‹ De l'esprit et de la vie de sacrifice dans l'etat religieuxChapitre 25 sur 115 · ET AU NOVICE EN ENTRANT AU NOVICIAT · texte numérisé non relu

ET AU NOVICE EN ENTRANT AU NOVICIAT

Le séculier qui a le bonheur d'être admis dans une maison religieuse, quels que soient son âge, son rang, son éducation, ses habitudes de vertu, doit se persuader en entrant, qu'il y a en lui beaucoup à réformer et à refaire. Certes, cette première recommandation est bien sérieuse , et paraît même de prime abord empreinte d'une certaine sévérité. Mais non ! elle est simplement le fruit d'une expérience attentive, et une leçon très utile aux âmes de bonne volonté qui débutent dans la carrière de la vie parfaite. On l'a dit souvent, quelle que soit l'apparence des vertus acquises dans le siècle, on ne sait bien ce qu'elles valent que par les épreuves du noviciat. Telle personne pieuse qui, avant d'entrer en religion, passait pour une sainte dans son pays natal, ne laisse voir, une fois en communauté, qu'une fourmilière de défauts. La raison en est simple. Le monde, un certain monde, qui n'en juge que par ce qu'il voit, est édilié d'un extérieur modeste, recueilli, de manières douces, de la pratique de certaines œuvres de piété, de charité et de zèle ; et il canonise de très bonne foi ces âmes du reste édiUautes.

Mais la solide vertu n'est pas dans ces dehors. Ce qui en fait la vraie force et la vie, c'est l'abnégation de nous-mêmes, di notre esprit, de notre jugement, de notre volonté.

Or, c'est surtout cette abnégation, simple, humble, constante, universelle, qu'on va demander de vous au noviciat, ou du moins c'est à elle qu'on va vous exercer sans cesse, — à temps, à contre-temps. Cet exercice est un véritable exercice de mort. Il faut que la nature agonise et finisse par succomber et mourir.

Mais vous n'êtes pas habitué à tout cela dans le monde. Hélas ! n'est-ce pas le contraire qui arrivait? C'était à votre insu, sans doute ; mais très probablement vous n'étiez pas indifférent à certaines marques d'égards, d'honneur et d'estime, ni aux paroles agréables que l'on vous adressait; et r amour-propre (toujours a votre insu, je le veux bien) en faisait sa pâture. Et c'est ainsi que vous êtes entré en religion, tout entouré de cette bonne odeur d'une réputation particulière de piété.

Or, je le répète, tout cela prépare un travail, énorme peutêtre, de destruction à faire en vous.

Oh ! de grâce que le novice, s'il ne veut pas s'exposer k de terribles mécomptes dont le démon profiterait pour le décourager, l'abattre et peut-être lui faire perdre la grâce de sa vocation; que le novice, quel qu'il soit, ne manque pas de se dire dès le début, et même avant d'entrer au monastère, et de bien se persuader : qu'il y a en lui un un grand nombre d'idées, de vues fausses à rectifier, d'inclinations humaines et toutes naturelles à redresser, d'habitudes à détruire ou \ modifier, son caractère a réformer; enfin une conversioi rérUâiîUy (fui change l'homme tout euLier^ » •uLepi-eudiv

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et à taire réussir, avec le temps , moyennant le secours de Dieu.

C'est à dessein que nous disons : « Avec le temps et moyennant le secours de Dieu, » parce qu'en effet ce travail ne pourra se faire que peu à peu, tant il est difficile ! et il est de toute évidence que la grâce de Notre-Seigneur nous est absolument nécessaire. Mais s'il plaît à ce bon Maître, la grâce et le temps, qui est lui-même une grâce, nous seront donnés, et. nous réussirons dans la sainte entreprise que nous avons en vue.

L'important est de bien se convaincre de cette vérité première : le noviciat doit faire en moi le changement le plus profond et le plus radical. C'est comme un creuset oîi je vais être jeté, pour que ma forme présente soit détruite et anéantie, et que j'en sorte tout transformé, selon l'imago de mon divin et unique modèle, Jèsus-Ghrist.

Nous convenons qu'envisagée à ce point de vue la vie religieuse paraît austère, semée de croix et de sacrifices. Mais ce point de vue est le seul véritable. Ecoutons un des plus habiles maîtres dans la science de la vie parfaite, le P. Bourdaloue .

