‹ De l'esprit et de la vie de sacrifice dans l'etat religieuxChapitre 24 sur 115 · EST DEVANT DIEU UNE VICTIME OFFERTE · texte numérisé non relu

EST DEVANT DIEU UNE VICTIME OFFERTE

La vie religieuse est un sacrifice perpétuel. L'âme fidèle à l'appel de la grâce, qui vient du siècle et qui se présente à la porte d'une communauté, demande donc à s'immoler pour tout le reste de sa vie. Peut-être ne sait-elle pas, d'une connaissance réfléchie, que c'est la grande faveur qu'elle sollicite; mais en réalité, c'est là, à ce terme glorieux, que la grâce de sa vocation la conduit ; grâce précieuse dont elle ne comprendra qu'au ciel toute la merveilleuse beauté !

Elle vient donc dans la maison qu'elle a choisie, et elle y vient comme dans un temple, pour lïmmolatioQ absolue et perpétuelle d'elle-même.

ytJ LIVKE DEUXIÈME

Mais comme, dans tout sacrifice, l'immolation est précédée de l'oblation, il y aura bientôt pour elle une cérémonie spéciale qui sera son oblation en qualité de victime. Cette cérémonie religieuse, c'est la prise d'habit ou vêture', par laquelle elle fera son entrée au noviciat. Elle sera donc ce jour là constituée victime offerte à Dieu, et le temps qui s'écoule avant la profession lui sera donné pour qu'elle fasse avec ferveur les actes propres à une victime offerte. Ces actes sont ceux d'une purification toujours plus parfaite d'elle-même, afin qu'au jour de la consécration définitive à Dieu, le jour saint de son immolation , elle soit vraiment digne de Celui devant qui se consumera son holocauste.

Telle est la première idée qu'il faut se faire du noviciat. Un voit qu'elle répond au point de vue spécial qui nous occupe dans cet ouvrage, en traitant de la vie religieuse. Mais nous ne manquerons pas de faire remarquer, pour la consolation des âmes consacrées à Dieu, d'autres analogies entre ces premiers temps de leur consécration et les cérémonies des sacrifices de l'Ancien Testament : sacrifices que celui de Notre-Seigoeur réalise pleinement et que nos propres sacrifices réalisent aussi en union avec celui de l'adorable Victime. Arrêtons-nous un instant à considérer ces analogies.

Il y avait dans les sacrifices anciens deux sortes de préparations avant l'oblation même. C'était la sanctification de la victime et Vacceptation de la victime.

La sanctification de la victime consistait en ce que celle-ci

i C'est ordinairement, en effel, par la prise d'habit ou vêture que scfailTenlré* au noviciat; niais celle-ci poiirrail avoir lien partoiile autre cérénioiiif : i>rise de croix, acte d'oblation, etc. Les CoasliluUuns de cUauue lusliiui dctenuinenl c« qu'il eQ Ml à cet é^ard.

fût sans tâche ni défaut. C'était une sanctification tout extérieure. L'acceptation de la victime était le jugement que les prêtres portaient sur la victime, en déclarant qu'elle était apte au sacrifice.

Or, ces deux préparations ont encore lieu dans la consécration religieuse avant l'entrée au noviciat. Elles commencent à se faire, dès les premières démarches de la personne séculière qui désire être admise au noviciat, et surtout durant le temps communément appelé postulat. On exige premièrement une sorte de sanctification, qui, semblable à celle des victimes anciennes, est, en partie, extérieure. C'est l'exemption de toute tâche, de tout vice, de tout défaut, qui, soit dans la personne qui se présente, son caractère, ses mœurs, sa réputation, sa vie passée, soit même dans sa famille, serait incompatible avec la dignité , l'honneur, qui conviennent à l'état religieux.

Il y a ensuite, après que cette sorte de première sanctification a été constatée, une acceptation du postulant. Les supérieurs jugent qu'il est apte à la vie de communauté. Alors il est admis à la prise d'habit, cérémonie qui est, comme nous l'avons dit, son oblation en qualité de victime.

Ainsi commence son sacrifice, qui doit être perpétuel. Mais ce terme même de perpétuel nous rappelle un sacrifice de l'ancienne loi, qui précisément s'appelait de ce nom. 11 faut en dire un mot. Il n'est pas étranger à notre sujet. Voici comment Dieu lui-même en avait prescrit et déterminé les cérémonies.

