‹ De l'espritChapitre 37 sur 58 · II · texte numérisé non relu

II

3a5 u£ i^'es^ait;

Ce que je dis du moral » jeTapplique lo physique. Tout ce qui par soi-même .est petit, €tu le 'deyient .par' la coœpàraisôii qu'on en fait aux grandes choses, ne fait sur bdd3 pies^ aucune impression. ,

Qa*Qtt se. peigne Alexandre dans Tatthttde la pins h^oïque, au mom»it qu'il fond sut l'ennemi : si Timagination place à côté du hém l'un de ces fils de la terre (i), qni, croÎBMBl par an d'une coudée en grosseur, et de tiois ou quatre coudées eu hauteur ^ pouyaient es* tasser Ossa sur Pé)ion, Alexandre n'est phu qu'une marionnette plaisante, et sa fureur n est que ridicule.

Mais si le fort est toujours grand, le grand n'est pas toujours fort. Une décçrationyOada temple du destin, ou des fêtes du ciel, peut être grande, majestueuse et même suhlIiDe; mais elle nous affectera moins fortement qn'noc

(i) Aux yeux de ce même gi^nt, ce Céstf qui dit de lui : P^eni^ ofidi, vici, et dont l» conquêtes étaient si rapides , paraitrait se traîner* sur la terre avec la lenteur 4'une étoi)« à» mer ou d'un limaçon.

DISCOURS IV, CHAPITRE tV. S^J

décora^ioja du t^rtcgre. Le tahjlaau de la gloire des saintS'est noins fait pour étooaei: Timagiiiatioiv^aele jugement dernier de Mickel-Aage,

Le fort est donc le produit du- grand uni ati terrible. Or , si tons le^ hommes sont plas sensibles à la donkur .qp^wÊt |»Ui^Lp; si la douleur viciante iakt tjiifetoutsenjdBie^ agréable, lors* qn'im.plaiisir-vlf ne f«ut étou£fer en notis le senti* ment d''une douleur ."vidleiite; le fort doit d<»c f^iiresur noUs la- plus vive impression : on doi( donc être fi^us frappé du tablci^u des enfers qtte an ta1>!eai» de Vol^^iApe»

£b ^t de plaisiii, rimagiB^vion, ^citée par le désir d'un plus grand bonjieu;? , est tour jours inventive j il manque toujours qjjielques agrémens à Itolyn^e. ■ . : .-

S'agit-il du terrible? l'imagination n-a plus Je même ii^térét à inventer ; elle est moins difficile en ce; genre : l'enfer est toujours assez effrayant.

Telle est, dajas les décorations et. les descrip^^ tiens poétiques^ la différence emxe le grand-fit le fort. Examinons maintenant si, dans le* tableaux dramatiques et la peinture des passi<^is , on ne retrouverait pas la mènw différence entre ces denx genres d'esprit, iÇ*

3a8 DE f.'£8PBiir.

' Dans le genre tragique, on donne le nom de fortk toute passion , à tout sentiment qui do» affecte très- vivement, c'est-à-dire à tons ceox dont le spectateur peut être le jouet ou la victime.

Personne n'est à l'abrî des coups de la veo' geance et de la jalousie. La scène d'Atrée qui présente à son frère Tbyeste une coupe remplie du sang de son fils ; les foreurs de Rhadamiste, qui, pour soustraire les charmes de Zénobie aux regards avides du vainqueur , la traîne sanglante dans l'Araxe, offrent donc aux regards des particuliers deux tableaux plus eflrayaas que celui d'un ambitieux qui s'assied sor le trône de son maître.

