‹ De l'espritChapitre 54 sur 58 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

t)E t'HTJUSTICE bu PUBLtC A CET ÉGlàD.

On exigera qu*uû écnyet , liabitué à diriger la pointe du pied vers roreille de son cheval , soit aussi tien tourné qu'un danseur 4^ l'Opéra : on voudra qu'un philosophe , uniquement occupé d'idées fortes et générales , écrive cosune une femme du monde, oo même qu'il lui soit supérieur dans un genre , tel , par exemple ,qae le genre épistolaire^ où, pour bien écrire, il faut dire des riens d'une manière agréable. On ne sent pas que c'est demander la réunion de talens presque exclusifs; qu'il n'est point de femme d'esprit, comme l'expérience le prouve, qui n'ait à cet égard une grande supériorité sur les philosophes les plus célèbres. Cest avec la même injustice qu'on exige qu^nn homme qui n'a jamais lu. ni étudié, et qui a passé trente ans de sa vie dans la dissipation , devienne font à coup capable d'étude et de méditation. On

DISCOURS fr, OHA.yiTRE XV. 4?^

devrait cependant savoir que c*est à l'habitude de la méditation qu'on doit la capacité de méditdr ; que cette même capacité se perd lorsqu'on cesse d'en faire usage. En effet , qu'un homme , quoique dans l'habitude du travail et de l'application, se trouve tout à coup chargé d'une trop grande partie de l'administration, mille objets différens passeront rapidement devant lui : s'il ne peut jeter sur chaque affaire qu'un coup d'œil superficiel, il faut, par cette seule raison i qu'au bout d'un certain temps cet homme devienne incapable d'une longue et forte attention; Aussi n'est-on pas en droit d'exiger de l'homme en place ime semblable attention. Ce n'est point à lui à peréer jusqu'aux premiers principes de la tnorale et de la politique ; à découvrir , par exemple , jusque quel degré le luxe est utile , quels changemens ce luxe doit apporter dans les mœurs et les étata , quelle espèce de commerce il faut le plus encourager, par quelles lois on peut, dans la même nation, concilier l'esprit de commerce avec Fesprît militaire , et la rendre à la fois riche au dedans et redoutable au dehors. Pour résoudre de pareils problème;» I il faut le loisir et T habitude de fhé-

^yg DK l'esprit.

àiter. Or , comment penser beaucoup , quand i\ faut beaucoup exécuter ? On ne doit donc pas demander à l'homme en place cet esprit d'invention qui suppose de grandes raédkatioDS. Ce qu'on est en droit d'exiger de loi , c'est tm esprit juste, Tif, pénétrant, et qui, dans les matières débattues par les politiques et les philosophes, soit frappé du vrai , le saisisse aTec force , et soit assez fertile en expédiens pour porter jusqu'à l'exécution les projets qu'il adopte. C'est par cette raison qu'il doit, à ce; genre d'esprit, joindre un caractère ferme , une constance à toute épreuve. Le peuple n'est pas toujours assez reconnaissant des biens que lui font les gens en place : ingrat par ignorance , il ne sait point tout ce qu*il Faut de courage pour Caire le bien et triompher des obstacles que l'intérêt personnel (i) met au bonheur générsd. Aussi le

(i) Au moment qu'on venait de nommer on ministre , un des premiers commis de Versailles, homme, de beaucoup d'esprit, lui dit: « Vous aimez le bien , voos êtes maintenant à « portée de le faire. On vous présentera miOe * projets utiles au public ; vous en désirerez « la réussite : gîu'dez-vous cependant d» rieo

DiSCCURS IV, CHAPITRE XV. 47^

cobrage éclairé par la probité est-il le princi-' pal mérite des gens en place. Yaiueinent se flatteraît-on de trouver en eux un certain fonds de connaissances ; ils ne peuvent en avoir de profondes que sur les matières qu'ils ont méditées avant que de parvenir aux grands emplois : or , ces matières sont nécessairement en petit nombre. Qu'on suive, pour s'en convaincre 9 la vie de ceux qui se destinent aux grandes places. Us' sortent à seize ou dix-sept

