‹ De l'espritChapitre 51 sur 58 · DISC0T71LS IT, CRAPXTRS XIII · texte numérisé non relu

DISC0T71LS IT, CRAPXTRS XIII

hautaine d*a» homme en place , s*est attiré de ce* propos bnuques qui déshonorent celui qui le» prononce, et le forcent à détenir le protecteur de l'offensé; eelui-là, dis-je, a porté de Tin-* vention et ds Feeprît dans $a conduite, tl en «at de même du premier qui s'est aperçu qu'il pouTttt , dans la maison des gens en place , se eréer la duurge de plastron des plcdsanteries , €fef vendre aux grands , k tel prix , le droit de le mépriser et de s'en moquer.

Quiconque se sert ainsi de la vanité d'antrui pour anriver à ses finS| est doué de l'esprit de condiiifie. L'homme adroit en ce genre marche constamment è son intérêt, mais toujours sous Taliri de l'intérêt d'autruL U est très-hahile,8*ii prend, pour arriver au but qu'il se propose , unercnite qui wmble l'en écarter. Ceatle moyen d'endormir la jalousie de ses rivaux , qui ne se réveillent qu'an moment qu'ils ne peuvent mettre ohitacle à ses projets. Que de gens d'esprit, en c^Auéquence, ont joué la folie, se sont donné des ridicules, ont affecté la plus grande médiocrité devant des anpérienrs , hélss^ trop faciles à tromper par les gens vils dont le caractère se prête k cette bassesse! Que d'hommes oepen-

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dant sont , en conséquence , parvenus à U plu haute fortune y et deraient réellement j par' Tenir I En efFet , tous ceux que n*anîme pomt un amour extrême pour la gloire ne peurait , en fait de mérite , jamais aimer que leurs inférieurs. Ce. goût prend sa source dans unevinité commune à tous les hommes. ChaconTcnt être loué : or , de toutes les louanges , la plus flatteuse sans contredit est celle qui nous pronve le plus évidemment notre excellence. QoeQe reconnaissance ne doit-on pas à ceux qui noo^ découvrent des dé£aiuts qui, sans nous étrenvi' sibles , nous assurent.de notre supériorité! Ik toutes les flatteries , cette flatterie est la plu adroite. A la cour même d'Alexandre, il était dangereux de paraître trop grand homme.

« Mon fils , fais-toi petit devant Alexandre , m disait Parménion à Philolas ; ménage - loi « quelquefois le plaisir de le reprendre; et s(W- « viens-toi que c'est à ton infériorité apparente « que tu devras son amitié. » Que d'Alexandre en ce monde portent tme haine secrète aux talens supérieurs ( i ) ! L'homme médiocre est

(i) Tout le monde sait ce trait d'un coarti*

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rhomiçe aimé. « Monsieur» disait un père à. son « iils, TOUS réussissez dans le monde , et vous « vous croyez un grand mérite. Pour humilier « votre orgueil, sachez à quelles (qualités vous «. deyez ces succès :.yous êtes né sans yices , . « s^tns yertus ^ sans caractère ; tos- lumières .« sont courtes , votre esprit est Borné ; que de « droits ô mon ^,yous avez à la bienveillance «des lio;aim^! » •

• Au reste 9 quelque avantage que procure la médiocrité et quelque accès qu'elle ouvre à la fortune , Te^prit , comme je l'ai dit plus haut , a quelquefois. part à notre élévation. Poiu'qaoi dpnQ le ^public, n'a -.t^il aucune estime pour cette sorte d'esprit? C'est, répondrai-je , parce qu'il ignore le .détail des jnanœuvres dont se sert

San d'Emmanuel iie Portugal". Il est chargé de fail^ tine dépêche : le prince en compose une sur. le même sujçt, compare les dépêches , tfo^ij^ve celle du courtisan .la meilleure; il le lui dit. Le courtisan ne, lui répond que par une profonde révérence , et court prendre congé du . meilleur de ses amis : « Il n'y a plus rien à

« faire pour moi à la cour, lui dit-il; le roi sait

ft que l'ai plu^ d'esprit que lui, ».

