‹ De l'esprit [microform]Chapitre 33 sur 91 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

POURQUOI LES NATIONS METTENT AU RANG DES DONS DE LA NATURE LES QUALITÉS QU'ELLES NE DOIVENT QU'a LA FORME DE LEUR GOU- VERNEMENT,

La vanité est encore le principe de cette erreur ; et quelle nation peut triompher d'une pareille erreur? Supposons, pour en donner un exemple, qu'un Français, accoutumé à parler assez librement , à rencontrer çà et là quelques hommes vraiment citoyens, quitte Paris et débarque à Constantinople: quelle idée se Ibrmera-t-il des pays soumis au despotisme, lorsqu'il considérera l'avilissement où s'y trouve l'humanité? qu'il apercevra partout l'empreinte de l'esclavage ? qu'il verra la tyrannie infecter de son souffle les germes de tous les talents et de toutes les vertus , porter l'abrutissement, la crainte servile et la dépopulation du Caucase jusqu'à l'Egypte; qu'enlin il apprendra qu'enfermé dans son sérail , tandis que le Persan bat ses troupes et ravage ses provinces , le tranquille sultan , indifférent aux calamités publiques, boit son sorbet, caresse ses femmes, fait étrangler ses bâchas et s'ennuie ? Frappé de la lâcheté et de la servi-

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