‹ De l'esprit du subjonctif dans la langue française, ou Analyse logique, grammaticale et philosophique de ce mode, comparé à l'indicatif, etc. Ouvrege indispensable ... Par Charles Appert, professeur de BellesLettres ... Dédiée à l'Académie françaiseChapitre 28 sur 44 · O B SE R FA TI O N S · texte numérisé non relu

O B SE R FA TI O N S

Avant de quitter ce sujet, je dois faire observer qu’on peut aussi employer V Indicatif après on

ligentcs, que l’esprit ait voulu distinguer, dans ses perceptions, les arts, qui s’adressent spécialement à nos facultés physiques, de ceux qui naissent essentiellement de l’exercice de nos facultés intellectuelles , en s’adressant plus particulièrement aux Sciences. C’est ce que nous apercevons plus distinctement, en tournant ces locutions : maître à danser, à dessiner, à chanter , par la paraphrase analytique , indiquée par la préposition à : maître à faire l’action de danser, de dessiner, de chanter, etc. C’est ce qui ne pourrait avoir lieu pour les locutions: maître db musique , maître VE philosophie , parce que la préposition , de qui en marque tous les rapports, n’indique aucun mouvement, et ne pourrait, ainsi, avoir ptur conséquent ou dernier complément, un nom d’action: en effet, on ne peut pas dire, en se servant de la même paraphrase: maître à jaire l'action de musique , de philosophie , etc. ; car la musique et la philosophie ne sont point des actions ; mais bien des Sciences" qui ne peuvent exercer que nos facultés morales. Ainsi , lorsque nous disons: maître v B musique, de philosophie ; notre esprit perçoit dans la préposition ve un rapport d’intériorité , d’identité , qui donne lieu nécessairement à la paraphrase : maître dans la Science des sons , de la philosophie , etc.

On doit également dire: un maître à déclamer , au lieu de maître de déclamation.

N.* Ces nouvelles dénominations ou distinctions ont si fort déplu à MM. les maîtres à danser, à chanter, à déclamer, à dessiner de Paris , et même aux malt rts d’armes ou en faits d'armes , qui craignent qu’on dise un jour maître à s’escrimer , ( ou à faire l'action de s'escrimer), que ces messieurs, pour se venger de l’Académie , et faire niche aux professeurs de philosophie, ou grimauds, comme quelques-uns veulent bien les appeler , se disent partout professeurs de leur art, et n’ont, le plus souvent , pour le prouver, que l’Almanach royal du commerce , et leurs cartes de visite.

dirait j c’est ce qu’on remarque dans ces phrases :

On dirait que le temps ya changer , (ou v E v t changer ).

On dirait que vous avez de l’humeur, vous ne cessez (i) de vous plaindre?

,On dirait qu’il va tonner, (ou qu’il veut tonner ).

Dans c es exemples, on ne se sert de Y Indicatif que pour rendre le temps dans lequel on parle plus absolu ; c’est ce qu’on ne pourrait faire autrement , puisque le pre'sent du Subjonctif marque toujours un présent relatif à un avenir indéfini ; en effet , on veut signifier dans les exemples ci-dessus:

i.° Que le changement de temps dont on parle sem-» hic vouloir s’effectuer à l’instant même.

2.0 Que les signes de la mauvaise humeur dont il est question , sont visibles à l’instant même où l’on parle.

3.° Que tout paraît faire croire au moment même que l’on considère le temps , que le tonnerre va ou veut se faire entendre.

(i) C’est abusivement que bien des personnes disent: il ne DÉcEssIt de se plaindre , il ne décesse de parler; pour dire: il se plaint continuellement , il parle sans cesse. Le verbe décesser n’a jamaia été français , et l’on doit toujours dire, il ne cesse de se plaindre , il ne cesse de parler, ou bien encore il tte déferle point.