4,44 ^^ i.'bspbit.

rintrigaat , et i^e peut presque jamau itYoïr si «on élévaUoii est TeiTet , ou die ce qu'on appelle l'esprit dç «oAdaile» ou da hasard. D'ailleun 1« nombre fies idéef néeessaire^ pour faire for- .tuue n*est point immense. Maia,diFa-t-oii,poiir duper les hoo^me& quelle coanatasaneeiiefiutil pas eu avoir FL'iutrigaat, répoudrai-je , cash aait parÊutement l'homme dont II a besoin f mais ne coiinait . point les IxMiHnes. Entre |*hpmme d'intrigue etie.phildsophefOn troavet à cet égard , la même -difFécence qu'eatre le cpurrier et li géographe. Le premier «ait peut- •étxfi, mïmix. ique Banville , lesantif p le plus ceoH pour gagner Versailles; malis il ne- ^otuMÎl cer* taivemeat paf - la uirhce du globe pommé ce l^graphe. Qu'un intrigant habile ait à parler en public » qu*ou le tran&porXe dans une asscibjéç de .peuple, il y serj^ aussi g^ucîhe» aosû déplacé, aussi silencieux, que le. serait atvipt^ d^ grands le génie supé^ieiir qui, jaloux dt connaître l'homme de tous les siècles et de ton» le&pays, dédaigne la connaissance d'un certain liomme en particulier.. L'intrigapt ne cpna^ut lloiio point Je* hommfA; e^ CPlte.jrpmijiiiWMiCf lui serait iuiuile. Son plijet rVjI poiju (Vplaii<

DISCOURS IV, CBAtlTRX XIII. 44$

tM pmkîlic, mais à quelques gens ptiissans, qt ftonrent iiornés ; tro^ d -esprit nuirait à ce dessein. Pûur plaire anx gens médiocres , il faut en §éûénà se f^ter aux erreurs communes , se cenibrmer aux usages , et resseralyier à tont le nijonde. LJesprït élevé ne peut s'abaisser jusque* là. ^ aime mieux être la digue qui s'oppose au toivent , dût-il en être tenversé , que le rameau léger qui flotte au gré des eaux. D ailleurs , niQmifa^^claiKé, avec iquelque adresse qu'il sf ^masque^y ne ressemble jamais -si exactement à on sot:, qu'un sot se ressemble à lui'-méme. On est bien plus sur de soi., lovsquNin. prends que lomsquloa fant de prendre des >erreul«t^our des yérûtés. f '

Le smmlire d'idées que suppose •l^esprit' d^ coniduile, n'a done qiie peu d'éleiidue : mais , en exigeftt^il datrantage , je dis que le pi^iic n'aéradt encore, aucune soi^te d'estime pouf cçtte sorte d'esprit. Uintrigaut le fait le 'centre de la nature; c'est à soit intér^ seul* qu^il rapporte tout ; il ne f;iit rien pour If public : s'il parvient aux grandes plaees, 1^ y jouit de la considértttifl^ -toujours attachée au pouvoir , et «nirrout à la crsintp qu'H ifwpire; maïs ilnf»pf»n^

jamais atteindre à la réputation, fjfi'oB ddt regarder comme un don de la reconnaissance générale. J'ajouterai même que Tesprit qui le fait paryenir «emble tout à coup l'abandonner lorsqu'il est parrenu. Il ne s'élëre aux grandes places que pour s'y déshonorer, parce qa'en effet l'esprit d'intrigue, nécessaire pour y par- Tenir, n'a rien de commun avec l'esprit d'étendue 9 de force et de profondeur nécessaire pour les remplir dignement. D'ailleurs , Fesprit de conduite ne s'allie qu'avec une certaine Imssesse de caractère qui rend encore l'intxigast méprisable aux yeux du public.

Ce n'est pas qu'on ne puisse , à beaucoup d'intrigue , unir beaucoup d'élévation d'âme Qu'à l'exemple de Cromwdl, un homom^enille monter au trône ? la puissance , l'éclat de b couronne , et les plaisirs attachés à l'empire , cuvent sans doute à ses yeux, ennoblir k bassesse de ses menées , puisqu'ils effacent déjà l'horreur de ses crimes ,aux yeux de la postérité qui le place au rang, des grands hommes ; mais • que , par une ioifinit^ d'intrigues , un bomn^e cherche à s'élever à ces fietÎM postes qyi ne peuvent jamais lui mériter , s'il est cité

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^ans l'histoire , que le nom de coquin ou de friponneau , je dis qu'un pareil homme se rend méprisable , non-seulement aux yeux des gens bonnétes , mais encore à ceux des gens éclairés. II faut être un petit homme pour désirer de petites choses. Quiconque se trouve au-dessus des besoi|is sans être , par son état , porté aux premiers postes , ne peut avoir d'autre besoin que celui de la- gloire , et n'a d'autre parti à prendre , s'il est homme d'esprit , que de se montrer toujours vertueux.

