DANS
On appelle Subjonctif un des cinq modes qui constituent la conjugaison des verbes ; ce mode renferme- les quatre temps dont nous venons de parler. Le mot Subjonctif vient du latin Sub - ' jungere , qui veut dire Soumettre , Subor donner^ C’est pour cette raison qu’on a appelé de ce nom le mode dont tous les temps et toutes les personnes se trouvaient, pour ainsi dire, sous le joug , sous la dépendance d’un autre verbe exprimé ou sous entendu, ou d’une conjonction qui précède , et dont ils dépendent ; au point que s’ils en étaient séparés, iis ne pourraient former d’eux-mêmes un sens raisonnable.
Si la définition que je viens de donner du Subjonctif m’est accordée, il nous sera facile d’en trouver la raison ou la cause efficiente en cherchant à reconnaître la nature de la proposition où se trouve généralement employé ce mode . Ainsi , c’est dans l’analyse de la pensée elle-même
qu’on doit chercher à s’instruire des ressorts les plus caches de l’intellect humain.
Pbuser c’est comparer des idées connues entr’elles pour en acquérir de nouvelles, de la même manière que Peser c’est comparer une pesanteur connue, qu’on appelle PoiD, à une pesanteur inconnue qu’on appelle marchandise, afin d’acquérir une nouvelle idée que nous appellerons différence ou préponüérarice. La représentation orale ou graphique de la pensée , telle que nous venons de la définir, et qu’elle existe dans notre esprit, est ce que les grammairiens entendent par proposition.
Une proposition est donc l’cnoncé d’un jugement. Et , d’après ce que nous venons de dire, un jugement devra être le résultat de la comparaison de deux idées. Le mot qui affirme cette comparaison ou ce jugement s’appelle Verbe , et constitue, avec les idées qu’il sert à mettre en rapport, en affirmant la seconde de la première, ce que nons appelons la pensée. Toute proposition renferme donc une pensée en elle-même ? Non , et nous allons expliquer ce paradoxe.
La proposition , par rapport à son influence dans la phrase, peut être appelée principale , incidente ou subordonnée.
l.° La proposition principale est celle qui offre toujours un sens clair et complet à l’esprit, indépendamment de toute autre proposition. a.0 La proposition incidente , étant toujours
le modificatif du nom sujet ou régime de la proposition principale, ne peut rien signifier sans cette même proposition.
3.° Enfin , la proposition subordonnée n’est autre chose que le modificatif du verbe de la proposition principale , et comme la proposition incidente, elle a le premier terme de son rapport dans la proposition principale , puisqu’elle commence toujours par une préposition exprimée ou sous-entendue dont l’antécédent ne peut-être que le verbe de celte même proposition.
Il est évident que les deux dernières espèce» de propositions dont nous venons de parler , ne sauraient être confondues avec la première, puisqu’elles ne renferment chacune que le dernier terme d’une comparaison dont le premier constitue les parties les plus essentielles de la pioposition principale. Toute proposition ne renferme donc pas une pensée d’elle-même ; puisque nous venons de démontrer jusqu’à l’évidence, que les propositions incidentes et subordonnées n’étaient autre chose que des dépendances immédiates de la proposition principale.
Maintenant que nous avons défini ce qu’on devait entendre par le mot proposition, par rapport au Verbe qui en est le lien,( puisque sans lui la pensée n’existerait pas), tâchons d’observer, par quelques exemples, quel est le rôle que joue dans la phrase le mode Subjonctif , et à laquelle
des trois espèces de propositions que nous venons de reconnaître , il appartient.
Analysons la phrase suivante :
Il faut partir pour Naples , quelques affaires que nous ayons à terminer ici.
N’est-il pas facile, en y réfléchissant un peu, d’observer la dépendance entière et complette du verbe au Subjonctif que nous ayons ? Les compléinens à terminer ici , ne servent - ils pas à donner de la force au sens subordonné , et ne pourrions- nous pas analyser les différentes pcnse'es ou raisons que cette phrase renferme ainsi qu’il suit?