« entreprendre , avant d'examiner si l'exécu- « tion de ces projets demande peu de fonds, R peu de soin et peu de probité. Si l'argent « qu'exige la réussite d'un de ces |>rojets est m considérable , les affaires qui vous survien- « dront ne vous permettront pas d'y appliquer « Jes fonds nécessaires , et vous perdrez votre « mise. Si le succès dépend de la vigilance et «' de la probité de ceux que vous emploierez , « craignez qu'on ne vous force la main sur le « cboix des sujets : songez , d'ailleurs , que « vous allez être entouré de fripons ; qu'il « faut un coup d'œil bien sûr pour les recon- « naître ; et que la première , mais en même « temps la plus difficile science d'un ministre, « est la science des choix. • ,

478 DK I.*BSPBIT.

ans dn collège , appraonent à monter à cfaeral , à finre kmn exercices : ils passent deux on trois ans tant dans les académies qn'anx écoles de droit. Le droit fini, ik acliètent nne chai^ge. Pour remplir cette charge, il n'est pas nécessaire^ s'insUnire dn droit de nature , da droit des gens , du drmt public , mais de consacrer tout son temps à Fexamen de quelques procès particuliers. Us passent de là an gonyemenient d'nne proTÎnce , où ^ sncfdiargés par le détiil journalier » et fatigués par les audiences , ils n'ont pas le temps de méditer. Us moatCDt ensuite à des places supérieures » et ne se tronyent enfin, après trente ans d'exercice, qoe le même fonds d'idées ipi'ils avaient à vingt oa yingt-deux ans. Sur quoi j'observerai qne des voyages faits chez les nations voisines, et dans lesquels ils compareraient les difieroioes dans la fcmne dn gouvernement, dans la législation , le génie , le commerce et les monirs des peuples, seraient peut-être pins propres à former des hommes d'état, que l'éducation actuelle qu'on leur donne. C'eâ par l'article des hommes degàùt qne je finirai ce chapitre, parce que c'est principalement en eux qu'on désire des talens el des qualités exclusives.

DISCOURS tV y OHAPITES XV. 4jg

Deux causes également puissantes nous portent à cette injustice : Fnne , comme je l'ai dit plus haut , est Famonr aveugle de notre bonhenr ; et l'autre , c'est Fenvîe.

Qui n'a pas condamné , dans le cardinal de Richelieu , cet amour etcessif de gloire qiii le rendait avide de toute espèce de succès ? Qui ne s'est point moqué de Tardeur avec laquelle , ai r,on en croit Dumaurier (t) , il désirait la canonisation , et de Tordre donné , en cc^ttéquence , k ses confesseurs de publier partout qu'il n'avait jamais péché mortellement PEnfin, qui n'a point ri d'apprendre que , dans ce même instanjt , épris du désir d'exceller dans la poésie comme dans la politique , ce cardinal faisait demander à Corneille de lui céder le Cid ! C'était cependant ji cet amour de la gloire , tant de fois condamné , qu'il devait ses grands talens pour l'administration. Si depuis on n'a point vu de ministre pi^étendte à tant de sortes de gtoire, c'est que nous n'avons encore qu'un cardinal de Richelieu. Vouloir concentrer , da^s

(i) Voyez ses mémoires pour servir à l'HiS' toire de la Hollande , à l'article de Grotius.

48o b£ i.'ssfRiT. ^

un seul désir , l'action des passions fortes, et s'imaginer qu'un homme virement épris de la gloire se contente d'une seule espèce de succès, orsqu'il croit en pouvoir obtenir en plusieurs genres , c'est vouloir qu'une terre excellente ne produise qu'une seule espèce de fruits. Quiconque aime fortement la gloire sent intérieurement que la réussite des projets politiques dépend quelquefois du hasard , et souvent de ^'ineptie de ceux avec qui il traite : il en vent donc une plus personnelle.Or , sans une morgue ridicule et stupide , il ne peut dédaigner celle des lettres, à laquelle ont aspiré les plus grands princes et les plus grands héros. La plupart d'entre eux , non contens de s'immortaliser par leurs actions, ont eafcore voulu s'immortaliser par leurs écrits , et du moins laisser à la postérité des préceptes sur la sc/ence guerrière ou politique dans laquelle ils ont excellé. Comment ne l'eussent-ils pas voulu ? Ces grands hommes aimaient la gloire; et l'on n'en est point avide, sans désirer de communiquer aux hommes des idées qui doivent nous rendre rncore plus estimables à leurs yeux. Que de preuves de celle vérité répandues dans touU»