L'intrigant doit donc renoncer à l'estime publique» Mais, dira-t-on, il en est bien dédommagé par le bonheur attaché à la :grande ibiv tune. On se trompe , répondrai-je , si on- le croit heureux. Le bonheur n'est point l'apanage- des grandes places ; il dépend uniquement de l'accord heureux de notre caractère avec l'état et les circonstances, dans lesquelles la foiv tune nous ■ place. U en est des hommes comme des nations;, les plus heureuses ne sont pas toujours celles qui jouent le plus grand r61e dans l'univers. Quelle nation plus fortunée que la nation Suisse ! A l'exemple de ce peuple sage ^ 'hentenx ne bouleverse peint le monde par ses

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iotri^es » content de lui , il s'occupa peu 6m piitres; il ne se trouve poini sur la route df TaiBbitieiiX ; Tétude remplit «me partie de ^ joiuiiée^ ; il vit pe« eoimu , et c'est l'obsciirité 4e M>n bouJbe«r qm feule en fait la sûreté. B n'en est pas ainsi de l'intrigan^ ; on lui vend <^r les titres demt on le décore. Que nVxi^ pomt a» protecteur.? Le sacri^ce perpétud4< Ja volonté des petits es^ le seul hommage qui le flatte. Semblable à âatnme , à J^olocb y s Tentâtes, s'il l'osait.^ il ae 'voi^raîtétre honoré que par des sa«nfices hnmainft. La peine qu'endure le protégé ; est i un spectacle agréable au •protecteur ; ce. spectacle TaveiCit do sa pois- 'fiônoe ; il en oou^oifeune pUis haute idée de loimême. Aussi n'esttce qufà des attitudes gênantes i|ue ia plupart des witiima ont attaché le signe du respect. Quiconque veut , par V'm^ •Crigue , s'ouvrir le chemin de la fortune , doit donc se dévouer aux humiiiatioM. Tonjoim inquiet , ii ne pent d'abord apercçvMr le bon* Iseor que dans ki perapécturo d'un avanir ia* certain; et c'est de l'espérance, ce rêve tomo^ Jeteur des hommes éveillés et mi^lheiiraiXt qu'il peut attendre sa félicité. Lorsf u'il.est pai'*

DISCOURS ty, CH4PITRS XIII. 44^

Tenu , il a donc essuyé mille dégoûts C'est pour l'en yenger , cp'ordinaîrement dur et cruel envers les malfaeurenx , il leur refuse son afisistance, leur laît un tort de leur misère , la leur reproche, et croit , par 'ce reproche , faire regarder son -inhumanité comme une justice, et sa fortune comme un mérite. Il ne jouit point , à la vérité , du plaisir de persuader. Comment «'assurer qae la fortune d'un homme est l'effet de cette espèce d'esprit que l'on nomme esprit de conduite , surtout dans ces pays enlièremeiit despotiques , où , du plus y'à esclave , on fait un -visîr ; où ies fortunes dj^ pendent de la volonté du prince et d'un ca*prioe momentané dont lui-onème n'aperçok pas toujours la cause? Les moti& qui , dans ces cas, déterminent les sultans' , sont presque toujours cachés : les historiens ue rapportent que les motifs apparens ; ils ignorent les véritables ; et c'est à cet égard qu'on peut , d'après Fontenelle , assurer que V histoire n'est qu'une fable convenue.

Dans une comparaison de César et de Pompée , si Balsoc dit, en parlant de leur fortune ,

L'un en est l'ouTrier, et Tautre en eit bourrage; ^

45o Ds l'xspbxt.

il faut avotier qa'il est pea de Cësar ; et qnci dans les gouyememeiis arbitraires , le basait est presque runiqae dieu de la fortune. T(rB y dépend da moment et des circonstanees daof lesquelles on se trouve placé ; et c'est pcst* être ce qui , dans l'Orient , a le plus accrédite le dogme de la fatalité. Selon les musulmass , la destinée tient tout sons son empire ; elle met les rois sur le trône , les enchâsse , remp&t leur r^;ne d'événemens heureux on malhemvnx, et fait la félicité on Finfortunede tons les mor* tels. Selon eux , la sagesse et la folie , les tîc0 et les vertus d'un honime ne changent rien an décrets gravés sur les tables de lumière(i). Ctsx pour prouver ce dogme , et montrer qo'eD conséquence le plus criminel n'est pas toujours le plus malheureux , et qne l'un marche au supplice par la route qui mène l'autre i b

([) Les musulmans croient que tout ce qui doit arriver, jusqu'à la fin du monde, est écrit sur une table de lumière, appelée Louh^ avec une plume de feu, appelée Calani'^zer; et Téicriture qui est au-dessus, se nomme Ca%a ou Cadary c'est-à-dire, la prédestination inévitéU.