» Tel qu’une NotiEE , il ne défarleit pas. ( Ver-vert. )

C’est sans doute pour ne pas multiplier les formes des verbes qu’on se sert, souvent des mêmes modes pour signifier des choses qui ne sont pas absolument semblables ; * alors c’est la manière y la forme et la couleur de la pensée qui doit nous diriger.

Deuxieme règle..

De remploi de V imparfait du Subjonctif .

Lorsque le verbe dfe la proposition principale est à Y imparfait à l’un des prétérits , au plusque-parfait ou à l’un des conditionnels , on met le verbe de la proposition subordonnée à Y imparfait du Subjonctif y si l’on a en vue d’exprimer une action présente par rapport au- premier verbe , c’est-à-dire ^ une action qui avait lieu ou qui était encore à faire , quand celle indiquée par le premier verbe avaient lieu .

Exemples.

Il vaudrait mieux qu7il pekdît Ta viè, et meme lTioït' ceur, que d’exciter la vengeance d’un tel. monstre.

Il désirait que le Roi I’anoblît (i) , et, cependant, il n’avait rien fait pour mériter cet honneur.

(i). Il arrive souvent qu’én. parlant ou en écrivant, Pou confonde, l’un pour l’autre, les deux mots anoblir et ennoblir $ ces. deux

V aimerais mieux qu’il broinît (i) qu’il ri»CT*; car j'ai beaucoup de chemin à iaire.

Votre père avait défendu qu’on reçut* votre cousin, parce qu’il avait mal agi (2) avec lui.

verbe» sont actif» transitif» ; mais le premier ne peut avoir pour sujet et régime direct , que des noms de personnes ou des pronoms qui les représentent ; il signifie rendre noble , donner à quelqu’un le titre et les droits de la noblesse :

Il n'y a que le roi qui puisse A noBlir .

La métaphore ici altère tout-à-fait l’orthographe , et anoblir se change en ennoblir, tontes les fois que son sujet ou son régime est un nom d’objet inanimé , alors il signifie , dans un sens purement moral , rendre plus considérable , plus sage . plus illustre , plus vertueux , plus noble , etc.

ha rERTir seule ennoblit le héros, ht cmvR voudrait toujours ennoblir c.î qu’il aime.

On peut dire anoblissement ; mais ennoblissement n’est pa» français.

(1) Bruiner est un verbe impersonnel , c’est-à-dire, un verbe sans sujet connu ou défini; c’est pour cette raison qu’il se conjugue dans tous ses modes et dans tous ses temps avec l’indéfini H.: il se dit d’une petite pluie froide , de la bruine qui tombe : il bruine , il ne pleut pas bien fort ; il ne fait que bruiner. C’est à tort que beaucoup de personnes disent : il brovtne, ou bien encore : il brouillasse; ces deux mots n’ont jamais été français.

(2) Agir. Ce v> rbe est toujours actif intransitif ; parce que l'action qu’il exprime ne peut sortir hors du sujet qui le gouverne, c’est-à-dire , qu’il no peut être suivi d’aucun régime direct ou objectif. Le génie de la langue française , ou l’usage , comme quelques grammairiens l’ont appelé , veut bien qu’on se servo de ek après agir ; mais défend son emploi avant ce verbe. Ainsi, il en a mal agi avec moi , est un barbarisme , et c’est ce que noua allons prouver par l’analyse. Ce qui constitue généralement le génie

JW craint qu’il ne fut* pas assez matinal (i) et je l’ai réveillé (a). <

d’une langue , ce sont les rapports de convenance qui existent entre les verbes et les particules qui les mo tifient, pour en exprimer les diverses inflexions. D’n près les classiques, -on peut se servir avec agir, des prépositions en, signifiant comme, de la. même ma* nière que , et de avbc suivi- d’un adjectif , d’un pronom ou d’un nr'm ; et nous disons : il agit en honnête homme ; avec lui et avec moi , il agit avec prudence. En avant un. verbe , qui n’est pas un participe présent , est un pronom relatif , et signifie toujours de cela , de cette chose là , peur un régime indirect; or, puisqu’on ne pourrait pas dire : il agit mal de cela , de car te chose là avec moi , on ne doit pas dire: il en agit mal avec moi ; car en avant un verbe ne peut pas signifier comme , de la mime manière que , etc.

