CHAPITRE XXIII
QUE LBS HâTIOKS FAUYBES OST TOUJOURS ETE PLUS ATIOES DE 6I.OIRB , ET PLUS FicOKDES EK GBUrOS HOMUES, QUEXJSS HATIOBS OPUIAlîTBS.
•MES héros, dans les républiques cùmmerçantes, semblent ue s'y présenter que pour y détruire la tyrannie et disparaître avec elle. C'était dans le premier moment de la liberté de la Hollande ^ que Balzac disait de ses habitans < qu'ils araient « mérité d'ayoir Dieu pour roi , puisqu'ils n'a- « Voient pu endurer d'avoir un roi pour Dieu. » Le sol propre à la production des grands hommes otydans ces république^, bientôt épuisé. C'est la gloire de Carthage qui disparait avec An* Dibal. L'esprit de commerce y détruit nécessairement l'esprit de force et de courage. « Les « peuples riches , dit ce même Balzac , se gou- « vement par les discours de la raison qui con- « clm à l'utile , et non selon l'institution morale ' qui se propose l'honnête et le hasardeux. »
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Le cottrage yertaeux ne aè conserve que chex les nations pauvres. De tous les peuples , le* Scythes étaient peut-être les seuls (puclwntasse&t des hymnes en l'honneur des dieux , sans jamais leur demander aucune grâce ; persuadés» dlsaient-ib, que rien ne manque à Thomme de courage. Soumis à des chefs dont le pouvoir était assez étendu, ils étaient indépendans, parce qu'ils cessaient d'ohéir au chef , lorsqu'il cessait d'obéir aux lois. H n'en est pas des nationsricbes comme de ces Scythes , qui n'ayaient d'autre besoin que celui delà gloire. Partout où le commerce fleurit, on préfère les richesses à la gloire^ parce que ces richesses sont l'échange de tous les plaisirs, et que l'acquisition en est plus facile.
Or , quelle stérilité de vertus et de talens cette préférence ne doit-elle pas occasioner ! La gloire ne pouvant jamais être décernée que par la reconnais«|pce publique , l'acquisitioii de la gloire est toujours le prix des services rendus k la patrie : le désir de la gloire suppose toujours le désir de se rendre utile k sa nation.
U n'en est pas ainsi du désir des richesses. Elles peuvent être quelquefois le prix de Fagiotage, de la. bassesse, de l'espionnage, et souvent
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dtt crime; elles sont rarement le' passage des pins spirituels et des plus vertueux. L'amour des richesses ne porte donc pas nécessairement à Tamour de la vertu. Les pays commerçans doivent donc être plus féconds en bons négo* ctans qu'en bons citoyens, en grands banquiers qn'en héros.
Ce n'est donc point sur le terrain du luxe et des richesses , mais sur celu» de la pauvreté , que croissent les sublimes vertus (i),; rien de liirare que de rencontrer des âmes élevées (a) dan» les empires opulens ; les citoyens y contractent trop de besoins. Quiconque les a multipliés a donné à I9 tyranxiie des otages de sa
(i) J'y ajouterai le bonheur. Ce qu'il est est impossible de dire des particuliers , peut se dire des peuples : c'est que les plus vertueux sont toujouirs les plus heursux; or, les plus vertueux, ne sont pas les plus richei et les plus çomiperçans.
(1) De tous les peuples de la Germanie , les Suéones, dit Tacite, s^nt les seuls, qui, à l'exemple des Romains, fassent cas des richesses , et qui soient , comme eux, soumis sujt d^spor tisme.
