‹ De l'espritChapitre 50 sur 58 · CHAPITRE XIIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIÏ

ESPRIT DE COVDUrrB.

Jj'onner commun du désir des hommes , c^ert le bonheur ; et l'esprit de conduite ne démît être I en conséquence , que l'art de se rendre heureux. Peut-être s'en serait-on formé cette idée» si le bonheur n'avait presque toujours moins paru un don de l'esprit qu'un effet de !a «agesse et de la modération de notre caractère et de nos désirs. Presque tous les hommes, fiitigués par la totutnente des passions, on languissans dans le calme de Tennui, sont comparables, les premiers au yaisseau battu par les tempêtes du nord, et les seconds au vaissean que le calme arrête au milieu des mers de la

zone torride. A son secours, l'un appelle la

calme, et l'autre les aquilons. Pour navigopr heureusement , il faut être poussé par un yent toujours égal. Mais tout ce que je pourrais dire à cet égard , sur le bonheur , n'aurait aucun rapport «u sujet que je traite.

On n'a jusqu'à présent entendu par esprit de conduite y que la sorte d'esprit' propre à guider aux divers objets de fortune qu'on se propose. Dans une république telle que la république romaine , et dans tout gouvernement où le peuple est le distributeur des grâces ^ où les honneurs sont ]^e prix du mérite , l'esprit de conduite n*est autre chose que le génie même et le grand talent. Il n'en est pas ainsi dans les gouyernemens où les grâces sont dans la^main de quelques hommes dont la grandeur est indépendante du bonheur public : dans ces pays , l'esprit de conduite n'est que l'art de se rendre utile ou agréable aux dispensateurs des grâces, et c'est moins ^ son esprit qu'à son caractère qu'on doit communément cet avantage. La disposition la plus favorable et le don le plus nécessaire pour réussir auprès des grands , est un caractère pliable à toutes sortes de caractères et de circonstances. Fut-on dépourvu d'esprit ,

nn tel caractère , aidé d'une position farorable, suffit pour faire fortune. Mais , dira-t-on : rien de plus commiui que de pareils caractères; il n*e8t donc personne qui ne puisse faire fortane , et se concilier la bienveillance d'un grand , en se faisant ou le ministre de ses plaisirs , ou son espion. Aussi le hasard a-t-îl grande part & la fortune des hommes. Cest le hasard qui doqs ùlt père , époux , ami de la beauté qu'on offire et qui plait à son protectetor; c'est le bâtard qai nous place cfaeE un grand , au moment qu'il kii faut un espion. « Quiconque est sans « honneur et sans humeur, disait le duc d'Or- « léan^régent , est un courtisan parfait. » Conséquemment à cette définition , il faut convenir que le parfait, en ce genre, n'est rare qu'à l'égard de rhumeur.

Mais , si les grandes fortunes sont en général l'œuvre du hasard , et si l'homme n'y contribue qu'en se prêtant aux bassesses et aux friponneries presque toujours nécessaires pour y ptrvenir , il faut cependant avouer que l'esprit i quelquefois part à notre élévation. Le premier, par exemple , qui par l'importunité s'est fait un protecteur; celui qui, profitant de rhameur

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