Ce qui paraîtrait avoir donné lieu à cette erreur grammaticale > s’est que généralement on confond ensemble les deux locutions : agir, bien ou mal , et en user bien ou mal ; mais , comme on peut dire: user bien ou mal d'vxE chose, il faut sa servir de la préposition en avant le verbe user ; ce qui ne pourrait évidemment avoir lieu pour le verbe agir. Racine , dans une lettre qu’il adresse à son fils , alors fort jeune , te reprend de s’être servi de en avant agir , ponr exprimer 1e sens de il a mal usé.

Lorsque ce verbe est gouverné par l’indéfini il, il devient réfléchi ou pronominal , et prend la signification de U est question , il était question , etc. comme : de quoi s’agit-il ? pour de quoi est- il question ? *

(1) Beaucoup do personnes se servent exclusivement de matinal pour signifier se lever matin , et avoir l’habitude de se lever matin ; dan» ce dernier cas on doit toujours dire matineux ; on te sert encore de matinier pour signifier ce qui appartient au matin; il n’est usité que dans cette phrase : / ai vu Vitoile m AT xsiÉKE.

(a) Bien n’est plus commun que de rencontrer des personnel qui confondent réveiller avec éveiller.

Réveiller, c’est tirer de l’état de sommeil profond quelqu’un qui dort , ou qui s’est rendormi après avoir été éveillé , comme: son domestique le réveille tous les matins ; il s’ctait rendormi, et

Troisième règle.

De lemploi du prétérit du Subjonctif.

Lorsque le premier verbe , ou verbe sujet , se trouve à V un des futurs , ou au prétérit indéfini y on met le second verbe, ou verbe régime , au préférit du Subjonctif ; si , par ce verbe , on veut exprimer une action passée par rapport au premier verbe , c’est-à-dire , une action qui était déjà passée , quand celle affirmée par le premier verbe , avait lieu,

Exemples.

Il est nécessaire qu’un jeune homme qui se destine à la législation ait fait de bonnes études, et qu’il iî’atp point l'esprit infecte (i) de préjugés.

Ton fut obligé de le réveiller 5 il ne faut pas réveiller le chat qui dort , etc. , etc.

Eveiller , faire passer de l’état' de sommeil à l’état de veille } il exprime l’action simple €t sans effort de passer du premier de ces états au second. Le moindre bruit Éveille ; on s'éveille tard j on éveille V attention du public.

Le tyran que les remords n’ éveillent pas , sera réveillé. par la terreur .

(1) Infecter ; on le dit figurément des choses qui peuvent, par leur nature, gâter corrompre le cœur} on a souvent confondu ce verbe avec infester t qui signifie incommoder , tourmeuter , ravager par des irruptions , des incursions , etc.

Dites à voire cousin qu’il ne sortira pas qu’il n’air affaire (1) à moi.

Je suis extrêmement fâché que vous ne soyez point

C’est donc à tort que M.' l’abbé Delille, en parlant de la reine des harpies , a dit :

« Infecta ces beaux lieux de ses troupes impies. »

D’après ce que nous venons de dire , il fallait :

« Infesta ces beaux lieux de ses troupes impies ».

Car Céleno ne pouvait avoir en vue que de tourmenter les habitans de ces beaux lieux, en les exposant aux ravages par des irruptions ou des incursions continuelles s puisqu’avec des troupes impies, on ne saurait dire: gâter ou corrompre de beaux lieux, etc.

Heureux l’homme qui naît après l’extinction de ces préjugés révoltons , qui infectent toutes les nations où les passions dirigent la raison.

