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DE LA PRATIQUE DE LA VIE DE SACRIFICB

L*ESPRIT ESSENTIEL ET FONDAMENTAL DE LA VIE CHRÉTIENNE, c'eST l'eSPRIT DE VICTIME

Nous avons écrit précédemment ud petit livre intitulé ; De V Union de Noire-Seigneur Jésus-Christ dans sa vie de Victime. Plusieurs personnes religieuses le connaissent. Nous démontrons dans les premiers chapitres de ce livre que l'esprit essentiel de la vie chrétienne, c'est l'esprit de vie-

s LIVRE PREMIER

time, et nous Dépensons pas qu'on puisse élever le moindre doute sur cette vérité. Mais, si elle est incontestable, évidente même, on voit de suite les relations étroites qui existent entre l'esprit de victime et la vie religieuse, puisque, si l'esprit de victime est le fondement et le caractèra essentiel de la vie chrétienne, la vie religieuse, qui est on état de tendance à la perfection de la vie chrétienne, devra être par là même un état de tendance à la perfection de la vie de victime. Le traité que nous offrons aux personnes vivant en communauté n'offre donc pas à leur méditation un sujet singulier, mais au contraire une suite de vérités qui leur conviennent tout naturellement et qui, s'il plaît à Notre-Seigneur et à sa sainte Mère, pourront leur être d'une grande utilité.

Mais, parce que plusieurs de ceux qui lirons ce second ouvrage n'ont peut-être pas lu le premier, et que la doctrine du premier est le fondement naturel des vérités que nous avons à exposer dans celui-ci, nous allons résumer, dès ce premier chapitre, cette même doctrine ; et ainsi l'enchaînement des idées que nous avons à exposer dans la suite sera plus lumineux et notre enseignement plus complet.

Rien de plus élémentaire que cette vérité : Le chrétien est un autre Jésus-Christ. Or, voici comment la théologie catholique, appuyée sur les Écritures et les saints Pères, l'expose et la développe.

Il y a dans tout homme trois vies réelles et distinctes : la vie du corps, — la vie naturelle de l'âme, — et la vie surnaturelle. La vie du corps nous est commune avec les animaux; elle est périssable, et, en effet, elle sera détruite par la mort.

La vie naturelle de l'âme coosiàte dans îa possession ei l'exercice des facultés naturelles de l'âme : la sensibilité , l'intelligence, le jugement, la mémoire, la volonté, la liberté.

Cette vie est la même dans tous les hommes, soit chrétiens, soit infidèles. Elle est bien plus élevée et plus parfaite que la première ; mais les actes qui lui sont propres ne peuvent, par eux-mêmes, nous mériter l'amitié de Dieu et le salut éternel.

La vie surnaturelle est celle que nous avons reçue par le saint Baptême. C'est la vie même de Jésus-Ghrist. « Je suis venu, dit ce divin Sauveur lui-même, afin qu'ils aient la vie et une abondante vie*. » C'est de la vie surnaturelle qu'il parle ici. C'est aussi cette vie que saint Paul désignait à l'admiration des premiers fidèles, quand il disait : « Je vis dans la foi du Fils de Dieu... Je vis, non, ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi*. »

Mais une telle vie suppose des opérations intérieures qui y correspondent et dont elle est la source. Cela est évident. C'est pourquoi saint Paul dit : « Ayez en vous les sentiments de Jésus-Christ3 ; » et comme la vie opère non-seulemen à l'intérieur, mais qu'elle se produit encoro extérieurement par des œuvres, le grand apôtre dit ailleurs : « Si donc nous avons intérienrement cette nouvelle vie toute spirituelle et divine, il faut que nos œuvres extérieures en procèdent et ( n portent le caractère : Sispiritu vivimus, spiritu et ambulemus ^. »

Cette vie est si réelle que, de même que l'acte par lequel

* Joau., X, 10. — * GalaU, n, sJO. — 3 Philipp., u, 5. — ■» Galat., 5, ié.

