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(i) Les souverain» sont sujets à penMr «P«
DtSCOURà Itlf CHAPItRB XXX. sSS
et les arf$. Si les effort» d^ ces princes ont été mutiles, c'est, répondrai-je, parce qu'ils n'ont pas été eoastans. Api^ quelque^ siècles d'igno^ tance, le terraia )detf arts et dés sciences est quelquefois si sattviii;^ et si inculte ^ qu'il ne peut prOf^uiro dé yraimeut grands hommes f qu'après nvoir auporayant été défiiché par phtsieitfs ^toétatioi»s de^iavans. Tel était le a^cle de Lonisf ^tV j doi^t lés gftrnds hommes ont dir leur supériorité aUx saVâins qui les avaient précédés dans la carrière des sciences et des arts : carrière oi\ ces mêmes- savans n^avaitent pénétré qaesoiiténtis de. la foveur de nos vois, somme le prôttwiit et le§ lélères patentée dif io mai ï543 , où Fràtldoià f^ fait Us plus expresses dê^ fenses d'user de médisance et d* invectives contre
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d'au mat «t- pat* une loi» ils peuTenk toutà coup chaoger l'esprit d'une nation ; faire , par exem* pie j d'un p^ifple l^che et paresseux., un pet^ple actif et courageux. Ils ignorent que, dans les états, les maladies lentes à se former ne se 'dissipent qu'avec lenteur, jet que, dans le corps politique comme dans le corps humain , l'impatience du prince et du mftlade s'oppose souvent alaguérison. ^
i56 DE L'fisrmiT.
Aristote (i), et les vers qtie Charles IX adf«sie  Ronsard (2).
Je n'ajouterai qu'un' mot à ce que je TÎeiB de dire : c'est qu'assez semblaMes à* ces artifices ^i y rapidement élancés daixs lès azrs , les pafsè* ment d'étoiles , éclairent un instant l'horizon^
(1) Dans les plus beaux tîèdts de l'égliM, les 14DS ont élevé les livreS'di' Aristote à la dignité du texte divin, et les autres ont mis son portrait en regard avec celui des Jésus-Christ ; qnelques^uns ont avancé, dans des thèses imprimées, que , sans Aristote, la religion eut manqué de ses principaux éclaircissemens. On lui hnmola plusieurs critiques, et entre autres Ramus : ce philosophe ayant fait imprimer un ouivrage sons le titre de Censure d' Aristote , tous les vieux docteurs, qui, ignorans par état et opiniâtres psu* ignorance, se voyaient , pour ainsi' dire, chassés de leur patrimome^ cabalèrent contre Ramus, et le fir^it enler.
(a). Voici les vers que le monarque écrirait au poète ; •
L^art de faire des vert, dût-on «''eu indigner, Doit éire à plus haufprtx que ceini de régner: .Ta Ifre, qui ravit par d« ai doux aeconis, Taaaarvit lei esprits d|>pt je D^ai qae 1m corpi; Elle t^en rend le maître, et te sait introduira ^ 9à le pliia fier tyran ne peut avoir d'empire.
DiSGoims m, gbâpitas xxx. a57
s'éTanouiasent et laissent la nature dam une nuit plus profonde ^ les arts et les sciences ne font, dans tine infinité de pays , que luire, *dbparaître , et les abandonner aux ténèbres de ^ignorance. Les siècfes les plus féconds en grands hommes sont presque toujours suivis d'un siècles ou les sciences et les arts sont moins heureusement ^tivés.Pour en connaître la ca^se» ce n*est point au physique qu'il, faut avoir recours; le moral suffît pour nous la découvrir. En effet, si l'admiration est toujours l'effet de ^ surprise, plus les grands hommes sont multipliés dans une nation, moins on les estime , moins on excite en eux le sentiment de l'émulation , inoins ils font d'efforts pour atteindre à' la perfection , et plus ils en restent éloignés. Après un tel siècle il faut soavent le fumier de plusieurs siècles d'ignorance pour rendre de nouveau un pays fertile en grands hommes.
