‹ De l'espritChapitre 53 sur 58 · II · texte numérisé non relu

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la cour; mérite absolument incompatible avec iea grands talens , par l'opposition qui se trouTe entre l'intérêt des courtisans et l'intérêt général. 11 en est à cet égard' des ministres comme des gens de lettres. C'est un^ prétention ridicule de viser à la fois à la gloire et aux pensions. Avant de composer, il faut presque toujours opter entre l'estime publique et celle des courtisans. Il faut savoir que dans la plupart des cours , et surtout dans celles de l'Orient, les hommes y -sont' dès l'enfance emmaillottés et géncs dans , les langes du préjugé et d'une bienséance arbitraire; que la plupart des esprits y sont noués; qu'ils ne peuvent s'élever au grand; que tout homme qui naît et vit habituellement près des trônes despotiques ne peut à cet égard échapper ^ la contagion générale, et qu'il n'a jamais que de^petites idées.

Aussi le vrai mérite vit-il loin des palais des rois. Les hommes de mérite n'en approchent que dans ces temps malheureux où les princes sont forcés de les appeler. Dans tout autre instant, le besoin seul pourrait les attirer à la cour ; et, dans cette position , il en est peu qui conservent la même force, la même élévation d'âme «t d'esprit. Le besoin est trop près du crime.

Il résulte de ce que je viens de dire , que c'est exactement demander Timpossible que d'exiger de grands talens de ceux qui , par leur état et leur position , ne peuvent être animés de passions fortes. Mais que de demandes pareilles ne fait-on pas tous les jours! On crie contre la corruption des mœurs; il faut, diton, former des hommes vertueux : et l'on veut à la fois que les citoyens soient échauffés de Tamour de la patrie, et qu'ils voient en silence les malheurs qu'occasionne une mauvaise législation ? On ne sent pas que c'est exiger d'un avare qu'il ne crie point au voleur lorsqu'on enlève sa cassette. L'on n'aperçoit pas qu'en certains pays, ceux qu'on appelle les gens sages ne penyent jamais être que des 'gens indifférens au bien public, et par conséquent des hommes sans vertus. C'est, comme je vais le prouver dans le Chapitre suisuivant, avec une injustice pareille qu'on demande aux hommes des talens et des qualités que des habitudes contraires rendent, pour ainsi dire y inalliables.

474 n» l'ksprït.

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