‹ De l'espritChapitre 11 sur 58 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

QUE Ll CRAIITTE DES PEIKES OU LE DESIR DES PX4ISIRS PHYSIQUES PBUTEITT ALLUMER E3t nous TOLLES SORTES DE PASSIOKS.

Q u ' o K ouvre Thistoire , et l'on verra qur , dans tous les pays où certaines vertus étaient encouragées par l'espoir des plaisirs des sens . ces vertus ont été les plus communes et ont jeté le plus grand éclat.

Pourquoi lés Cretois, les Béotien^,et gén<^ ralement tous les peuples les plas adonnés ^ l'amour , ont-ils été les plus courageux ? c'est que, dans ces pays, les femmes n'accordaient leurs faveurs qu'aux plus braves ; c'est que le< plaisirs d« l'amour, comme \% remarquent Plu-

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tarque et Platon , sont les plus propres à élever l'ame des peuples , et la plus digne recompense des héros et des hommes vertueux.

C'était vraisemblablement par ce motif que le sénat romain , vil flatteur de César , voulut , an rapport de quelques historiens , lui accorder, par une loi expresse , le droit de jouissance sur toutes les dames romaines , c'est aussi ce qui ,' suivant les moeurs grecques , faisait dire à Platon que le plus beau devait, ati sortir dû combat , être la récompense du plus vaillant : projet dont Épaminondas lui-même avait eu quelque idée f p\ûsqa*il rangea à la bataille de Leuctres l'amant à côté de la maiuesse , pratique qu'il regarda toojoors comme très-propre à assurer les succès militaires. Quelle puissance, en effet , n'ont pas sur nous les plaisirs des seïis ! ils firent du bataiUon sacré des Thébains un bataillon invîncibie; ils inspiraient le plus grand courage awx peuples anciens , lorsque les vainqueurs pai tageatent entre eux les richesses et les femmes des vaincus ; ils formèrent enfin le caractère de ces vertueux Samnites , chez qui la plus grande beauté était le prix de la plus grande vertu.

Pour s'assurer de cette vérité par un exemple plus détaillé , qu'on examine par quels moyens le fameux Lycurgue porta dans le cœur de ses concitoyens Tenthousiasme, et, pour ainsi dire, la fièvre de la vertu ; et l'on verra que , si nul peuple ne surpassa les Lacédémoniens en 'courage , c'est que. nul peuple n'honora davantage la vertu, et ne sut mieux récompenser la valeur. Qu'on se rappelle ces fêtes, solennelles, où, conformément aux lois de Lycurgue , les belles et jeunes Lacédémoniennes s'avançaient demi-nues, en dansant, dsms l'assemblée du peuple. C'était là qu'fsn présence de la nation , elles insultaidot , par des traits satiriques , ceux qui avaient marqué quelque faiblesse. à la. guerre; et qu'elles, célébraient^ p£^r leurs chansons, les jeunes guerriers qui s'étaient signalés par quelques exploits éclatans. Or ^ qui doute que le làcbe, en butte, de:f^t tout un peuple , aux railleries amères de ces jeunes filles , en proie aux tourmens de la honte et, de la conf usions ne dut être dévoré du plus cruel repentir ? Quel - triomphe , au contra ire , pour le jeune héros qui recevait la palme de la gloire des nuins de la beauté, qui lisait r estime siu* le front des vieillurds, l'amour dans

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lei jeux' de ces. jeunes filles , et Tassurance de ces faveurs dont Tespoir seul est un plaisir! Peuton douter .qu'alors ce jeune guerrier ne fût ivre de vertu ? Aussi les Spartiates , toujours impatiens de combattre , se précipitaient avec fureur dans les bataïUons ennemis ; et de toutes part^ enrironnés de la mort , ils n'envisageaient autre chose que la gloire. Tout concourait , dans cette législation , à métamorphoser les hommes en héros; mais y pour Tétablir, il fallait que Lycurgue , convaincu que. le plaisir est le moteur unique et universel des hommes, eût senli que les femmes , qui partout ailleurs semblaient, commie les fleurs d'un beau jardin, n'être faites que pour Tornement de la terre et le plaisir des yeux, pouvaient dtre employées à un plus uoble usage ; que ce sexe , avili et dégradé chez presque tous les peuples du monde, pouvait 'entrer en communauté de gloire avec les hommes , partager avec eux les lauriers qu'il leur faisait cueillir , et devenir enfin un ,des plus puissans ressorts de la législation.

En effet , si le plaisir de l'amour est pour les hommes le plus vif des pUis^ , quel germe fécond de courage ren(ern)é dans ce .plaisir , et

quelle ardeur pour la vertu ne peut puiot inspirer le désii" des femmes (i) î

Qui s*examinera sur ce point , sentii'a que, si l'assemblée des Spartiates eut été plus nom- })reuse ; qu'on y eût couvert le lâche dt plu.<i d'ignominie , qu'il eût été possible d'y rendre encore plus de respect et d*hommages à la valeui-, Sparte aurait porté ])Ius loin encore l'enthousiasme de la vertu.

Supposons , pour le prouver , que pénétrant, si je l'ose dire , plus avant dans les vues de k nature , on eût imaginé qu'en ornaiit les belles femmes de tant d'attraits , en attachant le plus grand plaisir % leiir jouissance, la nature eût voulu en faire la récompense de la plus haute vertu : supposons encore qu'à l'exemple de ces vierges consacrées à Isis ou à Vesta, les plusbelles Lacédémoniennes eussent été consacrées au mc' rite;que, présentées nues dans les assemblées, elles eussent été enlevéespar les guerriers commele prix du courage; et que ees jeunes héros eussent au même instant éprouvé la double ivresse de l'atnour

( i) Dans quel affreux danger David lui*méinr ne se précipita*t-il pas, lorsque, pour obtenir Michol , il s'obligea de couper et d'apporter a Saiâl les prépuces de deu^t cents Philistins !

UISCOURS lll, CHAPITRE XT. tj-T

f t de la gloire : quelque bizarre et quelque éloignée de nos moeurs que soit celte législation il est certain qu*eUe eàtencore rendu les Spar* liâtes plus vertueux et plus vaillans , puisque la force de la vertu est toujours proportionnée au degré de plaisir qu'on lui assigne pour récompense.

Je remarquai'ai à ce sujet que cdtte coutume, si bizarre en apparence, est en usage au royaume lie Bisnagar , dont Narsingue est la cajjitale. i^our élever le courage de ses guerriers , le roi tie cet empire, au rapport des voyageurs , achète, nourrit, et habille de la manière la plus galante f t ia j)las magnifique , des femmes , uniquement destinées aux plaisirs des guerriers qui se sont signalés par quelques hauts faits. Par ce moyen, il inspire le plus grand courage à ses sujets ; il attire à sa cour tous les guerriers des peuples voisins, qui, flattés de l'espoir de jouir de ce» l^lles femmes , abandonnent leurs pays ets'éta- Missent à Narsingue, où ils ne se nourrissent que de la chair des lions et des tigres , et ne ^'abreuvent que du sang de ces animaux (i).

(i) Les femmes, chez les Gelons , étaieilt

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