Il parait donc que c'est uniquement aux causes morales qu'on peut , dans les sciences et dans les arts, attribuer la supériorité de certains peuples sur les autres , et qu'il n'est point de natîonsprivilégiéesen vertu, ene8prit,en courage. ^ nature, à~cet égard , n'a point fait un partage
inégal de set dons. £n effet , si la force phu on moins grande de Tesprit dépendait de la différente température des pays divers, il serait impossible, TU Fancienneté du monde , que k «ation à cette égard la plus fisTorisée n'eut, ptr des progrès multipliés , acquis tine grande mpériorité sur toutes les autres. Or,resdmeqo*eD fait d'esprit ont tour à tour obteirae les différentes nations , le mépris où elles sont snoeefsiyement tombées» prouvent le peu dinfiaence des climats sur leurs esprits. J'ajouterai même que , si le lieu de la naissance décidait de Tétendue de nos lumières , les causes morales ne pourraient nous donner en ce genre une expli' 'cation aussi simple et aussi naturdle des phénomènes qui dépendraient du physique. Sur quoi j'obserrerai que » s'il n'est aucun peuple auquel la terre particulière de son pays et les petites différences qu'elle doit produire dans son organisation aient jusqu'à présent donné aucune supériorité constante sur les antres peuples, on pourrait du moins soupçonner qne les petites différences qui peuvent se trouver dans l'organisation des particuliers qui composent une nation , n'ont pas une influence pins
DISCOURS I^I, CHAPITRE XXX. ^Sq
sensible sur iQurs esprits (i). Toa^ concourt à prouyer la. vérité de cette proposition» Il se^nble qu'en ce genre les problèiçes les -plus çofnpliqvtéf ^e se présentent à l'esprit que pour se résoadse par rapplic^ticm des principes que j'ai établis. , ,
. Pourquoi les. bpmmes médiocres reprochentils une conduite extraordinaire^ k presque tons les hommesillustres?Çestquele génie n'est point un don de la nature , .et qu'xin homme qui prend UQ genre de vie à peu .près semblable à celui des autres , n'a qu'un esprit à peu près pareil au leur; c*est que y dans un homme , le génie suppose une vie studieuse et appliquée , et qu'une vie si diffé-
( I ) Si l'on ne peut , à la rigueur , démontrer que la différence de l'organisation n'influe en rien sur l'esprit des hommes que j'appelle communément bien organisés , du moins peut-on assurer que cette influence est si légère , qu'on peut la considérer comme ces quantités peu importantes qu'on néglige dans les calculs algébriques, et qn'eofin on explique très-bien ^ par les causes morales , ce qu'on a jusqu'à présent attribué au physique,, jet qu'on n'a pu expli(|uçr par cette cause.
a6o DE l'es^bit.
rente de la vie commune paraîtra toujours rffîcnle. Pourquoi Fesprit, dtli-on , est-il pku eonmnn dan» ce siècle que dans te siècle précèdes^ et pottirqnoi le génie y est-il <plifs rare ? Pourquoi, .comme dit Pythagore ; voit-on tant de gens prendre -le thyrse , et si peu qui soient animés de Tesprît du Dieu qui le porte ? e*est que les gens de lettres , t^p souYent arrachés de leur cabinet par le besoin ^ sont forcés de se jeter dans le monde : ils y répandent des lumières , ils y forment des gens d*'e8prit ; mais ils y perdent nécessairement un temps qu'ils eussent , dans la solitude et la méditation , employé à donner plus d'étendue à leur génie. L'homme de lettres est comme un corps qui , poussé rapidement entre d'autres corps , perd y en les heurtant y toute la force qu'il leur conuBU' nique.
Ce sont les causes morales qui nous donnent l'explication de tous les divers phénomènes de l'esprit y et qui nous apprennent que , semblable aux parties de feu, qui renfermées dans la poudre , restent sans action , si nulle étincelle ne les développe y Tesprit reste sans action , s'il n'est mis en inouveinent par les passions ; que ce sont
DI8CO0RS m, CHAPITRE XXX/ a6 1
les passions qui d'un stupide font souvent un homme d'esprit , et que nous devons tout à Téducatlon.