« Le grand avantage de la vie religieuse, dit-il, c'est l'abnégation chrétionne, c'est la mortification des sens, c'est la croix ; et voilà sous quel aspect on doit l'envisager. Tout ce qui s'éloigne de cette vue s'éloigne de la vérité, et par conséquent n'est qu'illusion. Je veux donc qu'on ne dissimule rien à une jeune personne qui forme le dessein de se retirer dans la iriaison de Dieu, et qui s'y sent appelée. Je veuj qu'on ne lui déguise rien par de brillantes, mais fausses peintures; qu'on lui laisse voir toutes les suites du choix

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qu'elle fait; qu'on lui propose les objets tels qu'ils sont, et qu'on lui montre les épines dont est semée la voie où elle entre. Car, qu'est-ce en effet que la vie religieuse, sinon l'Evangile réduit en pratique, et dans la pratique la plus parfaite? Et qu'est-ce que l'Evangile, sinon une loi de renoncement à soi-même, de mort à soi-même, de guerre perpétuelle contre soi-même ?

« Mais on me dira que ces pensées peuvent décourager une âme et la rebuter, et moi je réponds que c'est de ces pensées mêmes, au contraire, qu'elle peut et qu'elle doit tirer les motifs les plus propres à la résoudre et à l'affermir dans sa résolution; comment? parce que c'est par là qu'elle apprend à estimer l'état religieux, par où il est précisément et souverainement estimable, savoir, comme un élatde sanctification, comme un état de perfection, comme un état de salut, comme un état où l'âme religieuse peut amasser chaque jour de nouveaux mérites pour l'éternité et accumuler sans cesse couronnes sur couronnes <. >

"Voilà de graves paroles. Gardons-nous bien de penser autrement. C'est, du reste, suivant ces principes que les fondateurs d'Ordres ont tous, sans exception, formé leurs novices et réussi conséquemment à établir sur des bases solides l'édifice de leurs instituts. Les anciens en particulier, les Pères du désert, ces hommes fameux qui ont eu de la vie religieuse une intelligence si claire, si profonde et surtout si pratique, ont été admirables dans leur conduite à cet égard. Nous ne voulons pas citer ici leurs paroles ni leurs exemples, parce que nous avons l'intention de le faire le plus souvent possi-

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ble dans le cours de l'ouvrage. Mais nous croyons en effet qu'il faut remonter jusqu'à eux pour avoir la véritable intelligence du pur esprit religieux. Ce qui s'est fait depuis est une imitation de leurs œuvres et de leur vie. Et nous avons entendu précédemment le doux saint François de Sales dire à une prétendante : « Vous voilà donc doucement toute morte au monde et le monde tout mort pour vous. Mais ce n'est que la première partie de l'holocauste; il en reste encore deux : l'une est d'écorcher la victime, l'autre est de la brûler et de la réduire en cendres. »

Que le novice se présente donc à ses Supérieurs et qu'il leur dise dans la sincérité et la simplicité de son âme : « Me voici ! je suis désormais sans volonté aucune ni désir. — Je suis comme une argile molle dont vous ferez ce que vous voudrez, qui perdra sous votre main sa forme première, et qui à votre gré en prendra une nouvelle, quelle qu'elle soit. Je suis comme un enfant de cinq ans à qui vous apprendrez tout ce qu'il vous plaira. Vos conseils, vos corrections, vos encouragements seront ma seule règle de conduite. Je veux oublier tout ce que j'ai su, je veux tout réapprendre, et je n'ai confiance en aucune de mes œuvres. Me voici pour faire uniquement, par vous, la volonté de Dieu; et j'ai foi en sa Providence de Père, qui vous donnera sa lumière pour me faire avancer dans ses divines voies. »

Tel est le langage que doit tenir le novice et les sentiments de foi qui doivent l'animer. Il dit : Ecce venio I voilà que je viens pour faire la volonté de Dieu. C'est la parole même de la divine Victime , Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans le doux et profond mystère de son oblation. Nous l'avons dit précédemment, oh ! qu'il est à propos que le novice

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se rappelle ce mystère d'anéantissement et cette oblatioD si parfaite, si absolue ! Puisque le temps de son noviciat répond en effet, quant à l'esprit qui. lui est propre, à l'esprit de cette divine oblation, sans cesse il doit s'anéantir et dire : « Yoilà que je viens, ô mon Dieu, pour faire votre volonté ;» et sans cesse il doit se considérer comme une hostie offerte à sa Majesté adorable, pour détruire en son âme et en son corps tout ce qui déplaît au Dieu de toute sainteté, et pour entrer ensuite dans toutes les dispositions qui procurent le plus efficacement la gloire de cet unique Principe, Centre et Terme de sa vie.

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