Autrefois on croyait que les malins esprits se faisaient un plaisir d' infester les châteaux inhabités.

(i) Avoir à faire à quelqu’un, ou de quelqu’un, est une faute qui échappe à beaucoup de personnes qui confondent affaire avec

à FAIRE.

Avoir et faire , comme verbes transitifs , doivent toujours être suivis d’un objectif, exprimé ou sous-entendu; c’est ce qu’ou ne pourrait trouver , en analysant la phrase: j’ai à faims à M.r votre père , où les deux verbes n’auraient pour compté mens que de» régimes indirects ou composés. Par la même raison , j'ai à faire quelque chose serait également une locution vicieuse , puisqu'alors le verbe avoir resterait saus régime direct ou objectif, et que à faire «n aurait un qui ne peut lui convenir, puisqu’il est employé comme dernier complément du verbe qui le précède; mais ou pourrait bien dire: j’ai quelque chose à faire , ou j’ai affaire ; ce qui est la même chose. Ainsi donc le régime direct d’un verbe ne pouvant être qu’un substantif on quelqu’équivalent , ou bien encore un conjonctif ou un infinitif sans préposition ; il s’en suit qu’après uu verbe transitif on ne peut placer, comme objectif, un infinitif précédé d’une préposition , d’où il faut conclure que avoir à faire à n'a jamais pu être français.

aile à Angola (1) ; vous y xcssrzz vd de beaux nègres, ( sous-entendu , si vous étiez ailé à Angola ).

Quatrième règle.

De l’emploi du plus-que-parfait du Subjonctif.

Si le verbe de la proposition principale est uit imparfait , un des prétérits , un plus-que-parfait de l’indicatif, ou un des conditionnels , on doit mettre le verbe régi ou subordonné , qui s’y rapporte , comme objectif , au plus-que-parfait du Subjonctif , lorsque, par ce verbe , on veut exprimer une affirmation dont l’objet est terminé, par rapport au verbe sujet , c’est-à-dire , une chose qui était déjà terminée quand celle exprimée par le premier verbe avait lieu , ou se passait.

(i) Angola est le nom d’un pays de la basse Ethiopie, d’où l’on tire les meilleurs et les plus beaux nègres , on ne doit point confondre Angola avec Angora ; ce dernier est le nom qu’on donne à trois races d'animaux d’espèces très-différentes , le chat , le lapin et la chèvre , originaires d’Angora , dans l’Asie mineure , et qui sont remarquables par leur soie . longue et fine. C’est un chat aisgoba n’est pas français; on doit dire : c’est un chat d’ AyGORAt mi c'est un AycoRA , etc.

Exemples.

S’ignorais que votre ami eut* demeuré h Naples pendant l’hiver.

Il parut étonné qu'on eut * fait tant de choses en si peu de temps , et crut qu’on lui en avait imposé (1).

(i) Imposer y pris figuréraent, et dans un sens absolu ; signifia, inspirer de V estime , de V affection , du respect , delà vénération, de la crainte y de Y admiration y etc.; dans ce cas , il est toujours pris en bonne part , et ne do t jamais être suivi de la particule en : il y a dans quelques femmes. . . . un esprit éblouissant qui lier pose , et qu'on estime , que parce qu'il ri* est pas approfondi . Le nom d'un grand homme impose plus que toutes les épithètes . Il imposait autant par la gravité de son maintieny que par la force de son éloquence. En parlant de certaines gens, on peut dire: quand vous les voyez de fort près , c'est moins que rien ; de loin ils imposent. CVgt donc abusivement que J. J. Rousseau a dit: Je la voyais environnée de son époux et de ses enfans ; ce cortège m'z n imposait. Et dans un autre endroit : tu mJEv imposes , tu me subjugues , tu m'attires , ton génie écrase le mien , et je ne suis rien devant toi. Et encore : Les hommes veulent bien plus en imposer aux autres et faire valoir leur talent , que se rendre meilleurs et plus sages . D’après les meilleurs classiques , on ne peut se servir de la particule en avant le verbe imposer, sans changer tout-à-fait sa signification , c’est- à dire , sans la prendre en mauvaise part; car alors il signifie, en faire accroire , tromper , mentir , induire en erreur , etc., comme: vous ni en imposez ; vous vous EN imposez, et vous nJ êtes point sincère avec vous-méme. Vous serez indigné , sans doute , qu’on ait osé vous en imposer si grossièrement , etc.