Si, comme on le prétend , le génie, par exemple, était un don de la nature ; parmi les gens chargés de certains emplois, ou parmi ceux qui naissent ou qui ont Icmg-temps vécu dans la province , pourquoi n'en serait-il aucun qui excellât dans les arts tels que la .poésie , la musique et la peinture ? Pourquoi le don du génie ne sappléwaît-il pas , et dans les gens chargés d'emploi, à la perte de quelques instans qu'exige l'exercice de certaines places ; et dans les gens de province , à l'entretien d'un petit nombre de gens instruits , que Ton ne rencontre que dans la capitale? Pourquoi le grand homme naurait-il pro|>rement de génie que dans le genre auquel il s'est long-tenips appliqué ^ Ne sent-on pas que si cet homme ne conserve pas en d'autres genres la même supériorité, c'est que, dans un art dont il n'a pas Dût l'objet de ses méditations , l'homme de génie n'a d'autre avantage sur les autres hommes que l'habitude de Fapplication et la méthode d'étudier ? Pajr quelle raison , enfin > entre les grands hommes.,
352 DE l'kSPRIT.
les grands ministres sont-ils les hommes lesplas rares ? Ccst qu'à la multitude de cîrconstances dont le concours est absolument nécessaire pour former un grand génie , il faut encore mûr le concours de circonstances propres à élever cet homme de génie au ministère. Or, la réonloo dé ces deux concours de circonstances, extrêmement rare chez tous les peuples, est presqne impossible dans les pays où le mérite seul n'é* lère pointant premières places. Cestponnfaoi, si Ton en excepte les Xénophcm , les Scipion, les Confucîus , les César , les Annibal , U» Ly curgue , et peut-être , dans Tunirers , une cinquantaine d'hommes d*étatdont Fesprit pourrait réellement subir l'examen le plus rigoafeax , tous les autres , et même quelques-uns des pbu célèbres dans YhjtKÂre et dont les actioas ost jeté le plus grand éclat, n'ont été, qudqneâege qu'on donne à l'étendue de leurs lumières » <p^ dès esprits très-communs. O'est k la fovce ^ leur <»iractère (i) , plus qu'à celle ^le leur esprit
(i) Les caractères forts, et par cet raison souvent injustes, sont, en matière de politiq^ae, «ncore plus propres aux grandes choses , «p*
DISCOU&S lai, CHAPITRE XXX. ! l63
qu'ils doivent lew: célérité. Le peu (de progrès ée la législation, la inédik>crité déft' oirrrages dWers et presque inconnus qu'ont lailssë^ -les Auguste f les Tibère^ les Titus , les Aj^tonin, les Adrien , les BUauriee 4t les Gbarles42ttint , et qa'ils ont composés' dans le genre tn^P^e où ils devaient exceller , ne prouye que trop cette opinioii.
La conclusion générale de ce discours, c'e^t que le génie est commun , et les circonstances propres à le développer très-rares. Si l*t>n peut
de grands esprits sans caractère. Il faut, dit César , plutôt exécuter que consulter les entreprises hardies. Cependant, ces grands caractères sont plus communs que les grands esprits. Une gnoide passion , qui suflit pour former uh grand caractère, n'est encore qu'un moyen d'acquérir on grand esprit. Aussi , entre trois ou quatre cents ministres ou rois , trouve-ton ordinaire* ment un grand caractère , lorsque entre deux oa trois mille onifesi/pas toujours sûr de trouver «un grand' «sprint ;< supposé ^quHl nfy ait Vautres ^ génies . viraiment ^ légisbtifs que^ ceux de MiAoi , de Confncûos,' de Lycurgiiei, etc.
l64 os I.*K8PAIT«
comparer le profane ayec le aaeréy on peut dire qn^en ce genre il c«t beaaconp d^appdb et peu d'élus
L'inégalité d'esprit qu'on remttrqae entre les hommes dépend donc, et du gouTememest sous lecpiel ils Tiyent, et du siècle plus oa moins heureux où ils naissent , et de l'édacition meilleure on moins honne qu'ils reçoiTeat» et du désir plus on moins vif qu'ils ont de se distinguer , et enfin des idées plus ou moins grandes ou fécondes dont ils font l'objet de leurs méditations.