Dans ce dernier tableau , le particulier oe voit rien de dangereux pour lui. Aucun des spectateurs n'est monarque : les malheurs qu'occasionnent souvent les révolutions , ne soot pas assez imminens pour le frapper de terreur : il doit donc en considérer le spectacle avec plsisir (i). Ce spectacle charme les uns, es leur

(i) C'est à cette cause qu'on doit, en partie, rapporter l'admiration conçue pour ces fléauv de Li terre , pour ces guerriers dont la Talenr

DISCOURS lY, CHAPITRE I Y. Sag

laissant entrevoir , dans les rangs les pins élevés, one BistabiUté de bonkenr qui remet nne certaine égalité entre toutes les conditions , et console les petits d« l'infériorité de leur état. Il plaît aux antres^ en ce qu'il flatte leur inconstance; inronstance qui , fondée sur le désir d'une condition meilleure, fait, & travers le bouleversement des empires , toujours luire à leurs yeux Tespoir d*an état 'plu3 heureux,' et leur en montre la possibilité comme une possibilité prochaine. Il ravit enfin la plupart des hommes parla grandeur même ^u tableau qu'il présente, et par Fintérét qu'on est forcé de prendre au héros estimable et vertueux que le poète met sur h scène. Le désir du bonheur qui nous fait considérer l'estime comme un moyen d'être plus heureux, nous identifie toujours avec un pareil '

renverse les empires et change la face du monde. On lit leur histoire avec plaisir; on craindrait de naître de leur temps. U en. est de c^s cpnq^érans comme de ces nuages noirs et sillonnés d'éclairs ; la foudre qui s'élance de leurs flancs fracasse , en éclatant, les arbres et les rochers. Vu de près, ce spectacle glace d'effroi; vu dans Téloignement, il ravit d'admiration.

33o tfK i.*£»i*niT.

personnage. Cette identificstion est , m je Pose dire, d'autant plus jinHaite , et notis ttobs întéreoBons d'autant pttas Trrement au sort beorenx éa nâlhenreiox d'un grand )iomrae , que ce grand homme nous pu^aît ptaB estimable, c'està-dire que ses idées on ses senttmens sont ploi aBaiognes anx nôtves. Chacun reconniât avee plnsir, dans an héros , les sentîmes dont 3 est hii-méme affecté. Ce plaisir est dPafutant ph» wiîy que ce héros joue nn plus grand rêlesor kl terre; qu'il a, comme les Annflwl, les Sylla, les SertorînSy et les César, à triompher d^ peuple dont le destin fiût ccini de fimxfcn- Les objets nous frappent toujours en proportion de leur grandeur. Qu'on présente an théâtre la conjuration de Gènes et ceUe de Rome, qu'os trace d'une main 'également hardie les carao tères du comte de Fîesqueet de Catiline ; qa'os leur donne la même force, le même courage, le même esprit et la mène élévation : je dis qne Paudadeux Catilina emportera presque toute notre admiration ; la grandeur de son entreprise se réfléchira sur son caractère , l'agrandira toujours à nos yeux y et notre illusion prendra sa source dans le désir même du bonheur.

DISCOURS IV, QHAPItRE IV. 33l

£ii effet, on se cj^ira toujours d'antant pliift' heureax qu'on sera plus puissant, qu'on régnera sur nn plus grand peuple , que plusd'hommes seront intéressés à prérenir, et-satù-- &ire DOS désirs , et que, seuls libres sur la terre , Qous serons euTironnés d'un univers d'esclaves.

Voilà les causes principales du plaisir que nous fait la peinture de l'ambition, de cette passion qui ne doit le nom de grande qu'aux grands cbangemens qu'elle fait ^ur la terre.

Si l'amour en a quelquefois occasionlé de pareils ; s'il a décidé la bataille d'Actium «n faveur d'Octave ; si , dans^un.siècle plus voisin. du nôtre , il a ouvert aux Maures les ports de l'Espagne ; et s'il a renversé successivement .et relevé une infinité de trônes , ces grandes révolutions ne sont cependant pas des effets nécessaires de l'amour, comme elles le sont de rambition.

Aussi le désir des grandeurs et l'amour de la patrie , qu'on peut regarder comme ime ambition plus vertueuse, ont-ils toujours reçu lenom de grands préférablement à toutes les autres passions; nom qui, transporté aux héros <|ae.Qe9 passions twi>irent,.a.été. ensuite^

S3a DE iJasyiiiT.

4oniié aux Corneille et aux poètes câèbres qui les ont peints. Sur quoi j'observerai que la passion de Tamour n^est cependant pas moins difficile à peindre que. celle de Tambition. Ponr manier le caractère de Phèdre arec autant d'à» dresse que Ta fait Racine, il ne fallait certainement pas moins d'idées , de combinaisons et d'esprit, que pour. tracer dans Rodogunef\t caractère de Cléopâtre: C'est donc nK>ins à l'habileté du peintre'. qu'au choix de son sujet qu'est attaché le nom de grand.