D.1 ce qui précède, il est évident qu’on devra dire:

Aristide avait été juste avant que Socrate eût* vtt ceque c’était que justice.

J’aurais désiré que vous eussiez fahi.k hier à votre mère avec plus de respect ; votre ton ergoteur (i) lui a beaucoup dépin.

Sans la particule EK.

L’air noble et simple de Vinnue ence impose.

La Majesté du trône impose.

Son courage imposa à l’ennemi.

L’exemple d’un grand Roi im pose et se fait suivre.

Sa fermeté m' impose , et je lui pardonne tout.

Avec la particule ek.

L’air composé d un hypocrite en impose.

Le faste d’un sot EN impose aux sots.

Par le mensonge , le fripon en impose.

Il est toujours affreux d’en imposer aux hommes.

Tu m’ en imposais pour me I déshonorer.

N.* Le Substantif imposition ne peu t être français dans aucune des acceptions dont nous venons de parler.

(i) Ergoteur est un Substantif, employé ici adjectivement ; il est très-familier, et ne se dit que d'un homme pointilleux, insupportable ; ou de ces esprits raisonneurs qui entassent argutnens sur arguraens , raisonnemens sur raison ncmeris , pour contester les çhuses les plus simples et les plus claires. On ne doit point confondre ergot avec argot. La première de ces expressions est le uoui qu’on donne à cette espèce de petit ongle pointu qui vient derrière le pied de plusieurs animaux : aux sangliers , on les appelle les gardes ; aux cerfs , on les appelle les os. On appelle encor» ergot , une espèce de corne molle qui se trouve derrière le boulet d’un cheval , et qui est recouverte par le poil du fanon. Figurément et très-familièrement , on dit : Se lever sur ses ergots , pt'ur signifier , parler d’un ton fier et élevé.

Argot, en termo de jardinage , se dit de l’extrémité d’une branche morte. Il signifie aussi un certain langage, usité parmi les filous de profession , pour n'ètre point compris des autres personnes. On appelle argotier celui qui parle ce langage.

OBSER FA TIONS

Sur le participe présent lorsqu'il est le verbe de la proposition principale , et qu’il tient lieu du présent ou de V imparfait de Vindicatif, etc.

l.° Lorsque le participe présent tient lieu <lu présent de l’ Indicatif , le verbe régi qui s’y rapporte, se met au pre'sent du Subjonctif, si, par ce verbe, on a l’intention d’exprimer une affirmation présente ou future par rapport au premier verbe , en supposant toujours que ce verbe soit de nature à gouverner le Subjonctif.

Exemples.

Dèsirmt ( ou comme je désire ) que vous soyez content, je m’empresse de reconnaître tous les soins que vous avez bien voulu prendre de cette affaire. La somme que je vous offie , n’est point considérable (1) ; ma

(i) De ce qu’on peut dire indifféremment : cette affaire est considérable , ou de conséquence ; beaucoup de personnes ont cru pouvoir dire : cette ajjaire est coxsÉçventb. Cette locution est vicieuse , et ne peut être tolérée que dans le style mercantile.

