‹ De l'espritChapitre 35 sur 58 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

i'bspiut n'est aut^e chose qu'un assemblage d'idées et de combinaisons nouvelles. Si l'on

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avait fait en un genre toutes les combinaisons possibles , Fon n*y pourrait plus porter ni myention ni esprit ; Ton pourrait être sayant en ce genre , mais non pas spirituel. 11 est donc évident que , s'il ne restait plus de découvertes à faire en aucun genre , alors tout serait science, et Vesprit serait impossible ; on aurait remonté jusqu'aux principes des cboses. Une fois parvenus à des principes généraux et simples , h science des faits qui nous y auraient élevés ne serait plus qu'une science futile , et tontes les bibliothèques où ces faits sont renfermés deviendraient inutiles. Alors , de tous les matériaux de la politique et de la législation, c'està-dire de toutes les histoires, on aurait extrait* par exemple y le petit nombre de principes qui, propres à maintenir entre les hommes le plos d'égalité possible , donneraient uni jour naissance à la meilleure forme de gouveniement. 11 en serait de même de la physique , et généralemenyde toutes les sciences. Alors l'esprit bomain , épars dans une infinité d'ouvrages divers, serait , par une main haliâe , concentré daa» un petit volume de principes , à peu près comm^ les esprits des fleurs qui couvrent de vaste»

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plaines sont , par l'art du chimiste , facilement concentrés dans un vase d'essence.

L'esprit humain » à la vérité , est en tout genre fort loin du terçie que je suppose. Je cou- Tiens volontiers que nous ne serons pas si tôt réduits à la triste nécessité de n'être que savans^ et qu'enûn , grâce à l'ignorance humaine , il nous sera long-temps permis d'avoir de l'esprit.

L'esprit suppose donc toujours invention. Mais quelle différence, dira-t-on » entre cette espèce d'invention et celle qui nous fait obtenir le titre de génies P Pour la découvrir , consultons le public. En moral et en politique, il honorera , par exemple , du titre de génies , et Machiavel , et l'auteur de V Esprit des Lois , et ne donnera que le titre d'homme de beaucoup d'esprit à La Rochefoucault et à La Bruyère. L'unique différence s^ensible qu'on j:«marque entre ces deux espèces d'hommes, c'est que les premiers traitent de matières plus importantes, lient plus de vérités entre elles , et forment un plus grand ensemble que les seconds. Or, l'union d'un plus gri^nd nombre de vérités suppose une plus grs^nde quantité de combinaisons , et par conséquent un homme plus rare. D'ailleurs , W

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public aime à voir , du haut (fun principe , toutes les conséquences qu'on en peut tirer : il doit donc récompenser par un titre supérieur , tel que celui de génie , quiconque lui procore cet avantage y en réunissant une infinité deyérites sous le même point de vue. Telle est, dans le genre philosophique, la différence sensible entre le génie et l'esprit.

Dans les arts, où par le mot talent on expiine ce qtie , dans les sciences , on désigne par le mot esprit, il semble que la différence soit à penprès la même.

Quiconque , ou se modèle sur les granè hommes qui l'ont déjà précédé dans la même carrière, ou ne les surpasse pas, ou n'a point fait un certain nombre de bons ouvrages, n'a pa^ assez combiné, n'a pas fait d'assez grandi efTorti d'esprit , ni donné assez de preuves d'invention pour mériter le titre de génie. En conséquence, on place dans la liste des hommes de talent, 1<< Renard ,les Vergier, les Gampistron et les Fichier, lorsqu'on cite comme génies, les Molièrf, les La Fontaine , les Corneille et les Bossuet. Rajouterai même, à ce sujet, qu'on refuse quelquefois à Panteur le titre qu'on accorde à l'ouvrage, l u

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conte , une tragédie^ ont un grand succès ^ on peut dire de ces ouvrages qu'ils sont pleins de génie , sans oser quelquefois en accorder le titre à Tanteur. Pour l'obtenir il faut , ou comme La Fontaine, avoir, si je l'ose dire, dans une infinité de petites pièces, la monnaie d'un grand ouvrage, on comme Corneille et Racine, avoir composé un certain nombre d'excellentes tragédies.

Le poëme épique est, dans la poésie , le seul oavrage dont l'étendue suppose une mesure d'attention et d'invention suffisante pour décorer un homme du titre de génie.

U me reste, en finissant ce Chapitre » deux observations à faire : la première , c'est qu'on ne désigne dans les arts par le nom d'esprit , (fie ceux qui , sans génie ni talent pour un genre , y transportent les beautés d'un autre genre ; telles sont , par exemple , les comédies de Fontenelle) qui, dénuées du génie et du talent comique , étincellent de quelques beautés philosophiques. La seconde , c'est que l'invention appartient tellement à l'esprit , qu'on n'a jusqu'à présent , par aucune des épithètes applicables au grand esprit, désigné ceux qui

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remplûse&ldes e^iploU utiles , m^i^ dont ïtut* cice B^exige poiskt d*iiiYentioii. Le même dm^ qni donne répitbète de èon aa juge, au financier (i) , à rarithméticien habile , naos pennet d'appliqœr répkhète de iMimcAv. poète, au légis* lateur , an géomètre , à Torateor. L*e«prit tnppose 4<mc toujours invention. Cette înTention, plus éXerée dans le génie , embrasse ^aiilenn plus d'étendue de yue ; elle suppose , par conséquent i plus de cette opiniâtreté cpii tiiom* phe de tontes ^les difficultés , et plus de cette har<iiesse de caractère qui se fraie des roates nouvelles

Telle est la différence entre \fi génie et Ves* prit , et ridée générale <pi*on doit attacher il ce mot 0fprit,

Cette différence établie, je dois <3l)serTer({tte nous sommes forcés , par la disette de k langaei

(ij Je ne dis pas que de bons juges, de bons financiers n'aient de l'esprit ; mais je dis senlement que ce n est pas en qualité de juges on de financiers qu'ils en ont , à moins que fo» ne confonde la qualité de juge avec celle de législateur.

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à prendre eette expression dans mille acceptions différentes qu'on ne distingue entre elles que par les épithètes qu'on unit au mot esprit. Ces épithètes y toujours données par le lecteur ou spectateur, sont toujours relatives à l'impres* sion que fait sur lui certain genre d'idées.

Si l'on a tant de fois , et peut-être sans succès , 6raité ce même sujet , c'est qu'on n'a point considéré l'espi'it soiis ce point de yue , c'est qu'on a pris pour des qualités réelles et distinctes les épithètes àefin , de foH , de lumineux , etc., qu'on joint au mot esprit : c'est qu'enfin on n'a point regardé ces épithètes comme l'ex* pression des effets différens que font sur nous et les diverses espèces d'idées et les différentes manières de les rendre. C'est pour dissiper l'obscurité répandue sur ce sujet , que je vais , dans le» Chapitres Anivans , t&cher de déterminer nettemeni les idées différentes qu'on doit attacher aux épithètes souvent unies au mot tspnt.

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DB L ESPAIT.

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