Il faut partir pour Naples, Proposition principale, formant un sens clair et complet sans le secours de la proposition qui suit.
Quelques affaires que nous ayons à terminer ici , c’est-à-dire, en supposant même que nous ayons des affaires à terminer ici , Proposition subordonnée , ne pouvant former aucun sens ou raison par elle-même, et servant de complément ou de modificatif au verbe de la proposition principale, Il faut partir pour Naples, qui est évidemment l’antécédent ou le premier terme du rapport marqué par la préposition en sous-entendue.
D’après cette analyse, qui convient, comme nous le verrons par la suite , à toutes les phrases qui renferment le mode Subjonctif , et considérant que cette inflexion particulière du verbe se trouve toujours sous la dépendance immédiate et spé-
ciale d’uü autre verbe déjà exprimé dans la phrase ou sous-enleudu , nous pouvons déjà , sans trop préjuger , avancer que la proposition subordonnée , par sa nature, est la seule qui puisse convenir à l’emploi du Subjonctif', puisque, comme lui, elle tombe sur le verbe de la proposition principale , qu’elle sert à expliquer.
Il n’en est pas de même des deux autres propositions , principale et incidente ; parce que la première , comme principale , ne saurait dépendre d’aucune autre proposition, et que la seconde ne peut tomber sur un verbe , puisqu’elle est toujours le itiodificatif d’ un nom , sujet ou régime du vetbe de la proposition principale.
Pour mieux nous convaincre de cette vérité, et ne point confondre ensemble les deux propositions qui se trouvent sous le joug et la dépendance de la proposition principale , c’est-à'-dire , la proposition subordonnée et la proposition incidente , nous n’avons qu’à examiner la nature de cette dernière, en la divisant, d’après son influence sur la proposition principale, en déterminative , explicative et elliptique.
i.° La proposition incidente déterminative est celle qui tient essentiellement au sujet ou régimo de la proposition principale , comme lorsque nous disons ;
Les hommes qui éclairent leurs cens doyens, méritait la reconnaissance nationale.
Qui éclairent leurs concitoyens , est une proposition incidente déterminative \ puisque , sans elle, le verbe de la proposition principale, méritent ^ ne peut rien déterminer ou affirmer de raisonnable entre son sujet, les hommes , et son régime direct, la reconnaissance nationale : car il serait ridicule d’avancer que les homme s , en général , méritent la reconnaissance nationale . La proposition incidente déterminative commence toujours par un pronom relatif qui en est le sujet, et dont l’antécédent est le nom sujet ou régime de la proposition principale.
2.0 On entend par proposition incidente explicative , celle qui ne tient au sujet ou régime de la proposition principale , que pour en expliquer quelque particularité; en effet, on peut la retrancher de la phrase , sans nuire au sens matériel de la proposition principale \ ainsi que nous pouvons le voir dans la phrase suivante :
L 'homme , qui est mortel et sans soutien sur cette terre , a souvent trop d’orgueil.
Qui est mortel et sans soutien sur cette terre , est ici une proposition incidente explicative ; puisque sans elle on pourrait encore apercevoir, avec clarté et précision , les rapports de convenance qui existent entre le sujet de la proposition principale et les complèmens de son verbe ; et , en effet, on pourrait affirmer, d’une manière géné-
taie , que les hommes ont souvent trop df orgueil, et dire:
L’homme a souvent trop d’orgueil.
3.° Enfin, on entend, par proposition elliptique , la proposition incidente explicative , dont on a retranché le relatif et le verbe.
Exemple.
L’homme de bien, animé par l’amour de D i BV seulement , est celui qui sait se donner beaucoup de mal à n’avoir que des vertus utiles à ses semblables.
Animé par l’amour de Dieu etc. , étant évidemment pour qui est animé par l’amour de Dieu, est une proposition elliptique, employée pour une proposition incidente explicative ; elle peut s’inverser à volonté ; c’est ce qui en fait toute la différence. Elle s’emploie ordinairement, soit pour donner plus d’énergie, plus de rapidité au discours , ou encore pour éviter la trop fréquente répétition des relatifs , comme on peut le voir dans l’exemple ci-dessus.
