-» dant , il signifie plus communément faire revenir la personne qui a’en va , quoiqu'on ne l’ait pas encore appelée : je m'en allais t il m’a rappelé , etc.

Se souvenir se change en se ressouvenir , lorsqu’on parle d’objet* qui sont éloigués, et que le temps semblent avoir e [lacés de notre esprit.

Exemples.

Croyez-vous que M.“e votre mère se rétablît si je la couduisais à la campagne ?

Je doute que voire père refusât* de venir avec elle, si je l’y invitais.

Croyez-vous que si je demandais votre soeur en mariage , votre père y consentît ?

3.° On place toujours le second verbe au présent du Subjonctif , quel que soit le temps du premier, ou verbe principal dans Vindicatif toutes les fois que ce second verbe exprime , ou veut exprimer une affirmation donnée pour une vérité constante , une chose qui existe au moment ou Ion parle ; enfin une chose qui ne dépend d’aucune circonstance du temps, et qui, par conséquent , peut toujours avoir lieu.

Votre ami n’« point été admis dans les grenadiers de la garde , quoiqu'il soit plus grand que vous, et d’une plus belle corpulence (1).

(1) Corpulence se dit de la grosseur du corps humain; c'est irnpro-^ prement que quelques auteurs ont fait usage du mot corporence . 11 en est de même de l'adjectif corpoté , qui n’a jamais été français , quoiqu’on trouve encore, dans quelques vieux dictionnaires, fiorpora pour corporalité , dans le sens de corpotëité> seul mot usité

Ma sœur aurait vécu très-facilement avec lui , quoiqu’elle soit d’un caractère acariâtre et rancunier.

Quoiqu’elle ait cinq ans moins que vous , on croirait qu’elle est la plus jeune.

4.0 Les conditionnels on DIRAIT , employé pour il semble , et je ne saurais , employé pour je ne puis , régissent , lorsqu’ils sont suivis de la conjonction que, le prisent ou le prétérit du Subjonctif.

Exemples.

Avec le présent du Subjonctif

On dirait que votre ami veuille nous empêcher de danser (1).

Nous ne saurions faire un pas, qu’il ne viexne se placer devant nous.

Avec le prétérit du Subjonctf.

On dirait que votre sœur ait reçu de la nature le don de plaire et de charmer.

On ne saurait dire qu’il ait reçu plus d’amitic , etc. ,

pour signifier ce qui constitue un corps ; ainsi, cet homme est bien corporé, est une locution vicieuse et barbare ; on doit dire : cet homme est fort et membev. C’est ainsi qu’on représente Hercule.

(1) Celui qui enseigne l'art de danser s’appelle maître à danser, et non maître de Danse , comme on l’appelle généralement. De la même manière on doit dire: maître à chanter , maître à dessiner , au lieu de maître de chant , maître de dessin.

U semble, par ces nouvelles distinct ons ou dénominations intel-

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