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Dieu nous a donné la première vie, qui est celle du corps, et la seconde vie, qui est la vie naturelle de l'âme, est une création véritable , de même aussi la communication de la vie surnaturelle est justement appelée création. « Vous avez été créés en Jésus-Christ, dit le même apôtre, vous êtes une nouvelle créature * ; et pour que vous sachiez que la vie qui est en vous ne cesse d'être en communication avec son origine, je vous annonce que nous tous, qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous ne formons qu'un seul corps avec Lui. Nous sommes les membres, et il est le chef ; nous sommes formés de sa chair, nous le sommes de ses os*. »

L'union avec Noire-Seigneur ne peut pas être plus intime. Par conséquent sa vie est notre vie.

Saint Augustin, remontant jusqu'à la première origine de l'union qui existe entre Jésus et nous, a dit cette belle parole : « La même grâce qui a fait Jésus-Christ notre Chef a fait tous ses membres. Eâ gratiâ fit ab initio fidei suœ) homo quicumque Christianus, quâ gratiâ Homo ille ab initio i suo factus est Christus. De ipso spir.itu est hic renat^is de quo est ille natus^ etc.^. »

Ainsi est prouvée cette vérité si glorieuse pour nous : le Chrétien est un autre Jésus- Christ : Christianus alter Christus.

Mais que s'ensuit-il ? Il en résulte que tout Chrétien est essentiellement victime. Comment donc? Le voici :

Le Chrétien est un autre Jésus-Christ ; or, Jésus-Christ est avant tout et pardessus tout Victime.

i II Cor., L, 17 ; Eph.. u, 10. — 2 Gai., vi , 15; Eph., V, 30. — 3 Liber d« Prsdettio. Sauct. {Palrol., t. XLIV. col. 'JUi).

Pour le prouver, il faut se demander d'abord à quelle fia Notre-Seigneur est Tenu sur la terre, et démontrer ensuite qu'il n'a voulu atteindre cette fin que dans son état et par ion état de Victime.

La fin pour laquelle Notre-Seigneur est venu sur la terre est évidemment la gloire de son Père ; et, pour procurer cette gloire, il a opéré le salut des âmes. Il n'est pas possible, en effet, de voir autre chose dans les trente-trois années de la vie du Sauveur; car cette fin, la gloire de Dieu, est obli» gatoire à toute créature, et, à plus forte raison, elle a dû apparaître dans la vie et les œuvres du Verbe incarné, en qui tout était souverainement parfait. Elle était donc la préoccupation perpétuelle de son esprit et de son cœur. Il le dit luimême, et avec quelle force : « Je ne cherche pas ma gloire, mais la gloire de Celui qui m'a envoyée»

Or, dans quel état et par quelle action principale a-t-il procuré la gloire de son Père? Evidemment, c'est par son Sacrifice et dans son état de Victime, Son Sacrifice est son action par excellence, et son état de Victime, le plus élevé, le plus parfait le plus complet de tous ses états. Par cette action et cet état, Il a rendu à son Père tout l'honneur que le péché lui avait ravi, et II Ta rendu surabondamment. De quelle manière sublime n'honore-t-il pas la majesté de Died le Père, ce Dieu fait homme qui s'abaisse si profondément dans le mystère de l'Incarnation où II fait son oblation*, et au Calvaire où II s'immole 1 Comme elle apparaît grande la sainteté de Dieu, et immense sa justice, dans une telle satisfaction, dans une si étonnante expiation! Non, certes il n'es*

* Joan., Li, 34 ; vui, î-0 ; vu, 18. — 2 Hébr,, i, Bcu venio, etc.

