CHAPITRE XXII
DE I^AMOUa DE GESTAlirS PEUPLES POUR hà. GLOIRE ET lA TERTU.
tix Chapitre est une conséquence si nécessaire àa précédent , que je me croirais, à ce sujet , <lispeD8é de tout examen, si je ne sentais com- McQ Texpositiott des moyens propres à nécessiter les homme» à la vertu , peut être agréable aa public ; et combien les détails sur une papille matière, solit instructifs pour ceux même* ^ la possèdent le mieux. J'entre donc en macère. Je jette les yeux sur les républiques les pius fécondes en hommes vertueux ; je les arrête ^T la Grèce, sur Rome; et j'y vois naître une
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multitude de héros. Leurs grandes actions» consei^ées avec soin dans' l'histoire , y semblent recueillies pour répandre les odeurs de la vertu dans les siècles les plus corrompus et4es plus reculés : il en est de ces actions comme de ces yases d'encens, qui , placés sur l'autel des dieux, suffisent pour remplir de parfums la vaste étendue de leui^ temple.
En considérant la continuité d'actions vertueuses que présente l'histoire de ces peuples, si je veux en découvrir la cause , je l*ap\)erçoi8 dans l'adresse avec laquelle les législateurs de ces nations avaient lié l'intérêt partictilier à l'intérêt pubfic ( r ).
Je prends l'action de Régulus pour preuTe de cette vérité. Je ne suppose en ce général aucun sentiment d'héroisme , pas même ceux que lui devait inspirer l'éducation romainie , et je dis que, dans le siècle de ce consul, la législation, à certains égards , était tellement pefectionnée, 1qu*en ne consultant que son intérêt personnel, Régulus ne pouvait se refuser à l'action gêné*
(i) Cest dans cette union que consiste le véritable esprit des lois.
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ttase ^'il fit. En effet , lorsque instruit de la discipline des Romains , on se rapelle que la fuite ou même la perte de leur bouclier dans le combat, était punie du supplice de la bastonnade , dans lequel le coupable expirait ordinairement, n'est-il pas évident qu*un consul vaincu, fait prisonnier, et député par les Carthaginois pour traiter de l'échange des prisonniers^ ne pouTait s'offrir aux yeux des Romains, sans cniadre ce mépris, toujours si humiliant de la part des républicains , et si insoutenable pour luie âme élevée ? qu'ainsi le seul parti que Régnloseut à pre:çidre était d'effacer par quelque action héroïque la honte de sa défaite? il devait donc s opposer au traité d'échange que le sénat était prêt à signer. Il exposait sans doute sa vie par ce conseil ; mais ce danger n'était pas imminent : il était ass^ vraisemblable , qu'étonné de son courage , le sénat n'en serait que plus empressé à conclure un traité qui devait lui rendre un citoyen si vertueux. D'ailleurs, en supposant
<pie le sénat se rendit à son avis , il était encore vraisemblable que, par -crainte de représailles , oa par admiration pour sa vertu , les Carthaginois ne le livreraient point au supplice dont ils
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Tavaient menacé. Régalas ne s'exposait donc ' qu'au danger auquel , je ne dis pas un héros, mais un homme prudent et sensé deyait se présenter, pour se soustraire au mépris, et s*offi-ir à Fadmiration des Romains.
Il est donc un art de nécessiter les hommei aux actions héroiques , non que je prétende insinuer ici que Régulus n*ait fait qu'obéir à cette nécessité ,• et que je veuille donner atteinte à sa gloire : l'action de Régulus fut sans doute Te&t de l'enthousiasme impétueux qui le portait à U vertu ; mais un pareil enthousiasme ne pounit s'allumer qu'à Rome.
Les vices et les vertus d'un peuple sont toujours un effet nécessaire de sa législation, et c'est b connaissance de cette vérité qui sans doute a donnélieuà cette belle loi de la Chine: pour y féconder les germes de la vertu, on veut qaele$ mandarins participent à la gloire ou à la honte des actions (i) vertueuses on infâmes commises
(i) n n'en est pas ainsi des autres empirer de l'Orient • les gouverneurs n'y sont chargé» que de lever les impôts et de s'ppposer anx séditions. D'ailleurs, on n'exige point d'eux qu'il**
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uâns leurs gouvernemens; et qu*en conséquence , ces mandarins soient élevés à des postes supéneursi ou rabaissés à des grades inférieurs.