Conséquent ne peut être employé pour considérable , lorsqu'il «'agit des personnes ou des choses ; car , il ne peut signifier grand , nombreux , important; qui donne de la considération , de l’importance ; qui jouit d’uue grande considération , d’un grand crédit, d’un grand pouvoir. Conséquent est un adjectif qui cou-

fortune est bornée j mais l'amitié et la reconnaissance que je vous porte , seront sans bornes.

Doutant ( comme je doute ) que votre avocat soit assez honnête pour ne point vous compromettre daus celte affaire , je vous adresse le mien.

2.° Lorsque le participe présent , employé comme mot d’affirmation de la proposition principale , peut se tourner par le présent de V Indicatif , le second verbe, ou verbe régime, qui s’y rapporte , doit être mis au prétérit du Subjonctif , si , par ce verbe , on veut exprimer une affirmation passée par rapport au premier verbe qui Je gouverne'.

vient plus particulièrement aux personnes , et qui ne se dit des choses , que par analogie , ou figurément. Il veut toujours dire: qui raisonne , qui agit conséquemment ; qui est d'accord avec soi-même dans toutes scs parties. Ainsi , on dit qu'un homme est conséquent , lorsque sa conduite est en harmonie avec ses principes , que ses actions sont d'accord avec ses pensées , ses démarches , avec ses intérêts ; ou dit daus le même sens : un raisonnement conséquent ; une couduite conséquente ; une démarche conséquente. Dans toute autre acception , le modificatif conséquent est mal employé, et c'est toujours une faute grossière que de dire: cette maison est conséquente; ce marché est conséquent ; il fait un commerce conséquent.

Conséquent est encore un terme de Logique pour signifier la proposition qu’on infère des prémisses d'un raisonnement.

Exemples.

Mc souciant peu qu’on vous ait bien ou mal informé de ce qui se passe , j’ai jugé U propos de garder le silence.

Me défiant qu’on ne vous ait mal informé , je vous parle de cette affaire ; non pour vous influencer (i) ; mais pour vous éclairer.

N.* Dans cette dernière phrase la particule ne est employée comme explétif.

3.° Mais, si parle participe présent , employé comme mot d’affirmation de la proposition principale , on peut sous-entendre V imparfait de l Indicatif , on doit mettre le verbe qui s’y rapporte, dans la proposition subordonnée, à T imparfait du Subjonctif y lorsque par ce verbe ,

(i) Exercer une iufluence t et agir par influence , forment deux affirmations que l’on confond souvent l’une pour l'autre , lorsqu’elles se trouvent représentées par les verbes concrets influencer , influer. Cependant le premier de ces deux verbes est transitif \ et

le second intransitif , c’est-à- dire , que le premier peut toujours être suivi d’un régime direct , tandis que l'autre ue peut avoir pour complément qu’un régime indirect ou composé. Ainsi, noua dirons : les ministres habiles savent influencer les peuples pour les rendre plus soumis ; mais trop souvent leur politique ambitieuse influe considérablement sun le bonheur de leurs semblables.

Ces deux verbes ont pour racine le même Substantif, influence : action d’une cause qui sert ou aide à produire un effet , comme : j’ai senti que la douce influence de cette axe expansive agissait autour d’elle , et triomphait de l'insensibilité même. ( J. J. Eouss. )

on veut exprimer une affirmation présente ou future y par rapport au verbe sujet :

Ex EMPLËS.

Foulant que vous vissiez cette belle cérémonie , je vous ai envoyé chercher. Sa Majesté n’a pas encore apparu (1).

Votre jeune frère , craignant qu’on ne le grondât*, n'a pas osé dire la vérité dans le premier moment.

N.“ Dans le dernier exemple , le premier NU est employé comme particule explélive.

4.° Enfin , quoique par le participe présent y employé comme premier verbe ? on sous-entende un imparfait de /’ indicatif , au lieu de mettre le second verbe qui s’y rapporte à V imparfait du Subjonctif y comme nous venons de le voir , on doit le placer au plus-que-parfait de ce mode.

