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Après ayoir marqué les causes du mépris re»' pectif qu'ont les uns pour les autres qndqacs sayans et quelques beaux esprits y je dois îb^q«er les causes du mépris où le bel esprit tombe et doit journellement tomber , plutôt que tout antre genre d^esprit.
Le goût de notre siède pour la phflosopliie la remplit de dissertateurs , qui , lourds , communs, fatigans, sont cependant pleins d'admis ration pour la .profondeur de leurs jogemens. Parmi ces dissertateurs , il en est qui s*expnment très-mal ; ils le soupçonnent ; ils savent que chacun est juge de l'élégance et de la daxté de l'expression , et qu'à cet égard il est impossible de duper le public : ils sont dont forcés t pQur l'intérêt de leur vanité , de renoncer au titre de bel esprit , pour prendre celui de bon esprit. Comment ne donneraient-ils pas la préférence à ce dernier titre ? Ib ont ouî-dire que le bon esprit s'exprime quelquefois d'une manière obscure : ils sentent donc qu'en bornant leurs prétentions au titre de bon esprit, ils poomnt toujours rejeter l'ineptie de leurs raisonnement sur l'obscurité de leurs expressions , que c'est Fupique et sûr moyen d'échapper à la conyictios
des sottises : aussi le saisissent-ils avidement , en se cacliant , autant qu*ils le peuvent , à euxmêmes , que le défaut de bel esprit est le seul droit qu'ils aient au bon esprit y et qu'écrire mal n'est pas une preuve qu'on pense bien.
Le jugement de pareils hommes , quelque riches ou puissans (i) qu'ils soient souvent , ne ferait cependant aucune impression sur le public , s'il n'était soutenu de Tautorité de certains philosophes , qui , jaloux comme les beaux esprits d'une estime exclusive , ne sentent pas que chaque genre différent a ses admirateurs particuliers ; qu'on trouve partout plus de lauriers que de têtes à couronner ; qu'il n'est point de nation qui n'ait en sa disposition un fond d'estime suffisant pour satisfaire à toutes les pré-
(i) En général , ceux qui ont cultivé sans ^Qccès les arts et les sciences , deviennent , s'ils sont élevés aux premiers postes , les plus cruels ennemis des gens de lettres. Pour les décrier , ils se mettent à la tête des sots ; ils voudraient anéantir le genre d'esprit où ils n'ont pas réussi. On peut dire que, dans les lettres comme dans la religion , les apostats sont les plus grands persécuteurs.