biSCOUBS IV, CHAPITRE XV. 48<

lés histoires ! Ce sont Xénophon, Alexandre , An|iibal , Hannon , les Scipions , César , Cicéron, Auguste, Trajan, les Antonins , Comnène, Elisabeth, CharJ^s - Quint, Richelieu, Montécuculi , Duguai - Trouin , le comte de Saxe, qui, parleurs écrits , veulent éclairer le monde en ombrageant leurs tètes de différentes espèces de lauriers. Si maintenant on ne conçoit pas comment des hommes chargés de l'administration du monde trouvaient encore le temps de penser et d'écrire, c'est, répondraije, que les affaires sont courtes , lorsqu'on ne s'égare point dans le détail , et qu'on les saisit par leurs vrais principes. Si tous les grands hommes n'ont point composé , tous ont du moins protégé l'homme illustre dans les lettres, et tous ont dû nécessairement le protéger, parce que, amoureux de la gloire , ils savaient que ce sont les grands écrivains qui la donnent. Aussi Charles-Quint avait-il , avant Richelieu 9 fond^ des académies : aussi vit-on le fier Attila lui'-tnéme rassembler près de lui les savans dans tous les genres , le calife Aaron Al-Rascliid en composer sa cour , et Tamerlan établir l'académie de Samarc^ndc. Quel accueil Trajan

48» DS I.*&SPRtT.

ne faÎMiitoil paà aa mërite! Sous son règne, il était permis ^de tout Sirt , de tout penser ,et de tout écrire 9 parce c{ue les écrivains , frappés de Tédat de ses yettlis et«de ses talens, ne pouvaient être que ses panégyristes : bien diff^ot en cela des Nétt>n , des Caligula , des DomitiéD , qui ^ par k raison contraire , imposaient silence aux gens éclairés , qui , dans leurs écrits » n*enssent transmis à la postérité que la honte et les crimes de ces tyrans^

JTcd fait Yoir, dans les exemples ci-Aenns rapportés ^ que le même désir de gloire auquel les grands hommes doivent leur sapériorité, peut , en fait d'esprit , les faire quelquefois aspirer à la monarchie nnÎTerselle. U serait sans doute possible d'unir plus de modestie aux talens : ces qualités ne sont pas exclusives par leur nature ; mais elles le sont dans quelques hommes. Il en est de tels à qui Ton ne pourrait ar^ raches cette orgueilleuse opinion d'eux-mêmes, sans étouffer le germe de leur esprit. C'est un défaut, et l'envie en profite ponr décréditer le mérite : die se plait à détailler les homme^) sûre d'y trouver toujours quelque côté défsTO* rable , sous lequel elle peut les présenter an pa-

blic. On ne se rappelle point asse* sottvem qu'il en est des hotnmes conmie dé leurs ouvrages; qu*il faut les juger sur leur ensemble; qo^il n*est rien de parfait sur la terre; et que , si Ton désignait, dans chaque homme, par des rubans de deux couleurs di^érentes , les tertus et les défauts de son esprit et de son caractère, il n'est point d'homme qui ne fût bariolé de ces deux couleurs. Les grands hommes sont comme ces mines riches, où l'or cependant se trouve^ toujours plus ou moins mélangé avec le plomb . Il faudrait donc que Fenvieux se dh quelquefois à lui-même : s'il m'était possible d'atilir cet or aux yeux du public , quel cas ferait-il de moi qui ne suis purement qu*une mine de plomb? Mais l*enTieux sera toujours sourd à de pareils conseils, fia^bile à saisir les moindres défauts des hommes de génie , combien de fols ne lés a-t-il pas adcusés de n'être pas , dans leurs manières , aussi agréables que les hommes du monde ! U ne veut pa» se rappeler , comme je l'ai dit ci-devant , que , semblables k ces animaux qui se retirent dans les déserts , la plupart des gens de génie vivent dans le recueillement, et que c'est dans le silence de la soli-

484 ^£ l'ksfrit.

tiicb que les vérités ae dévoilent à leurs ytnxi Or, tout homme do^t le genre de vie le jette dans un enchaînement particulier de circonstances , et qui contemple les objets sous ose face nouvelle y ne peut avoir dans l'esprit ^n' les qualités, ni les défauts communs aux hommes ordinaires. Pourquoi le Français ressemblet-il plus au Français qu*à l'Allemand , et beaucoup plus à l'Allemand qu'au Chinois? Cest que ces deux nations, par l'éducation qu'on leur donne , et la ressemblance des objets qa'oa leur présente , ont entre ^Ues infiniment plus de Rapport qu'elles n'en ont avec les Chinois. Nous sommes uniquement ce que nous font les objets qui nous environnent. Vouloir qu'un homme qui voit d'autres objets et mène une vie différente de la mienne ait les mêmes idées que moi 9 c'est exiger les contradictoires , c'est demander qu'un bâton n'ait pas deux bouts*

