‹ De l'espritChapitre 45 sur 58 · DB I.*S8PAIT · texte numérisé non relu

DB I.*S8PAIT

Si de pareils hommes sont génénlenent R* gardés comme iofos , ce n*est pas miiqaaMsK

■ recte la représentation derait aToir lien, « comme ils étaient de différens avis, on non- « ma deux hraTes pour décider ce poiiit de

■ droit : FaTantage étant demeuré à celui qni « soutenait la représentation, Tempereor or> « donna qu'elle eut lien à l'ayenir. > Mémoins de l'Académie des Inscriptions ei BelUs'Jjettns^ tome XV.

Je poornus citer encore ici^ dPaprès les Mémoires de l'Académie des Inscriptions , beuconp d'autres exemples des différentes épreaTcs, nommées , dans ces temps d'ignorance, jug^ mens de Dieu, Je me burue donc à TépictiTe par Feau froide, qui se pratiquait ainsi : « i^irès « quelques oraisons prononcées sur le patieot, « on lui liait la main droite arec le pied gaoche, « et la main gauche ayec le pied droit, et dus « cet état on le jetait à l'eau : s'il surnageait, « on le traitait en criminel; s'il enfon^, il « était déclaré innocent. Sur ce pied-là , il de* « Tait se trouver peu de coupables , parce qu'an « homme, ne pouvant faire aucun mouTemeot} « et son volume étant supérieur à un égal to* « lume d'eau , il doit nécessfûremeiil enfoncer. « On n'ignorait pas sans doute un principe de « statique aussi simple , d'une expérience û

DISCOURS lY, GHIPITRB TIIZ. BSj

parce qu'ils appuient leur raisonnement sur des principes feux, mais sur des principes réputés tels. £n effet, le théologien chinois, qui prouTe les neuf incarnations de Wisthnou , et le musulman qui, d'après FAlcoran, soutient que la terre est portée sur les cornes d'un taureau , se fondent certainement sur des principes aussi ridicules que ceux de mon Indien ; cependant l'un et l'autre seront , chacun en leur pays , cités comme des gens sensés. Pourquoi le seront-ils ? c'est qu'ils soutiennent des opinions qui sont généralement reçues. En fait de vérités religieuses , la raison est sans force contre deux grands missionnaires , l'exemple et la crainte. D'ailleurs , en tout pays , les préjugés des grands sont la loi des petits. Ce Chinois et ce musulman passeront donc pour sages , uniquement parce qu'ils sont fous de lafoUe commune. Ce que je dis de la folie , je l'applique à la Uxiat : celui-là seul est cité comme béte , qui n'est pas b^te de la bêtise commune.

« commune; mais la simplicité de ces temps-

■ là attendait toujours un miracle , qu'ils ne « croyaient pas que le ciel pût leur refuser

■ pour leur faire connaître la vérité. » Ihid,

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CertaJut TÎUageois , dit-on , bâtissent un pont ; ils 'y gravent cette inscription : ui pai»HT pou ssT pAit ici. D*aatr« , voulant retirer on homme d*un puits dans, lequel U élak tsnbé , kii passent au oou w^ nœud coulant , et le mirent étranglé. Si les bêtises de cette espèce doivent toujours exciter le rire , comment » diitt-on , écouter sérieusement les do|;mes des bonzes , des bracbmanes et des talapoins? J^gmes aussi absurdes que Tinscription dupoDt Comment peut-on , sans rire, voir les rois f kt peuples, ks ministres, et même les grands hommes , se prosterner quelquefois aux piedi des idoles, et montrer , pour des fables ridicules i la vénération la plus profonde? Comment, eo pareourant les yoyages , n*est-on pas étonné d'y voir Texistence des sorciers et des magiciens aussi généralement connue que VM' tenoe de Dieu, et passer , chez la pliq>art des nations , pour aussi démontrée ? Par qocUe raison enfin des absurdités diiFéventes, nsi» également ridicules , ne feraient-elles pas sv nous la mémerimpressiçin ? Cest qu'on se moqae volontiers d'une bêtise dont on se croit enen^it; c*est qu'e personne ne répète , d'après le tilb*

geoiSf le présent pont est fait ici; et qu'il n'en est pas ainsi lorsqu'il s'agit d'une pieuse absurdité. Peisonne ne se croyant tout-à-fait à Fabri de rignorance qui l'a produit , on craint de rire de soi sous le noni^d'autrui.