Il résulte de ce que j'ai dit, que, si les hommes sont plus sensibles à la douleur qu'an plaisir, les objets de crainte et de terreur doirent , en fait d'idées , de tableaux et de passions, les affecter plus fortement que les objets faits pour l'étonnement et l^idmiration générale. Le grand est donc , en tout genre , ce qui frappe universellement; et le fort, ce qui fait une impression moins générale, mais plus vive.

La découverte de la boussole est, sans contredit , phis généralement utile ' à l'humanité que la découverte d'une conjuration ; mais cette dernière découverte est infiniment plus intéressante pour la nation chez laquelle on conjure.

t)ISCOURS tVyCHAPtTllB IV. 333

L'idée dn fort ane fois déterminée , j'obserterai que les hommes ne pouvant se communiquer leurs idées que par des mots , si la force de l'expression ne répond pas à celle de la pensée, quelque forte que soit cette pensée; elle paraîtra toujours faible , du moins à ceux qui ne sont point doués de cette vigueur d'esprit qui supplée à la faiblesse de l'expression.

Or, pour rendre fortement une pensée, il faut,' I®. l'exprimer d'une manière nette et précise ( toute idée rendue par une expression loucbe , est un objet aperçu à travers un brouillard; l'impression n'en est point assez distincte pour être forte). a°. Il faut que celte pensée, s'il est possible, soit revêtue d'une image, et que l'image soit exactement calquée sur la pensée.

En effet, si toutes nos idées sont un effet de nos sensations , c'est donc par les sens qu'il faut transmettre nos idées aux autres bommet; il faut donc, comme je l'ai dit dans le Chapitre de l'Imagination y parler aux yeux pour se faire entendre à l'esprit.

Pour nous frapper fortement, ce n'est pat même assez qu'une image soit juste et exacte-

334 I>£ I.*£SPBIT.

ment calquée sur une idée ; il faut encore ^'elle soit grande sans être gigantestjne (i) : telle est Fûnage employée par l'immortel auteur de V Esprit des Lois ^ lorsqu'il compare les despotes aux sauvages , fui 9 la hache à la mata, ahttait tarbre dont ils 'veulemt cueillir les fruits.

H îaxX de plus que cette grande image soit neuve y ou du moins présentée sous une &ce nouvelle. C'est la surprise excitée par sa Boo- Teautéy qui, £xant toute notre attention sui une idée , lai laisse le temps de faire sur 000s une plus forte impression.

On atteint enfin, en ce genre, au dernier degré de perfection., lorsque l'imagp sons U> quelle ou présente une idée est une image de mouvement. Ce tableau , toujours préliÉré aa tableau d'un objet immobile, excite en bous

(1) L'excessive grandbur d'une image U rend cpelquefois ridicule. Quaud le psalmiste dit que « les montagnes sautçnt comme des l)éliers, » cette grande image ne fait sur nous qoc peu d'effet, parce qu'il est peti dliommes dont l'imagination soit assez forte pour se fsirs nu taiyleau net.etiu£dcs montag^ies sawMntconiiDe des cAbvis. . • ..►.

pl«s de sensations , et nous fait en conséquence * uce impression plus vive. On est moins frappé, du calme que des tempêtes de l'air.

Cest donc à l'imagination qu'un auteur doit en partie la force de son expression ; c'est par, ce secours qu'il transmet dans l'âme de ses lecteurs tout le feu de ses pensées. Si les Anglais ,. à cet égard, s'attribuent une grande supériorité, sur nous, c'est moins à la force particulière; de leur langue qu'à la forme de leur gouverment qu'ils doivent cet avantage. On est toujours fort dans un état libre, où rbommerconçoit les plus hautes pensées , et peut lies exprimer aussi vivement qu'il les conçoit. Q n'en est pas ainsi des états monarchiques : dans ces pays ,, l'intérêt de certains corps, celui de quelques particuliers puissans, et plus souvent encore une fausse et petite politique , s'opposent aux élans du génie. Quiconque , dans ces gouvernemens , s'élève jusqu'aux grandes idées, «st souvent forcé de les taire,, ou du moins contrakit d'en éi^erver la force par le louche , l'énig^ matique et la faiblesse de l'expression.. Aussi le lord Chesterfield , dans une lettre adressée fi, Vabbé de Guasco , dît . en parlant de Tauteur