Que d'injustices de cette espèce ne fait-on pas aux hommes de génie ! combien de fois ne les a-t-on pas accusés de sottise , dans le temps même qu'ils faisaient preuve de la plus hante sagesse ? Ce n'est pas que les geus de génie, comme le dit Aristote , n'aient souvent un coia

l>iSCOTJJR.S IVy CHAPITRE XV. 48$

de foUe« Us sont , par exemple , sujets à mettre' trop d'importance (i) à Tart qu'ils cultivent. D'ailleurs , les grandes passions que' suppqse le génie , peuvent quelquefois les égarer dans leur conduite : mais ce germe de leurs erreurs Test aussi de leurs lumières. Les hommes froids » sans passions et sans talens , ne tombent pas dans les écarts de l'homme passionné. Mais il ne faut pas imaginer , comme leur vanité le veut persuader qu'avant de prendre un parti»

(i) Souvent ils ont pour eux une estime exclusive. Parmi ceux-là même qui ne se distinguent que dans les arts les plus frivoles , il en est qui pensent qu'en leur pays il n'y a rien de bien fait que ce qu'ils y font. Je ne puis m'empécher de rapporter, à ce sujet, un mot assez plaidant, attribué à Marcel. Un danseur ajagJiMs fort célèbre arrive à Paris , descend chez Marcel : « Je viens , lui dit-il , vous rendre un hom- « mage que vous doivent tous les gens de notre « art; souffrez que je danse devant tous, et que « je profite de vos conseils.... Volontiers, lui « dit Marcel. » Aussitôt l'Anglais exécute des pas très-dif&ciles et fait mille entrechats. Marcel le regarde et s'écrie tout à coup : « Monsieur, « on saute dans les autres pays , et l'on ne danse ^ qu'à Paris: mais, hélas! on n'y fait que cela •c de bien. Pauvre royaume ! »

4SB es £i'ksphit.

ils en calculent^ les 'jetons en main , les ayantages et les inéonténiens : 11 lîradrait , pour cet efFet, que les homiam ne fassent déterminés, dans leur conduite, que par la réflexion, et l'expérience nous apprend qu'ik le ^ont toujours par le sentiment, et qu'à cet égard les gens froids sont des hommes. Pour s'en convaincre , que l'on suppose qu'un d'eux soit mordu d'un diien enragé : on renvoie à la mer ; il se met dans une barque , on va le plonger. Il ne court au* cnn risque; il en est sfkr; il sait que, dans ce cas , la peur est tout-à-fait déraisonnaMe ; il se le dit'. On le plonge : la réflexion n'agit plus sur lui ; le sentiment de la crainte s'empare de son âme s et c'est à cette crainte ridicule qu'à doit sa guérison. La réflexion est donc^ dans les gens froids comme dans les autres hommes , soumise au sentiment. Si les geùs froids ne sont r pas sujets à des écarts aussi fréquens que riiomme passicmné , c'est qu'iU ont en eox moins de principes de mouvement ; ce n'est ea effet qu^à la faiblesse de leurs passions qu'ils doivent leur sagesse. Cependant quelle haute estime n'en conçoivent-ils pas d'eux-mêmes? Quel respect ne croient-il pas inspirer au public qui

DISCOURS lY, CHAPITRE XV. 487

ne les laisse jouir , dans . fcar petite société , du titre dThômmes sensés, et ne les <^te point comme fôus, que parce qu*3 ne les nomme jamais PCIomihent peuvent-îîs sans honte passer ainsi leur tîe k raffôt des ridicules d*atttrui ? S'ils en découvrent danà l'homme de génie, et que cet homine commette la foute la plus légère, fut-ce de mettre, par exemple, à trop haut prix les ftiveurs d'une femme, quel triomphe pour eux! Ils en prennent droit de le mépriser* Cependant si,' dans les hois, les solitudes et les dangers, la crainte a souvent, à leurs propres yeux, exagéré la grandeur dti péril, pourquoi Tamour ne s'exagéreraîf-il pas les plaisirs, comme la frayeur s*exagère les dangers? Ignorent -ils qu*il n'y a proprement que soi de juste appréciateur de son plaisir; que les hommes étant animés de pasîlions différentes, les mêmes objets ne peuvent conserver le même prix à des \ yeux différens; que c'est au sentiment seul à j«ger le sentiment; et que le vouloir citer aa tribunal d'une raison froide, c'est assembler la diète de l'Empire pour y Connaître des cas de conscience? Ils devraient sentir qu'avant de prononcer sur les actions deThômme de génie,,