Gomment douter que la vertu ne soit chez tous les peuples Tefifet de la sagesse pliÂou moins grande de radministration ? Si les Grecs et les Romains furent si long-temps animés de ces vertus mâles et courageuses qui sont, comme dit fialzac , « des courses que l'âme fidt au-delà des devoirs communs , » c'est que les vertus de cette espèce sont presque toujours le partage des peuples où chaque citoyen a part à la souveraineté.
Ce n*est qu'en ces pays qu'on trouve un Fabricius. Pressé par Pyrrhus de le suivre en Epire : « Pyrrhus , lui dit - il , vous êtes sans « doute un prince illustre , un grand guerrier ; « mais vos peuples gémissent dans la misère. " Quelle témérité de vouloir me mener en ■ Épîre? Doutez^ vous que , bientôt rangés sous « ma loi, vos peuples ne préférassent l'exemp-
s'occapent du bonheur des peuples de leur province : leur p«Kiyoir même , à cet égard , est ^fès-bomé.
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« tlon de tributs aux surcharges de yoÎb impÀts, « et la sûreté à l'incertitude de leurs posses- « sions ? Aujotlrd*Iiui votre favori , demain je « serai votre maître. » Un tel discours ne poQ' vait être prononcé que par un Romain. Cest dans les républiques (i) qu*on apetçoit avec étonnement jusqu'où peut être portée la hauteur du courage et l'héroisme de la patience. Je citerai Thémistocle pour exemple en ce genre. Peu de jours avant la bataille de Salamine, ce guerrier insulté en plein conseil par le général des Lacédémoniens , ne répond à ses menaces
(i) On voit, par les lettres du cardinal Mazarin , qu'il sentait tout Tavantagè de cette constitution d'état. Il craignait que l'Angleterre , en se formant en république , ne devint trop redoutable à ses voisins. Dans une lettre à M. Le Tellier, il dit:« Don Louis et moi , savons bien que «.Charles II est hors des royaumes qui lui ap- « par tiennent; mais , entre toutes les raisons « qui peuvent engager les rois , nos maîtres , à * songer à son rétablissement, une desplos fortes « est d'empêcher l'Angleterre de former une • « république puissante , qui, dans la suîle^ don- « nerait à penser à tous ses voisins. »
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que ces denx mots : « Fra)>pey mais écovte. > A cet exemple j'ajouterai cehii de Timoléon ; il est accusé de malversation, le peuple est prêt à mettre en pièces ses délateurs ; il en an*éte la foreur en disant : « O Syracusains ! qu*allez- « vous faire ? Songez que tout citoyen a le droil « de m'accuser» Gardez-vous en cédant à la re- « connaissance de donner atteinte à cette même > liberté qu'il m'est si glorieux de vous avoir < rendue. »
Si l'histoire grecque et romaine est pleine de ces traits héroïques , et si l'on parcourt presque inutilement l'histoire du despotisme pour en trourer de pareils , c'est que , dans ces gouvernemens, l'intérêt particulier n'est jamais lié à l'intérêt public ; c'est qu'en ces pays , entre nulle qualités , c'est la bassesse qu'on honore , la médiocrité qu'on recompence(i) ; c'est à cette médiocrité que l'on confie presque toujours l'ad« niinistration publique ; on en écatte Iça^ gess d'esprit. Trop inquiets et trop remuans , ils al-
(i) Dans ces pays, Fesprit et les talensne sont' bonorés que som de grands princes et de grands * minittrep.
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téreriient , dit-on , le repos de Fétat :• repos comparable au moment de silence qui, dans la nature, précède de quelques instans la tempête. La tranquillité d*un état ne prouye'pa^ toujours le bonheur des sujets. Dans les gouyememeof arbitraires , les hommes sont comme ces chevaux qui , serrés par les morailles , soufSrent sans remuer les plus cruelles opérations : leconrsler en liberté se cabre au premier coup. On prend, dans ces pays, la léthargie pour la tranquillité. La passion de la gloire , inconnue chez ces nations , peut seule entretenir dans le corps politique la douce fermentation qui le rend sain et robuste , et qui développe toute espace de vertus et de talens. Les siècles les plus favorables aux lettres ont , par cette raison , toujour» été les plus fertiles im grands généraux et en grands politiques : le même soleil vivifie les cèdres et les platanes.
'Avurpste ,* cette passion de la gloire qui , divinisée chez les païens , a reçu les homnuigt's de toutes les républiques , n*a principalement été honorée que dans les républiques pauvres et '(guerrières.
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