« Vous ferez ainsi qu'il suit sur l'autel, pour le sacrifice perpétuel : Vous sacrifierez chaque jour, sans y manquer, deux agneaux d'un an, un le matin et l'autre le soir. Vous

offrirez avec le premier agneau la dixième partie de la mesure de la plus pure farine de froment, mêlée avec de l'huile d'olive et du vin pour être répandu. Vous offrirez sur le soir le second agneau, comme un sacrifice d'une excellente odeur, en la même manière que doit se faire l'oblation du matin. »

Telles sont les paroles et l'ordre de Dieu, au livre des Nombres^ Il serait intéressant de les commenter avec les interprètes de l'Ecriture. Mais, pour ne pas trop nous éten-^ dre, rappelons substantiellement l'explication qu'ils en ont donnée. Tous s'accordent à dire que ces deux agneaux représentaient Notre-Seigneur Jésus-Christ qui s'est offert le matin de sa vie, c'est-à-dire le quarantième jour après sa naissance, dans le temple de Jérusalem, par les mains de sa sainte Mère^, et le soir c'est-à-dire à la fin de son existence terrestre, sur l'autel de la croix, comme un sacrifice de très suave odeur^.

L'interprétation du texte ainsi appliquée à Notre-Seigneiir

est rigoureuse ; mais convient-elle à Tâme qui se donne à

^lEu dans l'état religieux ?

Il n'y a pas de doute à cet égard, et tel est encore le sentiment des interprètes de nos saints livres. Ils disent que cet agneau qui était immolé le matin figure fidèlement l'âme généreuse qui, de bonne heure, se consacre à Dieu, comme une hostie vivante, parce qu'alors dans les premières années de la vie, disent-ils, rien ne manque à la perfection de Tobla-

1 Num, xxviii, 3. — 2 s. Bernard, Serm. n et iv, De puri/icationc D. V.— 8 S. Cypi'ian., lib. II.c. Iii^ Epislol. ad Cœciliura.

tion : l'œil pénMre plus avant dans l'intelligonce des mystères de Dieu, l'oreille est plus attentive à sa voix, le pied plus prorapt à accomplir sa volonté. Ainsi parle en particulier Hugues de Saint-Victor*.

Or, tel est le novice fervent, et telle est, encore une fois, la première idée qu'il doit se faire du noviciat- Il a fait soa obliition, il est cet agneau de l'ancionne loi, immolé dès U matin, et le sacrifice qu'il commence à offrir au Seigneur est un sacrifice perpétuel, qui ne finira qu'avec la vie ou plutôt qui n'aura sa suprême consommation et sa plus grande perfection que dans l'éternité.

Mais cette première idée qu'il faut avoir du noviciat n% sera complète, dans l'esprit du jeune novice, qu'à la condition que nous insistions davantage sur ce qu'il a principalement à faire durant ce temps si précieux, le plus précieux de tous. Car l'expérience de tous les Religieux, comme renseignement des maîtres de la vie spirituelle, sont unanimes pour justifier la vérité de ce proverbe : « Tel novice, tel profès. » Ce qui signifie que si le temps du noviciat est fervent, il y a tout lieu d'espérer que les années qui suivront la profes-ion seront aussi marquées par une vraie et constante ferveur. Mais que si malheureusement le noviciat se passait dans la lâcheté et la tiédeur, toute la vie religieuse s'en ressentirait, de manière à ne préparer le plus souvent à la communauté qu'une suite de violations des règles et

1 Ap. Corn, à Lap. Les interprèles de l'Ecriture ont vu aussi la figure deTobla- ^011 (lu nc'ice daoî V. Êwsriikeé d€» épis verts. Y. k mmm Cora. à Up. in Leni.

des vœux, au grand péril du salut éternel de l'âme qui est la cause de ce scandale.

Hélas I il n'est pas rare de voir un novice fervent déchoir de sa ferveur première ; mais, parmi les novices tièdes, je ne sais s'il serait possible d'en compter un sur cent qui se convertisse sincèrement après la profession, et qui devienne plus tard un religieux exemplaire.

Un noviciat mal fait est donc un grand malheur, qui ordinairement ne se répare pas.

Et si dans un institut l'imprudence, la négligence, l'inexpérience des Supérieurs étaient assez grandes pour tenir peu compte de la sérieuse formation des novices, immanquablement cet institut se précipiterait vers une ruine complète. La prospérité ou la décadence des maisons religieuses provient de la manière de diriger les novices. Tous les hommes d'expérience et tous les auteurs qui ont traité ce sujet ont parlé ainsi. Mais comme nous n'écrivons pas pour les Supépérieurs, et que nous voulons simplement instruire les novices, donnons-leur une idée exacte des dispositions ave( lesquelles ils doivent commencer leur noviciat.

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