‹ De l'espritChapitre 1 sur 58 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

DZ Z.A StTFSAIORlTé d'sSPRIT DES GSUft PASSIOirNBS SVR LES GSH8 SENSES.

Ataitt le succès, si les grands génies en tout genre sont presquç toujours traités de fous par les gens seiisés, c'est que ces derniers, incaj^a- Wes de rien de grand , ne peuvent pas même soupçonner l'existence des moyens dont se servent les grands hommes pour opérer les grandes choses.

Voilà pourquoi ces grands hommes doivent toujours exciter le rire, jusqu'à ce qu'ils excitent l'admiration. Lorsque Parménion , pressé par Alexandre d'ouvrir un avis sur lés propositions de paix que faisait Darius , lui dit : Je les accepteraU si fêtais Alexandre; qui doute, avant qite la victoire eût justifié la témérité apparente du

D DE L ESPHIT.

prince» que Tavis de Parménioxi ne parût plus sage aux Macédoniens que la réponse d'Alexandre : Et moi aussi si j'étais Parménion ? L'un est d'un homme commun et sensé , et l'autre d'un bomme extraordinaire. Or , il est plus d'hommes de la première que de la seconde classe. U est donc évident que, si par de grandes actions le fils de Philippe né se fût pas déjà attiré le respect des Macédoniens , et ne les eût pas accoutumés aux entreprises extraordinaires , sa réponse leur eût absolument paru ridicule. Aucun d'eux n'en eût rec)ierché le motif, et dans le sentiment intérieur que ce héros devait avoir de 1» supériorité de son courage et de ses lumières, de l'avantage que l'une et l'autre de ces qualités lui 'donnaient sur des peuples efféminés et mous, tels que les Perses , et dans la connaissance enfin qu'il avait et du caractère des Macédoniens, et de son empire sur leurs esprits , et par conséquent de la facilité avec laquelle il pouvait par ses gestes , tes discours et ses regards , leur communiquer l'audace qui l'animait lui-même. ' C'étaient cependant ces divets motifs , joints à la soif ardente de la gloire, qui, lui faisant avec raison considérer la victoire comme beaucoup

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plus assurée qu'elle ne le paraissait à Parménion, devait en conséquence lui inspirer aussi une réponse plus haute.

Lorsque Tamerlan planta ses drapeaux au pied des remparts de Smyme , contre lesquels Tenaient de se briser les forces de l'empire ottoman , il sentait la difficulté de son entreprise ; il savait bien qu'il attaquait une place que l'Europe chrétienne pouvait continuellement ravitailler : mais en l'excitent à cette entreprise , la passion delà gloire lui fournit les moyens de l'exécuter. Il comble Fabime des eaux, oppose une digue à la mer et aux flottes ëuropéennnes, arbore ses étendards yictorîeux sur les brècbes de Smyme et montre à l'univers étonné que rien n'est impossible aux grands hommes (i).

(i) Je dis la même chose de Gnstaye. Lorsqu'à la tête de son armée et de son artillerie , profitant du moment où l'hiver avait consolidé la surface des eaux , ce héros traverse des mers glacées pour descendre en Seeland, il savait aussi bien que ses officiers qu'on pouvait facilement s'opposer à sa descente ; mais il savait mieux qu'eux qu'une sage témérité confond presque toujours la prévoyance des bommes or-

8 os l.'BftPAIT.

Lorsque Lycurgue voulut faire de Lacédé** mono une république de héros , on ne le vit point , selon la marche lente , et dès lors incertaine, de ce qu'on appelle la sagesse , y procéder par des changemens insensibles. Ce grand homme , échauffé de la passion de la yertu , sentait que par des harangues , ou des oracles supposés, il pouvait inspirer à ses concitoyens les sentimens dont lui-même était enflammé ;. que, |:rofitant du premier instant de ferveur, il pourrait changer la constitution du gouverne-* ment, et faire dans les mœurs de ce peuple une révolution subite, que , par les voies ordinaire» de la prudence, il ne pourrait exécuter que dans une Igngue suite d'années. D sentait que les passions sont semblables aux volcans dont l'éruption soudaine change tout à coup le lit d'un fleuve , que l'art ne pourrait détourner qu'en lui creusant un nouveau lit , et par conséquent après des temp^ et des travaux immenses. C'est ^si qu'il réussit dans un projet peut-être le-

dinaires , que la hardiesse des entreprises en as» sure souvent le succès , e^ qu'il est des cas oùla suprême audace est la suprême prudence..

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