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Cs qui plaît dans tous les siècles eomme dans tous les pays, est ce qu'on app^e le beau. Mais y pour s'en former une idée pltu exacte et plus précise , peut-être faudrait-il , en chaque arr, et même en chaqtie partie d'un art, exa-
ao.
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miner ce qaî constitue !e beau. De cet examen, Ton. poiuT^it facilement déduire Tidée d'un beau commun à tous les aits et à toutes. les sciences, dont on formerait ensuite Tidce abstraite et générale du beau.
Dans ce mot Bel esprit ^ si le public unitTépitbéte de beau au mot esprit, il ne fant cepen* dant point: attacher à cette épitbète l'idée de ce Trsii beau dont on n'a point encore donné à définition nette. C'est à ceux c[ui composent
. Is^ Iç çenre d'agrément, qu'on donne particulièrc^meiit le nom. de bel esprit. Ce gem^ d'esprit est très-différent du genre instracti/- L'insCrootîoB' «st moins arbitraiveu D^irapo^ tantes découyertes en chimie, en physique, eo géométrie, également utiles à tontes les nadons, en sont également estimées. U n'en est pa$ ainsi du bel esprit : l'estime -conçue pour un ouvrage de ce genre. doÎL^e modifier difiPérem* ment chez les divers peuples , selon la diffé-
;]cçnce .de.|e^rs^ mœurs , de la forme de leur gpayerjfieDKBji^.y: e^ 4^. r4t^^ différent où sj trouTcat,!^ acts et.l^s, spj^cés, Chaque natioa l^tt$u:he donc au idé^-difSn^tes à c^mAid Hpri^i Majûs y comme il u'^nest aucune où foa
DISCOURS; IV, CHAVITRE YI. 3>^5
ne compose des poëmes, des romans, des tra* gédies, des panégyriques, des histoires (i), de ces ourrages enfin qui pceupent le lecteur sans le fatiguer , il n'est point aussi de nation où , du moins sous un autre nom , on ne connaisse ce qiie nous désignços par le mot bel esprit.
Quiconque en ces divers genres , n'atteint point chez nous au titre de génie , est compris y dans la classe des heaux esprits , lorsqu'il joioft la grâce et l'élégance de la diction à l'heureux choix des idées. Des^éaux disait, en parlant de l'élégant Racine : « Q^ n'esjt qu'un bel esprit «.4 qui j*ai appris à faire 4iS^çUement des vers. • Je n'a,dQpte certainemeiiit pas le jugement de Despréaux sur Racine : mais je crois pouvoir en conclure que c'est principalement dans la clarté , le coloris de Vej^pression , et l'art d'ex-
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(i) Je ne parlç point ée^Kie^ histoires écrite» dans le genre instmotif ^ t^lHt» que les Annales de Tacite, qui, pleines d'idées ^profoùdd» de jaiocale et de politique^ otme p«>fx«rint'étre lues •BasiSt quelques efforts d'àtMBtiiain ,' ne pmiteftt , par cette même xaisos^ être "aàssi généralemçm goûtées et senties.
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poser ses idées, que consiste le bel esprit, attquel on ne donne le nom de beau qoe parcequ'il plaît et doit réellement plaire le pins généralement.
En effet , si comme le remarque Vaugelas i il est plus de juges des mots que des îdéçs; et si les hommes sont f en général , moins sensililes i la justesse 'd*un raisonnement qu'à la beanté d'une expression (i) , c'est donc à l'art de bien dire que doit être spécialement attaché le titre de bel esprit.
D'après cette idée , on conclura peut-être que le i>el esprit n'est que l'art de dire élégamment des riens. Ma réponse à cette conclusion , c'est qu'un ouYrage vide de sens ne 6eraitqn*ane
(i) Je rapporterai à ce sujet jAi mot de Malherbe. Il était au lit de la mort : son confesseur , pour lui inspirer plus de fenreur et de résignation , liii décrirait les joies du paradis- U se serrait d'expressions basses et louches. La description faite : « £h bien ! dit-il an malade, « vous sentez-Tons.un grand désir de jouir de « ces plaisirs célestes ?...• Ah 1 Monaiear, vé- « pondit Malherbe , ne m'en parlez pas dayan- « tage , votre mauyais style m'en dégoûte. ■
DISCOUBf lY. CRAriTRB TI. 357 '
continoité de sons harmonieux qui n'obtiendrait aucune estime (i) , et qu'ainsi le public ne décore du titre de bel esprit que ceux dont les ouvrages sont pleins d'idées grandes , fines ou intéressantes. I) n'est aucune idée qui ne soit du ressort du bel esprit , si l'on excepte celles qui , supposant trop d'études préliminaires y ne peuvent être mises à la portée des gens du monde. Je ne prétends donner , dans cette réponse , aacune atteinte à la gloire des philosophes. Le genre philosophique suppose sans contredit plus de richesses , plus de méditations , plus d'idées profondes ^ et même un genre de vie particulier. Dans le monde , on apprend à bien exprimer ses idées , mais c'est dahs la retraite qu'on les acquiert. On y fait une infinité d'ohservations sur les choses , et l'on n'en fait dans le monde que sur la manière de les présenter. Les philosophes doivent donc • quant à la profondeur des idées , l'emporter sur les beaux esprits; mais on exige de ces derniers tant de
(i) Un homme ne serait plus maintenant cité comme homme d'esprit pour avoir fait un madrigal ou un sonntt.