4Ô8 D^ l'espbit. .

il faudrait du moiuB savoir quels sont les metii« qui le détenoment, c'est-à-dire, la forée par laquc^e il est entraîné ; mais, pour cet effet, il faudrait connaître, et la puissance des passions, et le degié de courage nécessaire pour y résister. Or, tout homme qui s'arrête à cet examen, s'aperçoit bientôt que les passions seules pen* vent combattre contre les passions; .et que les gens raisonnables, qui s'en disent vainqueurs, donnent à des goûts très-faibles le nom de passions, pour se ménager les honneurs du ttiorophe. Dans le fait, ils ne résistent point aux passions; mais ils leur échappent. La sagesse n'est point en eux l'effet de la lumière, mais d'une irdifférence comparable à des déserts également stériles, en plaisirs comme en peines. Aussi ne sont- ils point heureux. L'absence du malheur est la seule félicité dont ils jouissent; et l'espèce de raison qui les guide, sur la mer de la vie hu' ii^ne, ne leur en fait éviter les écueils qu'en les écartant sans cesse de l'île fortunée du plaisir. Le ciel n'arme les hommes froids que d'an bouclier pour parer , et non d'une épée ponr conquérir

Que la raison nous dirige dans les action»

DIfiCOURS IV, CHiPITAE X Y. 4^9

importantes de la vie, je le veux; mais qu'on en abandonne les détails à ses goûts et à ses passions. Qui consulterait sur tout la raison, serait* sans cesse occupé à calculer ce qu'il doit fiÛTC , et ne ferait jamais rien ; il aurait toujours sous les yeux la possibilité de tous les malbeurs qui l'environnent. La peine et l'ennui journalier d'un pareil calcul seraient peut-être plus à redouter que -les maux auxquels il peut nous soustraire.

Au reste, quelques reprocbes qu'on fasse fiux gens d'esprit, quelqu^ attentive que soit l'envie à déprime*', les gens de génie , à découvrir en eux de ces défauts personnels- et peu importans que devrait absorber l'éclat de teur gloire , ils doivmit être insensibles à de pal*eilles attaques , sentir que ce sont souvent des piégés que l'envie leur tend pour les détourner de l'étude. Qu'importe qu'on leur Basse sans cesse un crime de leurs inattentions? Ib doivent savoir que 1^ plupart deV^es petites attentions tant recommandées ont été inventées par les désoeuvrés, pour en faire le travail et l'occupation de îeur ennui et de leur oisiveté; qu'il n'est point d'homme doué d'une attention suffisante pour s'illustrer dans les arts

4^0 DB I.^ ESP Kl T.

et Les sciences, s'illa partage en une infinité de petiteS;«ttentiAn9p«rticiiJyières;qiie d'ailleurs cette politesse à *l»qpieUe ou donoe le nom d'atten* tioD , ne pvoevraat aneun aTai»li^e aux nations, il est de rint^EéK publie qu'vai saTani fi»se mu déconventc de plus et cinquante yisites de moias. Je ne puis m'^iopécker de r&ppo|!!ter 4 ce sujet un faita^se9^pi^$|int, anri^é, dliout ^ P^is. ^^ homme de l»tXr^$ avaiit ppuv voisin un de ces désœuTrés si importuns dans la Société. Ce dernier, excédé de lui-même, monte un jour chez rJtiomm^ de lettres; Celiiî-<» le reçoit à menreille 9 fr'eimuie ^Tteç lui de la manière la phu linmaipe jusqu'au mfi^mfaprt où» las de Jbâillerdins le même lieu, uptvie éésav^ré eourt ailleurs promeus spu euAuii' Q p«rt ;riiQmm^^ lettres se cem^t 9M trçiVftil, ottWie remmyé, Qudqoes jomis aqprè^ , îl e^t accusé de n'avoir point rendu 1a 'y'v^ «p^'il « ireçu^; il est tasé d'ini' pplijDesse. U le sc^it ; il monte à son tour tiket son ennuya ; « Mpuoi^n^* lui dil'^il ^l'upprcuds^' « ¥(ms Yça^ pteigtiet d^ vm ; «fp€»daat« ? oil« « ^%aky0%9 >o!fis|{rfnm4i de vonHvliBe qui tou» « a ponduit d^ mpî* Je v«U9 ai reçu de muu « inieu X , moi qu l ne m*eonuyaifi pas ; c*cst donc

