‹ De l'esprit [microform]Chapitre 4 sur 91 · COUP B'OEIL PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

COUP B'OEIL PRÉLIMINAIRE

propres à séduire des âmes plus honnêtes qu'éclairées, qu'on n'écrit, pour ainsi dire, qu'en tremblant. Le découragement dans lequel des imputations, souvent calomnieuses, ont jeté les hommes de génie, semble déjà présager le retour des siècles d'ignorance. Ce n'est, en tout genre, que dans la médiocrité de ses talents qu'on trouve un asile contre les poursuites des envieux. La médiocrité devient maintenant une protection ; et cette protection, je me la suis vraisemblablement ménagée malgré moi.

«D'ailleurs, je crois que l'envie pourrait difficilement m'impuler le désir de blesser aucun de mes concitoyens. Le genre de cet ouvrage, où je ne considère aucun homme en particulier, mais les hommes et les nations en général, doit me mettre à l'abri de tout soupçon de malignité. J'ajouterai même, qu'en hsant ces discours, on s'apercevra que j'aime les hommes, que je désire leur bonheur, sans haïr ni mépriser aucun d'eux en particulier.

(( Quelques-unes de mes idées paraîtront peut-être hasardées. Si le lecteur les juge fausses, je le prie de se rappeler, en les condamnant, que ce n'est qu'à la hardiesse des tentatives qu'on doit souvent la découverte des plus grandes vérités , et que la crainte d'avancer une erreur ne doit point nous détourner de la recherche de la vérité. En vain des hommes vils et lâches voudraient la proscrire et lui donner quelquefois le nom odieux de licence ; en vain répètent-ils que les vérités sont souvent dangereuses. En supposant qu'elles le fussent quelquefois, à quel plus grand danger encore ne serait pas exposée la nation qui consentirait à croupir dans l'ignorance? Toute nation sans lumières, lorsqu'elle cesse d'être sauvage et féroce, est une nation avilie, et tôt ou tard subjuguée. Ce fut moins la valeur que la science militaire des Romains qui triompha des Gaules.

« Si la connaissance d'une telle vérité peut avoir quelques inconvénients dans un tel instant, cet instant passé, cette même vérité redevient utile à tous les siècles et à toutes les nations.

« Tel est, enfin, le sort des choses Inimainos : il n'en est au-

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cune qui ne puisse devenir dangereuse dans de certains moments; mais ce n'est qu'à cette condition qu'on en jouit. Malheur à qui voudrait, par ce motif, en priver l'humanité!

«Au moment même qu'on interdirait la connaissance de cerlaines vérités, il ne serait plus permis d'en dire aucune: m. lie gens puissants, et souvent même mal intentionnés, sous ])rétexte qu'il est quelquelbis sage de taire la vérité, la banniraient entièrement de l'univers. Aussi le public éclairé, qui seul en connaît tout le prix, la demande sans cesse : il ne craint point de s'exposer à des maux incertains, pour jouir des avantages réels qu'elle procure. Entre les qualités des hommes, celle qu'il estime le plus est cette élévation d'âme qui se refuse au mensonge. Il sait combien il est utile de tout penser et de tout dire; et que les erreurs mêmes cessent d'être dangereuses, lorsqu'il est permis de les contredire. Alors elles sont bientôt reconnues pour erreurs ; elles se déposent bientôt d'elles-mêmes dans les abîmes de roubh, et les vérités seules surnagent sur la vaste étendue des siècles.»

De chaque vérité manifestée au grand jour, naît pour les peuples un nouveau degré de hberté; chaque mouvement d'ascension vers ce progrès s'accomplit avec lenteur, mais inévitablement.

Ainsi, chez nous, après deux révolutions devenues inutiles, la statue de la liberté n'est pas encore fondue; — mais, patience ! le métal bouillonne.

P. Christian.

i>e reisprit en lai -même.

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