Ce n'est donc point , en général , à l'absurdité d'un raisonnement , mais à l'absurdité d'une certaine espèce de raisonnement , qu'on donne le nom de hétise. On ne peut donc en* tendre par ce mot , qu'une ignorance peu commune. Aussi donne-t-oB quelquefois le nom de iféte k ceux mêmes auxquels on accorde un grand génie. La science des choses communes est la science des gens médiocres ; ^% quelqtiefois l'homme de génie est à cet égard ^*iine ignorance giossi^e. Ardent à s'élancer jusqu'aux premiers principes de l'art ou de la science qu'il cultive , et content d'y saisir quelque-unes . de ces vérités neuves, premières et générales , d'où découle une infinité de vérités secondaires , il i^églige toute autre ^ espèce de connaissance. Sort-il du sentier lumineux que lui trace. le çénie ? il tombe dans mille erreurs , et Nevf ton commente V Apùcalfpse.

Le génie éclaire quelques-uns des arpens de

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luette xmit îmmeDse qai environne tes esprits médiocres ; mais il n*éclaire pas tout Je comr pare Thomme de génie k la colonne qni marchait derant les Hébreux , et qui tantôt était obscure , et tantôt lumineuse; Le grand bomme , toujours supérieur en un genxe, manque nécessairement d'esprit en beaucoup d'autres , à moins qu'on entende ici par esprit l'aptitude à s'instruire, que peut-être on peut regarder comme une connaissance commencée. Le grand bomme, par lliabitude de l'aj^plication , la méthode d'étudier , et la distinction qu'il est à portée de faire entre une demi-connaissance et une connaissance entière, a certainement , à cet égard , un grand avantage sur le commun des bomines. Ces derniers n'ayant point contacté rbabitudè de la méditation , et n'ayant rien su profohdémënt , se croient toujours assez instruits, lorsqu'ils ont une connaissance superficie&e des cboses. L'ignorance et la sottise se persuadent aisément qu'elles savent tout : l'une et l'autre sont toujours orgueilleuses. Le grand homme seul peut être modeste.

Si je rétrécis l'empire du génie , et montre les bornes dans lesquelles la nature le fbfcc i

DISCOUaS IT, CHAPITRE TIII. SqT

se renfermer , c'est poar faire plus éTidemment sentir ^e Tesprit juste , déjà fort ii^érienr au génie , ne peut , comme on Fimagine , porter des jugemens toujours Trais sur les diTers objets du raisonnement. Un tel esprit est impossible. Le propre de l'esprit juste est de tirer "des conséquences exactes des opinions reçues : or, ces opinions sont fausses pour la plupart , et l'esprit juste ne remonte jamais jusqu'à l'examen de ces opinions : l'esprit juste n'est donc le plus souvent que l'art de raisonner méthodiquement faux. Peut-être cette sorte d'esprit suffit pour faire un bon ]uge; mais jamais elle ne fait un grand homme. Quiconque en est doué , n'excelle ordinairement en aucun genre , et ne se rend recommandable par aucun talent. Il obtient , dira-t-on , souvent l'estiùie des gens médiocres. J'en conviens : mais leur estime , en lui faisant concevoir une trop haute idée de lui-même, devient pour lui une source d'erreurs; erreurs auxquelles il est impossible de l'arracher. Car enfin , si le miroir ^ de tons les conseillers le conseiller le plus poli et le plus discret , n'apprend à personne à quel poîht il est difforme , qui pourrait désabuser un homme

