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vriers qui ont à peu près la même ca])acilé, les mêmes salaires et les mêmes charges : vous verrez quelques-uns de ces ouvriers prospérer, faire des économies, vivre convenablement cl élever leur famille; d’autres auront moins d’aisance, mais ils auront plus de distraction; d’autres encore se trouveront fréquemment dans le dénùment, et, aux époquesde chômage, eux et leur> familles tomberont dans la plus profonde misère. Vous enregistrez tout simplement ce dernier fait, vous vous récriez contre la barbarie de la société, et vous avez l’occasion de vous livrer :i de magnifiques mouvements de sensibilité. Mais pourquoi les derniers ouvriers sont-ils dans la misère? parce qu’ils vivent dans un milieu de débauche et d’ivrognerie, qu’ils travaillent par hasard, et que c’est le cabaret, et non l’atelier, qui est leur résidence habituelle. L’ouvrier qui fait des économies, et il s’en trouve dans toutes les professions, est laborieux, sobre et rangé; c’est sa vertu individuelle et la libre disposition de scs facultés qui le font prospérer; il n’y a rien à organiser pour lui; il trouve son existence commode, convenable, et il serait trèsfâché qu’on vînt déranger un mécanisme économique qui lui assure une pareille situation. L’ouvrier qui est misérable l’est par ses vices, et nullement par l’insuffisance de notre organisation sociale; vous ne pouvez rien faire pour lui, et il mettra toujours le plaisir, môme avec ses conséquences funestes, au-dessus du travail attrayant. Il y a plus; si vous vous décidez à le nourrir, il s’abandonnera encore plus complètement à ses penchants vicieux.
En admettant l’exactitude de ma donnée sur les ouvriers laborieux et économes, en admettant, comme cela est, qu’ils ont un pécule à.la caisse d’épargne et une demeure qui leur offre toutes les commodités compatibles avec leur condition, il nous paraît qu’il dépend de tous les travailleurs d’échapper à la misère en assimilant leur conduite à celle de leurs confrères rangés, moraux et assidus. La société n’est pas responsable de la misère qui résulte des vices; elle protège le travail, mais elle aurait tort d’encourager l’oisiveté ou l’incapacité aux dépens de ceux qui, par de longs travaux, se sont fait une honorable et douce existence. S’il y a des ouvriers qui ont la prétention de vivre comme les entrepreneurs, les magistrats, les médecins, les artistes, et que ces prétentions soient encouragées par les organisateurs du travail, par les inventeurs des ateliers nationaux
je n’ai plus rien à dire, car c’est le nivellement universel, c’est la destruction de la production et de l’ordre, dans son expression la plus générale et la plus alarmante. Mais laissons là les utopistes, et j’ose dire les utopistes plagiaires, et passons à d’autres considérations.
Il y a des hommes qui ont envisagé la condition des classes ouvrières et l’avenir de l’industrie avec de certaines préoccupations qui ne leur permettaient peut-être pas de voir toujours l’exacte vérité : ceux-là ont été emportés par le cœur plutôt que par la tête. Ils pensent que la société est sur une pente funeste, et que l’intensité des besoins des classes inférieures est une menace permanente contre ceux qui possèdent. Ils sont surtout effrayés par l’exemple de l’Angleterre, et c’est là qu’ils puisent les faits à l’appui de leurs appréhensions. Un homme dont la longue et utile existence commande tous les respects, dont les travaux ont toujours eu le suffrage des savants et des gens de bien, et que j’appellerai le bramine de l’économie politique, est à la tête des économistes qui considèrent l’invasion de la grande industrie comme un désastre social. Cette opinion, je dois l’avouer, je l’ai partagée, dans d’autres temps, pendant quelques années et jusqu’à un certain point; mais des études nouvelles, des observations plus générales, qui sortaient du cercle étroit des détails, m’ont fait revenir à des idées que je crois plus justes et plus conformes à la situation réelle des travailleurs.