(i) Apparaître, dans ce sens, ne peut se dire que des objets d’un ordre supérieur qui ne paraissent que rarement , et de loin en loin; comme: il apparaît de temps en temps sur la surface de la terre , des hommes rares et exquis , qui brillent par leurs vertus , et dont les qualités éminentes jettent un éclat prodigieux.

Dans le langage ordinaire et familier, on dit qu’au* personne , qu’une chose n'a fait qu'une apparition , lorsqu’elle n’a paru que pendant un temps très-court , et nous disons : il n a fait qu unn apparition dans cette Société . U apparition d un éclair , etc.

L’opposé de apparition est disparition et non disparutioh qui n’est pas plus français qu’APFARUTioN ; quoique Linguet ait dit , en parlant deVoltuire: « de tous ceux que sa disparition a semblé rfh-er , les philosophes ont été le plus promptement consolés . »

si , par ce verbe, ou mot d’affirmation, on veut avoir pour objet une chose passée , par rapport au verbe sujet ou principal , à la place d’une affirmation présente ou future y comme dans les exemples ci-dessus.

Exemples.

Désirant que mon procureur put* termtné cette affaire, avant mon retour , je restai trois mois de plus à la campagne, et j’évitai (i) bien des désagrcraens ! !

(i) Beaucoup de classiques ont employé indifféremment les deux v<rbcs éviter et épargner , en leur donuant une signification commune, après bs avoir confoudus dans le sens général de faire éviter^ où ils paraissent être synonymes.

Éviter , dans l’acception qui lui est propre, signifie esquiver; fuir quelque chose de nuisible , de dangereux , de désagréable, ou encore s'éloigner de , etc. , comme : si nous ne pouvons éviter la mort , tâchons du moins de ne la sentir qu'une fois.

Éviter , employé dans le sens d’épargner est une faute grave ; il ne peut signifier autre chose que faire éviter , et c'est ainsi que nos meilleurs écrivains l’ont entendu ; comme: en me taisant , je veux vous éviter l'ennui de me trouver maussade ( J. J. Bouss. ); n'est-ce pas comme s’il y avait : je veux vous faire éviter l'ennui , etc.

Voici donc la signification accidentelle et figurée dr épargner bien déterminée , toutes les fois qu’il pourrait être confondu avec éviter; il signifie faire ensorte que quelqu’un n’éprouve rien de nuisible y de dangereux , de désagréable , ou encore qu’il puisse s’en éloigner, etc. , comme : ^épargne à ton pauvre cœur les détails de cette scène attendrissante ; c’est ainsi qu’on nous épargne les pleurs , et qu’on nous accoutume à n’en verser que quand la douleur nous y force. ( J. J. Rouss. )

Maintenant que nous sommes filés sur l’idée d’affirmation occupée par chacun de ces deux verbes , pris dan3 le rens Fun de l’autre, par rapport au sujet, voyons en quoi ils diffèrent, en examinant

Ignorant que le prince fut* parti pour ses terres , je lui avais écrit à Paris pour lui demander une pension.

Ne sachant point que ces objets fussent achetés, je les ai vendus ce matin k Monsieur votre beau-frère.

Tel est à-peu-près tout ce qu’on peut dire d’utile et d’indispensable , sur l’usage et l’emploi d’un mode , dont l’esprit est si difficile à bien

plus particulièrement la nature de chacun d'eux , par rapport aux différons complémens qui les accompagnent.