D’après les qualités logiques que nous venons de reconnaître aux trois espèces de propositions ci-dessus , nous ne pouvons y chercher l’emploi ou l’usage d’un mode qui tombe toujours sur le verbe de la proposition, qui le régit; nous con-
durons donc : que l’inflexion , dans les verbes , appelée subjonctif ne peut se rencontrer que dans une proposition subordonnée • puisque c’est la seule dont le verbe cru mot d’affirmation, se trouve essentiellement sous le gouvernement absolu d’un autre verbe , qui s’y rapporte comme antécédent; ou bien d’une conjonction qui le sous-entend, et qui renferme toujours en elle - même , une préposition , propre à déterminer le caractère ou la nature de la proposition subordonnée ; c’est ce que nous verrons , en parlant des conjonctions qui régissent le Subjonctif.
Enfin , le mode Subjonctif peut encore être considéré comme le déterminatif des relatifs conjonctifs que et qui , toutes les fois que ces pronoms peuvent avoir pour antécédent un verbe ou un équivalent, qui gouverne le Subjonctif ou un nom ou pronom qui s’y rapporte comme sujet; c’est ce que nous pouvons observer dans les phrases suivantes:
Je dc'sire que vous soyez sage ;
Si c’était Jean qui proposât, etc.
Ce/a ne vaut rien qui vaille.
Pour le peu qu’on y fasse attention, on verra que les propositions qué vous soyez sage , qui proposât , qui vaille , sont de véritables propositions subordonnées , formant les complémens des verbes principaux je désire , si c'était
Jecin , Cela, ne v aut rien. X^e premier complé— ment est direct , et les deux autres sont indirects. Pour distinguer ces nouvelles propositions subordonneeSy de celles dont nous avons déjà parlé, nous les appellerons déterminatives • attendu qu elles se trouvent essentiellement liées à la proposition principale y par les relatifs conjonctif, que et qui i et que , pour cette raison , on ne saurait ni les inverser ni les retrancher, sans nuire matériellement au sens de la proposition principale ; puisqu’on aurait détruit l’objet de l’affirmation, marqué par chacune d’elles.
D apres tous les développemens que nous venons de donner , nous conclurons :
1. ° Que le mode Subjonctif ne peut être le mot d affirmation d* une proposition principale \ puisque celle-ci est toujours V énoncé dy un jugement, indépendant de toute autre espèce de proposition.
2. ° Que ce mode ne peut rien affirmer des sujets des propositions incidentes explicative, DÉTERMINATIVE et ELLIPTIQUE • attendit que chacune de ccs propositions y tombant sur le nom sujet ou régime de la proposition principaley ne pourrait devenir le complément du verbe de cette même proposition .
5.° Enfin 9 nous arrêterons que le mode Subjonctif y dont la nature est de se trouver sous V empire ou sous la dépendance djun verbe exprimé ou sous-entendu , peur en déterminer ou
expliquer V affirmation , suivant les vues du sujet de la proposition principale , ne peut s' employer que comme le mot d'affirmation d’une propo~ sition subordonnée , telle que nous ï avons définie.
Le Subjonctif e'tant le mode d’affirmation d’une proposition subordonnée à un autre vérité; il s’en suit que, pour l’employer à propos, il est indispensable de connaître :
1. ° Les verbes qui veulent le verbe de la proposition subordonnée au Subjonctif , lors quil s’agit d'une proposition déterminative .
2. ° Les conjonctions qui régissent ce mode , lorsque la proposition subordonnée est expli \ cative.
3. ° Enfin l'emploi des temps du Subjonctif, gouvernés par ceux de T indicatif \ renfermés dans la proposition principale , c'est-à-dire, quand on doit mettre le verbe subordonné au présent , à V imparfait , au prétérit ou au plus-que-parfait du Subjonctif.
Nous consacrerons un chapitre particulier à chacun de ces sujets.