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fortune , qne les Indiens mahométans racontent une fable assez singulière.

Le besoin y disent-ils , assembla jadis un certain nombre d'hommes dans les déserts de la Tartarie. Privés de tout , dit l'un , nous avons droit à tout. La loi qui nous dépouilla Au. nécessaire pour augmenter le superflu de quelques rajahs y est une loi injuste. Rompons av^c l'injustice. Il n'est plus de traité où l'avantage {cesse d'être réciproque. Il faut ravir à nos oppresseurs les biens qu'il nous ont ravis. A ces mots 9 l'orateur se tait; l'assemblée, en frémissant, applaudit à ce discours ; le projet est noble , on veut l'exécuter. On se divise sur les moyens. Les plus braves se lèvent les premiers. La force ,. disent-ils , nous a tout enlevé ; c'est par la force qu'il faut tout recouvrer. Si nos rajahs ont, par leurs vexations, arraché jusqu'au nécessaire au sujet même qui leur prodigue ses biens , sa vie et ses peines , pourquoi refuser à nos besoins ce que des tyrans permettent à leur injustice ? Aux confins de ces régions , les bâchas , par les présens qu'ils exigent , parta- -gent le profit des caravanes ; ils pillait des hommes enchaînés par leur puissance et par la

cratate. Moîa» injustes et fins brades ^*eu, attaquons des homnpief ariaéf ; ^c la Takv en décide, et que nos iich£sses soient da wfim ht prix djune y^ta. Nous y avoM droit. Le cid, fMur le don de la bravoure, désigne cenxqn'ilTeat arracher anx fers de la tyrannie. Qoe le Idioareur sans force , sans conragei sène , laboutt recudlle : c'est pour nous qu'il a moissonné. . JUrageons , {mUous les nations. Ko«s y consentons tous, s'écrièrent oenx qui, pins spirituels et moia« liaardis , craignaient de s'exposer a«x dangers ; ums ne derons nen à la force , et tout à l'impostare. Recevons sans péril, des mains de la crédulité , œ que peut-être en tain nf»ns tenteriona d'an*a<^er par la force. Se- ▼étons-nons dn nom et de l'habit de bonui on de bramines , et parcourona la terre ; noes la verrons, empressée , fournir A nos besoins , et même à nos platairs secrets.

4[> parti parut lâche et bas aux imes êkm et courageuses. Divisée d'opinion , rassemblée se sépare. Les uns se répandent dans l'inde, le Thibet et les eoniins de la Chine. Leur front est austère et leur corps macéré. Ha en impo- «ent au]( peuf^es , les enseignent , les persoa-

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dent y divisent les familles , font déshériter les enfams , s'en apf^quent les biens. On leur cède des terrains , on y construit des temples , on y attache des revenus ; ils empruntent le hras du paissant pour piier Thomme éclairé an joug de la superstition; ils soumettent enfin tous les- esprits , en tenant le sceptre soigneusement caché sous les haillons de la misère et les cendres de la pénitence.

^Pendant ce temps , lenrs anciens et braves compagnons , retirés dans les déserts , surprennent les caravanes , les attaquent à mliin armée , les pillent , et partagent entre eux le butin. Un jour où y sans doute , le combat n'avaitpoint tourné à leur avantage , on saisit un de ces brigands , on le conduit à la Ville la plus prochaine , on dresse Téchafaud , on le mène au supplice. Il y marchait d'un pas assuré, lorsqu'il trouve sur son passage et reconnaît , sons l'habk de bramine^ un de ceux qui s'étaient séparés de lui dans le désert. Le peuple , arrec respect , entourait le bramine , et' le portait dans sa pagode. Le brigand s'arrête à son aspect : Dieux justes ! ^écrie-t-il ; égaux en crimes , quelle différence entre no» destinées ?

454 ' OK i.*sftpmiT.

Qoe dis-je? ^m en crimes ! en an jctur, i a, sans crainte, sans danger, sans coongt, plus lait gémir de TeaYes et d'orphdins, pins cnlefé de richesses à rempira que je n'en ai pillé dtns le coors de maTie. U ent tonjonrs dea vices plus que moi , la lâcheté et l'imposture. Cependant on me traite de scélérat, on l'honore comme on saint; on me traîne à Féchafiiad , cm le porte dans sa pagode ; on m'empale , on Fadore.

Cest ainsi que les Indiens prooTent qn'ils n'y a qn'heor et malheor en ce monde.

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