336 OX X.*ESPAIT.

de VEsprit des Lois : « C'est dommage (jw le « président de Montesquieu , retenu sans doute « par la crainte du ministère , n'ait pas ea le ■ courage de tout dire. On sent bien, en groc, « ce qu'il pense sur certains sujets ; mais it ne « s'exprime point assez nettement et assez for- « tement : on eût bien mieux su ce qu'il pea- « sait , s'il eut composé à Londres , et qu'il fût « né Anglais. •

Ce défaut de force dans l'expression n'est cependant point un défaut de génie dans la nation. Dans tous les genres , qui, futiles aux yeux des gens en place , sont avec dédain abandonnés au génie , je puis citer milîe preuves de cette yérité. Quelle force d'expression dans certaines oraisons de Bossuet et certaines scènes de Mabomet, tragédie qui peut-être , quelques critiques qu*on en fasse y est un des plus beaux ouvrages du célèbre Voltaire !

Je finis par un morceau de l'abbé Cartant» morceau plein de cette force' d'expression dont on ne croit pas notre langue susceptible. Il y découvre les causes de la s||>er8tition égyp* tienne.

« Gomment ce peuple n'eût^il pas été le

peuple le plus superstitieux ? TÉgypte , dit-il , était un pays d'enchantement ; Timagination y était perpétuellement battue par les grandes machines du merveilleux ; ce n'était partout que des perspectives d*effroi et d'admiration. Le prince était un objet d'étonnement et de terreur , semblable au foudre qui , recelé àaois la profondeur des nuages, semble y tonner ayec plus de grandeur et de majesté : c'était du fond de ses labyrinthes et de son palais que le monarque dictait ses yolontés. Les rois ne se montraient que dans l'appareil effrayant et formidable d'une puissance relevée en eux d'une origine céleste. La mort des rois était une apothéose ; la terre était affaissée sous le poids de leurs mausolées. Dieux paissans , l'Egypte était par eux couverte de superiies obélisques chargés d'inscriptions merveilleuses, et de pyramides énormes dont le sommet se perdait dans les airs : dieux bienfaisans , ils avaient creusé ces lacs qui rassuraient orgueilleusement l'Egypte contré les inattentions de la nature.

« Plus redoutables que le trône et ses mo- < narques , les temples et leurs pontifes en im*

338 DE lé^BiVMlT,

posaient encore plus à Flnuigination des É^ptiens. Daxtf ron de ces temples était le coliMte de Séi^apis. Nul mond n*osait en approdiei. Cétait à la durée de ce colosse qu'était attachée celle du monde : quiconque eut bzisé cf t^man eût replongé l'univers dans son pr^ mîer chaos. Nulles bornes k la crédulité; toot dans rÉgypte était énigme, merveille et mystère. Tous les temples rendaient des oracles; tous les antres vombsaîent d'horribles horlem«Eis; pfiurtout on voyût des trépieds tremhlansy des i^tbies en âtreur, des victimes, des prêtres, des magiciens qui, revètns da pouvoir des dieux ^ étaient chargés de leur vengeance.

■ Les pkâosophes antiés contre laisiqptfTstition 9 s'élevèrent ^cctatre «Ue : mais bicBi&t engagés dans lelabyrintho d.*nne mél^il^ysique trop abstraite , la dispute les y dt^vise d'opinion ; l'intérêt et le fanaliisme en profitent; ii ils £éobndent le chaos de lents 8y«U»fees dif* •r fiérens ; il eu sort les pompeux myslèt*es d'kisi « d'Osiris et d*Horus. Couverie alors des té* -ic-ttèbves mystérieuses et sublimes de 4a théo- « '^ogi« et de k religion , Timpotture Ait b«-

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