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pas possible de concevoir un plus grand honneur rendu à Dieu, que celui qu'il reçoit par l'oblation et l'immolation de JÉSUS, et c'est ce qu'exprime ce doux Sauveur quand il dit à son Père à l'instant même de son Incarnation : «Vous n'avez pas agréé les hosties et les oblations anciennes. Alors vous m'avez donné un corps et j'ai dit : Me voici ! je viens, mon Dieu, pour faire votre volonté*. »

Voilà pour la fin principale qui est la gloire du Père. Elle est admirablement atteinte. Mais Jésus-Christ, dans sa miséricorde, a voulu qu'à cette fin fût intimement lié le salut de nos âmes ; c'est-à-dire qu'il a voulu, ce Dieu d'amour, que les actes mêmes qui procuraient à Dieu le Père tant de gloire fussent le prix de notre rédemption. De sorte que c'est aussi dans son état et sa qualité de Victime, qu'il a opéré le salut de nos âmes. Ici les témoignages de la Sainte Ecriture abondent. L'Ancien et le Nouveau Testament se réunissent.

Dans l'ancienne loi, Isaïe dit manifestement : « Il a été offert parce qu'il l'a voulu. Il a été comme la brebis- que l'on conduit à la mort. C'est le Seigneur qui l'a frappé; il a été blessé à cause de nos iniquités, il a été broyé à cause de nos crimes, et c'est ainsi qu'il a porté le péché de tous et qu'il nous a justifiés^. »

Dans le Nouveau Testament, saint Paul est le grand docteur du dogme de la Rédemption. Ses épîtres nous le rappellent sans cesse. « Le Christ, dit-il, s'^st offert une fois en sacrifice pour effacer les péchés de tous. Il avait dit à son Père : Vous n'avez point agréé les hosties, les oblations et les sacrifices pour le péché. Il ajoute .ensuite : Me voici pour accom-»

s Hebr., x, 5-9. - a Gap. un.

plir votre volonté! Or, c'est dans raccoraplissement de cette volonté que nous avons été sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus-Christ, qui a été faite une seule fois. Jésds, ayant offert une seule hostie (qui est lui-même) pour le péché, a mérité de s'asseoir à la droite de Dieu, son Père, pour toujours; et, par cette seule oblntion, il a rendu parfaits pour toujours ceux qu'il a sanctifiés; et c'est ce que l'Esprit-Saint déclare lui-même quand il dit : « Je ne me souviendrai plus de leurs péchés et de leurs iniquités V »

Ainsi parle saint Paul de l'oblation de Jésus et de ses effets. Ce qu'il dit de son immolation est plus saisissant encore. Mais comment citer le nombre presque infini de textes contenus dans ses épîtres, qui nous apprennent que c'est dans l'effusion du sang de Jésus-Christ et par sa mort que tout a été réparé, et que « Dieu le Père a pacifié autant ce qui est au ciel, que ce qui est sur la terre ^? » — v Tout le monde sait bien, dit à son tour le Prince des apôtres, saint Pierre, en sa deuxième épître, que ce n'est point par des choses périssables, comme sont l'or et l'argent, que nous avons été rachetés, mais par le précieux Sang do Jésus, comme étant l'agneau sans tache et sans défaut qui avait été prédestiné avant la création du monde, et qui, pour notre amour, a été manifesté dans les derniers temps 3. »

Il n'y a donc pas de doute possible , la fin pour laquelle JÉSUS est venu sur la terre, c'est la gloire de son Père, et à la réalisation de cette fin il a daigné attacher le salut de nos âmes; et ces deux grandes œuvres, Il les a admirablement opérées et consommées par son Sacrifice et par l'effusion ds

*Hebr,,ix,28iV, 8-18. — 2( oîs.,i, 20. - 3 1 Petr.,i, 19.

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son Sang. H faut donc conclure qu'avant tout et par-dessus tout, JÉSUS Rédempteur est victime. La disposition la plus profonde, la plus habituelle, la plus universelle du Cœur de JÉSUS, c'est sa disposition de Victime, et « celui de ses états qui exprime le mieux sa consommation en son Père, eu même temps que retendue du don qu'il voulait faire de Luimême aux hommes, en s'immolant pour eux, c'est l'état de Victime *. »

Or, le chrétien est, en vertu de son Baptême, un autre Jésus-Christ. Donc, il est avant tout et par-dessus tout victime.