de la trop iiaute opinion qu'il a conçue de Iniméme , «urtoat lorsque cette opinion est appuyée de l'estîme de la plupart de ceux qui Fenvironnent ? C'est être encore assez modeste que de ne s'estimer que d'après Féloge d'autrai. De là c^ienâant cette confiance de l'esprit juste en ses propres lumières , et ce mépris pour les grands hommes , qu'il regarde sonyent comme des visionnaires , comme des esprits systânatiques et de mauyaises têtes (i). O esprits justes! leur dirait-on , lorsque vous traitez de mauyaises tètes ces grands hommes , qui du moâtf sont si supérieurs dans le* genre où le public les admire ; quelle opinion pensez-vous que le public puisse avoir de vous , dont l'esprit ne s'étend pas au-delà de quelques petites consé* quences tirées d'un principe vrai ou faux, et dont la découverte est peu importante? Toujours en extase devant votre petit mérite, vous n'êtes pas 9 direz-vous, sujets aux erreurs des hommes céièhres. Oui, sans doute , p^rce qu'il

(i) Dire d'un homme qu'il a une mauvaise tête , c'est, le plus sowtent ,4iire , sans le saToir, qu'il a plus d'esprit que nous.

DISCOURS IV, CHàPITRS VIIT. SgS

faut ou courir, ou du moî;|s marcher pour tomber. Lorsque tous yaiitez entre vous la jus-r tesse de votre esprit y il me semble enteodre des culs-de-jatte se glorifier de ne ppint faire de faux pas. Votre conduite, ajoaterez-TOus,.est souvent plus sage que celle des hommes de génie. Oui , parce que vous n'ayez pas en tous ce principe de yie et de passions qui produit également les grands vices , les grandes vertus et les grands talens. Mais en étes-vous plus recommandables ? Qu'importe au public la bonne ou mau- Taise conduite d'un particulier ? Un homme de génie, eût-il des vices , est encore plus estimable que vous. En effet , on sert sa patrie , ou par l'innocence de ses moeurs et les exemples de vertu qu'on y donne , ou par les lumières ^'on y répand. De ces deux manières de servir sa patrie , la dernière , qui sans contredit appartient plus directement au^énie , est en même temps ceUe qui procure le plus d'avantages au public. Les exemples de vertu que donne un particulier ne sont guère utiles qu'au petit nombre de ceux qui composent sa société : au contraire , les lumières nouvelles , que ce même particulier répandra sur les arts et les sciences ,

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•ont des bienfaits pour Panirers. Il est donc certain qpe Thomme de génie , fiit-îl d'nne probité peu exacte , aura toujours plus de droits que TOUS à la reconnaissance publique.

Les déclamations des esprits justes contre les gens de génie doivent sans doute en imposer quelque temps à la multitude r rien de pins facile à tromper. Si TËspagnoI , à Faspect des lunettes que portent toujours sur le nez qoel* ques-uns de ses docteurs , se persuade que ces docteurs ont perdu leurs yeux à la lecture, et qu'ils sont très-sayans ; si Fon prend tous les jours la Tiyacité du geste pour celle de fesprit» et la tacitumité pour profbndeur , il feut bien qu'on prenne aussi la gravité ordinaire anx esprits justes pour un effet de leur sagesse. Mais le prestige se détruit , et l'on se rappelle bientôt que la gravité, comme le dit mademoiselle Scadéry , n'est qu'Un secret du corps pour cacher les défauts de l'esprit (i). Il n'y a donc proprement que ces esprits justes qui soient long-temps dupes de la gravité qu'ils afï^ctent. An reste,

(i) L'âne, dît à ce sujet Montaigne y est le plus sérieux des animaux.

DISCOURS IT9 cBÀPiraB IX. 3^5

^a'ils se croient sages, parce qu'ils som sérieux ;• qu'inspirés par l'orgueil et l'envie lorsqu'ils décrient le génie , ils croient l'être par la. justice; personne, à cet égard > n'échappe à l'erreur. Ces méprises de sentiment sont , en tous genres , si générales et si fréquentes , que je crois répondre au désir de mon lecteur , en consacrant à cet examen quelques pages de cet ouvrage.

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