L'homme de génie n'est donc |que le produit des drconstances dans lesquelles oet homme s'est trouTé (i). Aussi tout Fart de l'édoeadon
(i)*L'opinion que j'avance » consolante pour la vanité de ht plupart des hommes , en déviait être favorablement accueillie. Selon mes pria- ' cipes y ce n'est point à la cause humiliante (Tune organisation moins parfaite qu'ils doivent attribuer k médioci'ité .de leur esprit , mais à 'rédiication^ qu'ils ont refac(» «insi qu'aux circonstances dans lèsqntUes ils se sont trouvés. Tout homme médiocre » conformément à mes principes, est en droit de penser que', s'il eût
DISCOURS XIX 9 0VÂVITRB XXX. ifiS
consiste à placer les jeunes gens dans un concours de circonstances propres à dévelop-
été plus favorisé de la fortune , s'il fût né dans nn certain siècle, un certain pays, il eut été lui-même semblable aux grands ha^inâïs dont il est forcé d'admirer le génie. Cependant, quelque favorable que soit cette opinion à la médiocrité de la plupart des bommes , elle doit déplaire généralement y parce qu'il n'est point d'homme qui se croie un homme médiocre , et qu'il n'est point de stupide qui , tous les jours, ne remercie ayec complaisance la nature du soin particulier qu'elle a pris de son organisation. En conséquence , il n'est presque point d'hommes qui ne doivent traiter de paradoxes , des principes qui choquent ouvertement leurs prétentions. Toute vérité qui blesse l'orgueil, lutte long«temps contre ce sentiment , ayant que d*en pouvoir triompher. On n'est juste que lorsqu'on a intérêt de l'être. Si le l>ourgeoi8 exagère moins les avantages de la naissance que le grand seigneur, s'il en apprécie ihieux la valeur, ce n'est pas qu'il soit plus séhsé : ses inférieurs n'ont que trop souvent à 'se plaindre de la sotte hauteur dont Û accuse les Igrands seigneurs : I,a justesse de son jugement n*est donc qu'un effet de sa vanhé : c'est que, dans ce cas particulier, il a intérêt
a66 DS L^BSPBIT.
per en eux le germe de Fesprit et de la verto. L'amour da paradoxe ne m*a point conduit t cette conclusion » mais le seul désir dn bonheur des hommes. J'ai' senti, et ce qu'une bon<fté4ocation répandrait de himtères, de vertus , et par conséquent de Bonheur dans h société ; et combien la persuasion où Ton est
d*étre raisonnable. J'ajouterai à ce que. je viens df dire, que Iss piiincipes ci-de«sus établis t .en les supposant vrais , trouveront encore des contradicteurs dans tous ceux qui ne les peaTent admettre sans abandonner d'anciens préjngéf' Parvenus à un certain Age , la paresse nooi irrite contre toute idée neuve qui nous impoie la fatigue de l'examen. Une opinion noa?eUe ne trouve des partisans que parmj ceux des gens d'esprit qui, trop jeunes encore pour avoir arrêté leyrs idées, avoir senti l'aignUlon de l'envie, saisissent avidement le vrai partout où ils Vbperçoivent. Eux seuls, comme je V^ déjà dit , rendent témoignage à la véritét ^ présentent , la font. percer et l'établissent dans le monde ; c'est d'eux seuls qu'un philosophe peut attendre quelque éio^e : la plupart des autres sont des juges corrompus par !• pv^ on par l'enyie.
DISCOUBS lïl, OtlAPITRE XXX. 367
que le génie et la vertu sont de purs dons de la nature, s'opposait aux progrès de la science et de Téducation , et favorisait à cet égard la paresse et la négligence. C'est dans cette vue, qu'examinant ce que pouvaient sur n«His la nature et l'éducation , je me suis aperçu que l'éducation nous Élisait ce que nous sommes ; en conséquence , j'ai cru qu'il était du devoir d'un citoyen d'annoncer une vérité propre à réveiller l'attention sur les moyens de perfectionner cette même éducation. Et c'est pour jeter encore plus de jour sur une matière aucsi importante, que je tâcherai, dans le Discours suivant , de fixer d'une manière précise les idées différentes qu'on doit attacher aux divers noms donnés à Fesprit.
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