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bassesse et de sà lâcheté. La vertu cfui se cod* tente de peu est la seule qui soit à l*abri de la corruption. Cest cette espèce de rertu qui dicta la réponse (Jue fît ûu ministre anglais un seigneur distingué par son mérite. La cour ayant intérêt de l'attirer dans son parti , Walpôle va le trouver ; Je viens , lui dit-il , de la part du roi, vous assurer de sa protection, vous marquer le regret qu'il a de n'avoir encore rien fait pour voua, et vous offrir nn emploi plus convenable à votre mérite. « Mite lord, lui répliqua le seigneur anglais, avant « de répondre à vos offres, permettez-moi de « faire apporter mon souper devant vous. ■ On lui sert au même instant un hacbis fait du reste d'un gigot dont il avait dîné. Se tournant alors Vers Walpole : « Milord, ft|outa-t-il, « pen8e£<*voug qu'un homme qui se contente « d'un pareil repas , soit un hotnme que la « cour puisse aisément gagner? Dites du roi « ce que vous avez vu ; c'est la seule réponse « que j'aie à lui faire. » Un pareil discours part d'un caractère qui sant Téf^écî'r le cercle de Ses besoins : et combien en est-îi qui , dans un pays riche , résistent à la tentation perpé-
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toelle des superâuités ? Combien la pauvreté d'iihe nation ne rend- elle pas à la patrie d'hommes yertueox que le loxe eût corrompus ! « 0 philosophes ! s'écriait souvent Socrate , « TOUS qui représentez les dieux sur la terre , * sachez Comme eux tous siifiSre à tous- « mêmes , tous contenter de peu ; - surtout « n'albz point, en rat&paht, importuner les « pinces et les rois. » — « Rien de -plus « ferme et de plus Tcrtueux, dit Cicéron, que « le caractère des. premiers sirges de la Gl:3^e. « Aucun péril ne les effî*ayait, aucun obstacle « ne les décourageait, aucune considération < ne les retenait et ne leur faisait sacrifier la « vérité aux Tolontés absolues des princes. » Mais ces philoflOphecr .étaient nés dans un pays paoTre : aussi leurs siiccesseum ne conservèrent-ils pas tolijoUrs les mêmes vertus. On reproche à ceux d'Alexandrie d'avoir eu trop de complaisance pour les princes leurs bien- £ùleurs, et d'aVoir achieté par des bassesses 1^ %*ane|tiille loisir dont ces princes les lais* saient jouir. C'est à ce sujet que Plutarque s*écrie : « Quel spectacle plus avilissant pour « l'humanité que de voir des sages prostituer
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leurs éloges aux gens en phioe ! Faut-il que les coiflrs des rois soient si souYent Téciiël de la sagesse et de la vertu ! Les grands ne devraient-ils pas sentir (pie tout- ceux qui ne les entretiennent que de choses frivoles, les trompent (i)? La- vraie manière de les servir,^ c'est de leur reprocher leurs vices et leurs travers , de leur apprendre qu*il leur sied mai de passer les jours dans les divertistemens. Voilà le seul langage digne d'an iKlvnme veitu«ax ; le mensonge et la flatterie n'habitent jamais sur ses lèvres. »
(i) Il fût sans doute un temps où les gens d'esprit n'avaient droit de parler aux princes que pour leur dire des choses vraiment utiles. En conséquence y les philosophes de l'Inde ne sortaient qu'une fois l'an de leur, retraite ; c'était pour se rendre au palais du roi. Là, cha- • cun déclarait, à haute voix, et ses réflexions politiques sur l'administration , et les change* mens ou les inodifications qu'on devait appcnr* ter danales lois. Ceux dont les réflexions étaient , trois fois de suite , jugées fausses ou peu importai^tes , perdaient le droit de parler. CHhtoire crrtiijue de la Philosophie , tome II. )
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Cette exclamation de Plutarque e$t sans doate très-belle ; mais elle piouye plus d'amour pour la yertu que de connaissance de rhnmanité. Il en est de même de celle de Pythagore : « Je refuse, dit-il, le nom de philo-
■ sophes à ceux qui cèdent à la corruption
■ des cours : ceax-U seuls sont dignes de ce « nom, qui sont, prêts à sacrifier devant les " rois, leur yie, leurs richesses, leurs dignités , « leurs familles, et même leiir réputatimi^
■ C'est , ajoute Pythagore , par cet amotlr
■ pour la Térité qu'on participe à la divinité , « et ^'on s'y unit de la manière la plus noble « et la plus intime. »
De tels hommes ne naissent pas indifféremnent dans toute espèce de gouvernement : tant de vertus sont Teffet , on d'un fanatisme philosophique qui s'éteint promptément , ou d'un& éducation singulière , ou d'une législation. Les philosophes de l'espèce dont parlent Platarque et Pyûiagore, ont presque tous reçu ie jour chez des peuples pauvres et passionnés pour la gloire.
Noft- que je regarde riadigence comme la source des vertus .-c'est à l'administration plus
OU moins sage des honneurs et des récompenses , qu'on xloit » ches tous les peuples » attribuer la production des grands hommes. Mais ce qu'on nlroaginera pas sans peine, c'est que les yertus et les talons ne. sont nulle pa^ récompensés d*une manière aussi flatteuse que dans les républiques pauvres et guerrières.