DISCOURS IT, CItAPITKE XV. 49'

« TOUS qui m'êtes obligé) et c'est moi qvCon « taxe d'impaiitusse. Soyez vQusi-méqae juge de « mes procédés, etyo^ez si vous devez met^ € fin à des .plaiptes qui ne prouvent rien, sinon « que je n'ai pas comme vous- le besoin des vi- « sites, rkibamamté d'ennayer mon prochain , « et rinjustice d'en médire après l'avoir en- « nuyé. -m Que de gens auxquels on peut appli^ qnerla même réponse ! Que de désoeuvrés exigent, d^iis les hommes de mérite, des attentions et dea talena incompatibles avec leurs occupalsDnA, et ae surprennent à demander les contradictoires!

Un homme a passé sa vie xians les négocia*^ lions ; les afiEsires dont il s'est occupé l'ont rendu circonipoet : que cet homme aille dans le mond«,-oik vent qu'il y porte cet. air de liberté que .la contrainte 4e son état lui a fait perdre. Un autre homme est d'un caractère ^oavert ; c'est p»r sa ibamchise qu'il nous a plu : on exige que , changeant tofit à coup 4^ caractère , il devienne circonspect au moment précis qu'on le désire. On vent toujours Utaipossible. li est sans doute un sel neutre qui amalgane quelque-* fois, dans les mêmes hommes., du moins toutes

49> I>K L^BSPRIT.

•les qualités qui ne sont pas absolument contradictoires ; je sais qu'un concours singulier de circonstances peut nous plier à des habitndesopposées, mais, c'est un..miracley et Ton ne dpit pas compter sur les. miracles. En général, on peut assurer que bout se tient dans le caractère des hommes ; que les qualités y sont liées aux défauts , et qu'il est même certains vices de Tespi^it attachés à certains états. Qu'on homme occupe un poste important , qu'il ait par jour cent- affaires à juger ^ si ses jugemens sont sans appel , s'il n'est jamais contredit , il faut qu'au bout d'un certain temps l'orgueil pénètre dans son àme , et qu'il ait la plus grande confiance en ses lumières. U n'en sera pas ainsi cAi . d'un homme dont les ayis seront , par ses égaux , débattus et contredits dans un conseil , ou d'un savant qui , s'étant quelquefois trompe sur les macères qu'il a mûrement examinées, aura nécessairement contracté l'habitude de U suspension d'esprit (i); suspension qui, fondée ' p" 1 1 ^

(z) Il serait peut-être à désirer qu'ayant de monter aux grandes places , les hommes destinés à les remplir composassent quelque ouvrage : ils en sentiraient mieux la difficulté de •

DISCOURS IVy' CHAPITRE X T. 49^

«ur une salatàire méfiance de nos liimières| nous fait percer jusqu'à ces vérités cachées que le coup d'oeil superficiel de Torgueil aperçoit rarement. Il semble que la connaissance de la yérité soit le prix de cette sage, méfiance de soi-même. L'homme qui se refuse au doute est sujet à mille erreurs : il a lui-même posé la borne de son esprit.. On demandait, un jour à l'un des plus sa-, vans hommes de la Perse, comment il avait acquis tant de connaissances 1 « En deman- ■ dant sans peine , répondit-il , ce que je ne « savais pas. — Interrogeant un jour un phi- « losophe , dit le poète Saadi , je le pressais * de me dire de qui il avait tant jappris : Des a aveugles f me répondit-il , qui- ne lèvent point « le pied sans avoir auparavant sondé avec leur m bâton le terrain sur lequel ils "vont V appuyer. » JCe que j ai dit sur les qualités exclusives , ou parleur nature , ou par des habitudes contraires , suffit à l'objet que je içe propose. Il s'agit main-

bien ' faire ; ils apprendraient à se. méfier de leurs lumières y et, faisant aux affaires l'application de cette méfiance, ils les examineraient avec plus d'attention.

ïi. a 8

494 QE L^JISIIRIS.

tenant de montser de quelle atilité pent étx« cette c«Biftais6anee. La |xû(cipGile, c*eit fappr«idre è tirtr leiaeiilB«r parti poteBile de ses esprU : et cfest fat question q«e je ¥ais tiaits dans le Gluqiitre soinMit.

Page 1