Mais si la grâce de son Baptême est une grâce de victime, il est manifeste que ses sentiments, ses dispositions, toute sa vie, doivent être les sentiments, les dispositions, la vie d'une victime. Voilà, la conclusion que chacun a déjà tirée. — La grâce de notre Baptême est une grâce de victime. — Les divers degrés de perfection que cette première grâce acquerra plus tard, par le secour* des grâces actuelles, sont les divers degrés de perfection de la vie de victime. — Le Chrétien qui observe seulement, mais véritablement, les commandements de Dieu et de l'Eglise, et qui vit par là même dans une union réelle avec Notre-Seigneur, vit de la vie de victime et en fait les actes essentiels; mais cette vie est, en lui, imparfaite *. — Le Chrétien généreux qui s'exerce à la pratique des conseils évangéliques, qui tend par là même à acquérir la perfection du christianisme, qui vit par conséquent dans

1 M*' Baudry, évéque de Périgueux , le Cœur de Jésus , troisième partie , g 7, — s Qui conservât legem multiplicat oblatioiiem. Sacrifuiium salulareeâl Utendere mandatit. Ëccli., x;cxv, l eti.

une union étroite et intime avec son diyin Chef Jésus-Christ, ce Chrétien tend à atteindre la perfection de la vie de victime.

Que ce point de vue de la vie chrétienne est magnifique ! Il nous semble que c'est le plus beau, celui qui révèle plus simplement, plus sûrement et plus parfaitement que tout autre, le vrai caractère de notre vie spirituelle dans ses commencements, dans ses progrès et dans sa perfection. Il est écrit : « Ceux que Dieu le Père a choisis et élus d'avance, il les a prédestinés pour être conformes à son Fils par une parfaite ressemblance ^ » Or, cette ressemblance essentielle est celle qui existe entre Jésus et nous, si nous sommes victimes avec lui et comme lui, devant son Père, pour les mêmes fins et selon le même esprit.

Après cela, qui s'étonnerait d'entendre saint Paul dire aux Romains que la fin de sa vocation apostolique et de son ministère sacerdotal est de procurer des victimes à Dieu, par la prédication de l'Evangile? « Je vous écris en toute liberté, leur dit-il, pour vous rappeler la grâce que j'aie reçue de Dieu, qui est que je suis prêtre et ministre de Jésus-Christ au milieu des Gentils, afin d'exercer à leur égard mon sacerdoce et mon pouvoir de sacrificature, en leur annonçant l'Evangile de Dieu et en faisant ainsi des nations une oblation agréable à Dieu et sanctifiée par le Saint-Esprit ^. » Un reM aupar'ïvapt, il exhortait les Romains e^x-mêmes à en-

1 Rom., vm, 29. — îRom.,xv, 15, 16. C'est !a paraphrase que donnent Corneille Lapierre , Estius, Piquig^ny, etc. Ad hoc sum sacerdos mysticus ut 4er mcam prœdicationem Gentiles quasi victimœ mundœ Deo offerantxir, etc. (Corn, à Lap. in illud Rom.) C'est aussi dans ce sens qu'ils interprètent ce pa»* •âge de l'épitreaux Philippiens : îmmolor supra tacriflcium, u , 17.

trer dans cette voie, par ces pressantes paroles : « Je vous supplie, par la miséricorde de Dieu, de faire de vos corps une hostie vivante, sainte et agréable à Dieu *. >

Heureuse l'âme qui médite sans cesse ces vérités et qui arrive à les comprendre ! Elle comprend alors tout le dessein de Dieu sur elle, toute l'économie de la gi-âce, et la fin pour laquelle elle a été appelée à la société de Dieu en Jésus- Christ.

« Entrons donc avec Jésus-Christ dans cet esprit de Victime, dit Bossuet; s'il se sanctifie, s'il s'offre pour nous, il faut que nous nous offrions avec lui. Ainsi nous serons sanctifiés en vérité, et Jésus-Christ nous sera donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption \ »

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