Éviter, dans le sens qui lui est propre, c’est-à-dire , qu’on lui attache le plus généralement, est un verbe actif transitif , puisqu’on peut toujours dire • éviter quelqu’un , f.vitfr quelque chose. Mais l’affirmation exprimée par éviter ne pouvant être relative, par sa nature, qu’au sujet qui fait l’action d’cviter, et à V objet qu’il s’agit d’ÉviTER ; il s’en suit quil ne pourrait avoir d’autre Ci mp’ément après son régime, puisqu’on ne pourrait pas dire, sans faire déraisonner l’esprit : éviter une peine à quelqu’un. En effet, est- il possible d’éviter une peine à quelqu'un , lorsqu’on veut que la personne j’évite elle-même ? on peut bien éviter une peine tuais on ne saurait l’éviter ni à soi ni aux autres; car éviter marque une action qui ne peut être faite que par la personne qui évite ; delà, la nécessité toute naturelle de se servir de la locution faire éviter , et de dire: faire éviter une peine à quelqu*un. C’est dans ce sens , seulement , que nous pouvons nous servir du verbe épargner au lieu d'ÉviTER , puisqu’on peut toujours dire: épargner une peine à quelqu'un , pour faire éviter une peiné , etc. et qu 'éviter, employé pour faire éviter, est toujours une absurdité puisqu’on ne peut lui donner un régime indirect ou médiat, sans détruire l’objet de son affirmation , en énonçant une proposition en opposition avec la pensée elle-mcme. Ainsi , d’après toutes ces faisons , on devra dire : en s'échappant de sa prison , Socrate eut épargné à ses juges le crime de sa mort , et non , comme l’a dit Marmontel ; eût évité à ses juges , etc. car , on ne peut éviter un crime à quelqu'un ; mais bien le lui faire éviter , en faisant en sorte de l’cn éloigner ou de l’empêcher de le commettre; voilà justement ce que signifie épargner , employé pour f aire Éviter.

tr

connaître , ainsi que sur les différentes vues ou intentions particulières de notre intellect, en nous servant des mots d’affirmations, qui gouvernent ce mode , dans la proposition principale. Ces développemens , quoiqu’étendus et analytiques , seraient loin de remplir le but de l’auteur , si celui-ci n’avait imaginé d’offrir aux élèves studieux l’occasion de pouvoir s’assurer , par des exercices pratiques et progressifs , s’ils ont bien entendu les différentes règles qui viennent de leur être transmises.

Pour parvenir à ce but , par l’application forcée de tous les principes renfermés dans cet ouvrage, l’auteur a cru nécessaire de placer ici quatre cacologies différentes , dont chacune des trois premières correspond à un des trois chapitres qui constituent ce traité , en ayant soin d'indiquer la faute par le numéro du § qui y répond, et la quatrième à toiites les notes répandues dans Je corps de l’ouvrage, en donnant, à la suite de chaque locution vicieuse , la page et le numéro de la note qui s’y rapporte ; afin que l’élève , dont la mémoire aurait été infidèle , puisse y avoir recours et corriger de lui-même toutes les fautes qu’il rencontrera dans le cours de ces cacologies ou exercices pratiques (1).

(1) Dans le cours de ces Cacologies , on trouvera , de temps en temps , des locutions correctes et conformes aux règles que nous venons de donner. L'auteur ne les a introduites dans ces exercices à corriger, que pour habituer l'élève à les reconnaître et à vaincre ses doutes.

( ÎOO )

PREMIÈRE CACOLOGIE,

jS.ir les verbes qui régissent le Subjonctif. ( Voyez le Chapitre premier. )

Après une longue deliberation , nous ordonnâmes qu’ils fussent mis en liberté dans les vingt-quatre heures, attendu qu’il ny avait pas lieu à poursuivre.

Le Roi ordonne que justice vous skka rendue dans les vingt-quatre heures : il est ennemi de l’arbitraire.

Tous vos amis seront surpris que vous avez quitté votre pays, sans les prévenir du parti violent que vous preniez.

Si votre intention est que vous soyez admis dans la bonne société , comportez-vous de ma^ nicre à ce qu’on puisse être honore de so trouver dans la vôtre.

Le président du tribunal a ordonné que les témoins seraient entendus à huis-clos; mais le Roi a décidé , depuis, qu’ils seraient entendus publiquement.

( MH )

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