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grâce et d'élégance , que les condhions nécessaires pour mériter le titre de philosophe onde lelesprit^ sont peut-étte également difficiles i
Remplir. - Il parait du moins qu'en ces deni genres les hommes illustres sont paiement raresjE)n effet, pour pouvoir à la. fois instraiif et TiIiEÛre^-queBe connaissance ne fant-il pas aroir, et de sa langue, et de Pesprit de son siècle! Que •de goût pour présenter toujours ses idée» sous un aspect agréable! Que d'étude , pour le» disposer de manière qu'elles fassent la plus vive «pression sur Pâme et Fesprit du kcteor! Qnc 'd'observations, pour distinguer les sitoatioas '^ui doivent être traitées avec quelque éteodae, à» celles qui , pour être senties , n'ont besoin -que d'être présentées ! JSt quel «r^ enfin, pour nair t<Mijo«irs la variété à l'ordre et à la daité; -et , comn^e dit ^ontenelle , « ponr exiter la cb-
• Tjlostté de l'esprit, ménager §a paresse et pré- ■ venir «on inconstance! •
• (7est , en ce genre , la di£Bcnlté de réoior , qsi ^ans dnnta ast en partie «aose ^dit- peu ds ca$ ^ue les beaux esprits fbnt communément des 9uyrage#.dflL piir raisonnement. Si rboomi^ borné n'aperçoit dans la pkilos<^ihie qu'on €■<«
(fénigiaies pàiénles et hx^^érienses ^' et s'il, liait dans les pi&iloso^es'la p^e \pi*'à isasc se dminn'^ pour lëa entendre, le bel espiit ne Imr'est gttèfc^ plus ferorable. H. bait pareillement dans lenn. ouvrages la sécheresse et l'aridité du genre lïus» tmctif. Trop occupé da èièn^écrlt^ et moiiiB:, sensible an sens ( i ) qu'à Felégance de la phrasé , il ne reconnaît poor bien pensé qné les idées hen« rensement ëxprinKées. La moindre obscurité ie choque. Il ignore qu^une idée profonde , snre^y quelque netteté qii?èlle soit rendue « sera totijours inintelligible pour le commun desleCteure y lorsqu^on ne pouira la réduire à des propositions extrêmement simples; et qu'il en est de ces idées jirtjf ondes y coblme de ees eaux pures etdaires^rnûùs dont la prâfondeiir tendit ^on») jours la limpidité.' . ':•'•:.• >■ '
(i) Rien de" phis : triste p6ur quk;6ii<}tle i^' s'exprime pa& heureusement que d'être jugé par > des beaux on des demi-^prits. On ne tiçnt point, compte de sçs .idées; on le juge, sur les, ipots. Quelque supérieur qu*il soit réellement à ceux «pli le traitent d'imbécille, ils ne réfotmeroht' point leur }ugemènt ; il ne pdiâefft jamais pt^s •
36o i)x l'ssfait.
D'ailleurs , parmi ces beaux esprits , il eb est (jui y secrets ennemis de la philosophie, accréditent contre elle l'opinion de l'homme boroê. Dupes d'une Tanité petite et ridicule, ils adoptent à cet égard Terreur populaire : et , sans estime pour la justesse , la force, la profondeur e.tla nouveauté des pensées, ib semblent oaUicr que Fart de bien dire , suppose nécessairemcot qu on a quelque chose à dire ; et qu'enfin Técrivain élégant est comparable au joaillier , dont rhabileté devient inutile , s'il n^a des diamanâ à monter.
Les savans et les philosophes , an contraire, livrés tout entiers à la recherche des faits ou des idées, ignorent souvent les beautés et les difficultés de l'art cFécrire. Il font, en conséquence, peu de cas du bel esprit : et leur mépris injuste pour ce genre d'esprit est principalement fondé sur tme grande insensibilité pour Tespèce d'idée qui entrent dans la composition des oavragf> de bel esprit. Ils sont presque tous pins ou moins semblables à ce géomètre , devant qui Ton faisait un grand éloge de la tragédie d^Iphigénie. Cet éloge pique sa curiosité ; il la demande , on U lui prêts, il en Ut quelques ic^n«i| et la remi
DISCOURS IVy CHAPITRE YI 36 C
ea disant : « Pour moi , je ne sais ce qu'on « trouTe de si beau dans cet ouvrage ; il ne 1 prouve rien- »
Le savant ahbé Longuerne était à peu près dans le cas de ce géomètre : la poésie n'avait point de charmes pour lui ; il méprisait paiement la grandeur de Corneille et Télégance de Racine; il avail, disait-il , banni tous les poètes àe sa bibliothèque (i).
Pour sentir également le mérite et des idées et de l'expi^sslun , il faut , comme les Platon , les Montaigne , les Bacon , les Montesquieu , et quelques-uns de nos philosophes qiie leur modestie ra'emp^che de nonuner , unk Tart d'écrire à l'art de bien penser; union rare , et qu'on ne rencontre que dans les hommes d^un grand génie.
** I 1^— ^— ^1 .1111^ i I ■ I II » ■
(i) « Ily a , disait ce même abbé de Longuerue, ' deux ouvrages sur Homère qui valent mieux
• qu'Homère lui-même : le premier , c'est An- « tiquitaie^ Homericee ; le second, c'est Homeri ' Gnomologia per Duportum, Quiconque a lu «'ces deux livres a lu tout ce qu'il y a de bon
• dans Homère , et n'a point essuyé TenRui de « ses contes à dormir dd>out. »