‹ De l'espritChapitre 44 sur 58 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DS ï.'es1>&it iuste(i).

ifovK porter, aot les iiiées et les opinioDjs différentes des faomines, des jugemeoa toujoui^ justes , il &iuk>ait être exempt de toutes leèi passions qui corrompent notre jugement; il faudrait avoir habituellement présentes à la mé^ Bioire les idées dont la connaissance nous donnerait celle dé toutes les vérités homaîiies : pour cet effet, il faudrait tout savoir. Personne ne sait tout : on n'a donc Tesprit juste qu*à certains égards.

Dans le genre dramatique , par exe«i|de , Tnn est bon juge de rfaarmoiiie des vers, de la «propriété , dé la force de l'expression , et enfin

(i) Dans un sens étendu, Fesprit juste serait Tesprit universel. Il ne s'agit point de cette sorte ^esprit dans ce Chapitre : je prends ici ce mot dans l'acception la plus commune.

38s Dfi l'bsfait.

de toutes les beautés de style ; mais il est man- Tais juge de la justesse du plan. L*autre, aa contraire, est coimaisseur en cette dernière partie ; mais il n'est frappé ni de cette justesse, rû de cet à -propos , ni de cette force de sentiment d'où, dépend la yérité ou la fausseté des caractères tragiques , et le premier mérite des pièces. Je dis le premier mérite, parce que Vutilité réelle , et par conséquent la principale beauté de ce genre , consiste à peindre fidèlement les effets que produisent sur nous les passions fortes.

On n'a donc proprement de justesse d'esprit que dans les genres sur. lesquels on a plus on moins médité.

On ni! peut donc, sans confondre le géaic et l'esprit étendu et profond avec l'esprit juste, s'ompécher d'avoué que cette dernière sorte d'esprit n'est plus qu'un esprit faux , lorsqu'il s'agit de ces propositions compliquées on I2 Térîté est 1^ résultat d'un grand nombre de combinaisons ; où, pour bien voir , il faut voir beaucoup ; et où la justesse de l'esprit dépend de son étendue : aussi n'entepd-on communément par esprit juste , que la sorte d'esprit

propre à tirer des conséquences justes et quelquefois neuves des opinions vraies ou fausses qu'on lui présente.

Gonséquemment à cette définition , Tesprit juste contribue peu à Tavancement de Tesprit humain ; cependant il mérite quelque estime. Celui qui, partant des principes ou des opinions admises, en tire des conséquences toujours justes et quelquefois neuves, est un homme rare parmi le commun des hommes. U est même, en général ^ plus estimé des gens médiocres , que ne le sera l'esprit supérieur , qui, rappelant trop souvent les hommes à l'examen des principes reçus, et les transportant dans des régions inconnues , doit à la fois fatiguer leur paresse et Blesser leur orgueil.

Au reste, quelque jjistes que soient les conséquences qu'on tire , ou d'un sentiment , ou d'un principe, je dis que, loin d'obtenir le nom d'esprit juste, on ne sera jamais 'cité que comme un fou , si ce sentiment ou ce principe parait ou ridicule ou fou. Un Indien vaporeux s'était imaginé que , s'il pissait , il submergerait tout le Bisnagar. En conséquence, ce vertueux citoyen , préférai^ le salut de sa patiûe au sien

384 DK i.'espait.

propre, retenait toujours son urine; il éuit prêt à périr , lorscju'un Buédemn , liomme d'esprit , entre tout effirayé dans sa* chambre : ■ Narsin^^ue (i) , loi dit-il, est en ilpii; ce n*est « bientôt qu'uA Bionceau de cendses : liâtez- « vous de lâcher votre urine. » A ces dou , le bon Indien pisse , raisonne juste , et pssfc poor fou.

Un autre homme , sans doute atta^é des mêmes yapeurs, comparait un jour le petit nombre des élus an nomlxe prodigieux âthtat mes que le péché précipite joarneUement àua Feafer. « Si Tambition, rayarice, la loxure, te « disait II à lui*mâme, nous portent à taat^f « crimes, que n^en oommet-OB du moias qoi « soient utiles aux hommes ? Pourquoi se pv « donner Ja mort aux engins avant Tâge do • péché ? Par ce crime , je peuplerais le del de n bienheureux : j'offenserais sans dovfe l'Étcrn nel , je m'exposerais à tomber dans l'afaiD^ « ide l'oifer; mais enfin jesauyenais des honuoes. « je serais te CUrtius qui se jette dans le goofipf « pour le «àlut de Rome. » L'assassinât de

( T ) Ca p itale duBisnaga n

quelques enfims fut la conséquence juste qu il tira de ce raisonnement (i).

(i) U amya , dit-on , il y a quelques années , en Prusse , un fait à peu près pareil. Deux hommes fort pieux TÎyaient dans l'amitié la plus intime : l'un d'eux fait ses dévotions, rencontre son ami au sortir de l'église; il lui dit :

■ Je crois, autant qu'un chrétien peut le croire, « être ep état de gr Ace. -— * Quoi 1 lui répond son « ami, dans cet état yons ne craindriez donc « pas la mort ? — « Je' ne pense pas , reprend-il , " pouvoir être en meilkïure di^osition », Ce mot échappé, son ami le frappe, le tue , et ce meurtre lui parait la oonséqtience juste dn sentiment d'une Ibî vive et d^ne amldé sincère.

Les esprits justes pouvaient regarder l'usage où l'on était autrefois de décider de la justice on de l'injustice d'ime cause par la voie des armes, cbnune im usage très-hien établi. H lem' paraissait :1a oonséquence juste de ces ^ux propositions : Rien narrwe que par l'ordre ^ lyku^ et Dieu ne peut pas permettre Vinjustiee.

* S'il s'élevait une dispute sur la propriété « d'un fonds , sur l'état d'une personne , si le

* droit n'était pas bien clair de part et d'autre ,

* on prenait des champions pour l'éclaircir. ' L'empereur Othoon , vers l'an 968 , ayant oon-

■ suite les docteurs pour savoir si en ligne di-

Page 1