La misère des ouvriers anglais est déterminée par des causes qui sont trop connues pour que j’aie à les énumérer ici ; je ferai cependant remarquer que cette misère se manifeste plus particulièrement dans les comtés agricoles, et, chose singulière, la taxe des pauvres n’est nulle part plus élevée par tête que dans les districts les plus riches et les plus fertiles, c’est-à-dire dans les comtés de Bedford, d’Essex, de Suffolk, de Norfolk, dans le Hertfordshire et dans le Bukinghamshire ; elle se montait en moyenne en 1837 à 8 schellings etdemi par tête, ainsi que cela est constaté par les documents officiels; tandis que le Lancashire, le district le plus manufacturier de toute l’Angleterre, qui renferme Manchester, Liverpool, etc., ne figure que pour 3 schellings 10 deniers par tête et par an dans le tableau général des taxes. Ces faits me paraissent concluants, et leur vérification est si facile que je n’insiste pas davantage. Et cependant on a
bâti tout un système sur une hypothèse opposée et |iiir eonst^ quent fausse. On s’est attaqué à la grande industrie, et l'exemple de l’Angleterre sert depuis longtemps d'épouvantail aux hommes qui trouvent dans le travail des grandes manufactures une cause de ruine imminente pour les classes inférieures. .Mais ces appréhensions seraient-elles aussi vraies qu’elles sont peu fondées pour l’.Angleterre elle-même, elles ne pourraient jamais s’étendre à la France, parce que noire organisation politique et territoriale préserve nos classes laborieuses des inconvénients qui frappent les ouvriers anglais. Xos lois économiques et liscales sont plus douces que celles de nos voisins, et n’inlluent pas d’une manière profonde et défavorable sur le prix des subsistances.
Dans les projets d’organisation ou d’amélioration on a toujours admis la misère des ouvi iers en France comme un fait évident, constaté; on est parti de l’insuffisance du salaire pour faire admettre une infinité de combinaisons les unes plus inapplicables que les autres. On a proposé le rétablissement des ordres monastiques, qui nouri issaient des milliers de pauvres, et ([ui perpétuaient ainsi la mendicité; on a proposé, et celle idée a été mise en pratique en Angleterre, de fixer le salaire des ouvriers; mais les ouvriers eux-mêmes ont été les premiers à renoncer à cet arrangement, aimant mieux, dans les moments de crise, gagner moins que de ne gagner rien du tout. Le rélaidi.ssement des corporations a également été donné comme expédient pour atténuer la prétendue misère des classes ouvTières; mais on n'a pas réfléchi que ni les salaires ni le travail n’augmenteraient par la réglementation, et qu’en voulant assigner à chacun un poste spécial, on réduirait la valeur de l’emploi, ou on laisserait beaucoup de monde en dehors de l’association. Toutes ces idées d’amélioration sont puisées dans le passé et proposées par des hommes d’ordre et de conscience, qui n’entendent en aucune façon remanier la société; leur progrès à eux consiste dans un retour <à d’anciennes institutions: ils attribuent aux doctrines économiques nouvelles les maux qu’ils croient apercevoir, et, sans constater nettement ces maux par la comparaison de certaines époques, ils admettent qu’il y avait autrefois moins de misère qu’aujourd’hui, et parlantque les procédés économiques d'un autre temps valaient mieux que les nôtres. L’erreur des faits les a conduits à l’erreur des principes.
Kn France,, l'es propriétés et les fortunes se sont di\iséés îlepuis cinquante ans; l’extrènie opulence n’a plus en regard l'extrême misère, ef tous les jours la distribution des richesses sefait d’une manière plus égale et plus en rapport avec la capacité et l’application de chaque travailleur. D’un autre côté, lerevenu national n’a cessé de s'accroître, et dans des proportions infiniment plus rapides que la population. Ces faits généraux sont établis par des faits secondaires, mais corrélatifs; j’en citerai deux : l’augmentation du nombre des propriétaires, et la progression régulière et annuelle du produit des impôts indirects. Une distribution trop inégale de la richesse et la diminution du revenu annuef de la nation pourraient seuls, dans un temps normal, développer la misère; mais comme le contraire existe, il est permis de conclure logiquement que la misère diminue au lieu de s’accroître. Ce sont là des faits qui dominent invinciblement toutes les statistiques, toutes les exagérations ettoutes les doléances sur la misère publique et privée.
Les disciples de l’école moderne cherchent tout naturellement leurs moyens d’amélioration et de progrès dans la science économique telle qu’elle existe aujourd’hui, telle qu’elle a été fondée par Adam Smith, et développée par Ricardo, Storch, Jean- Baptiste Say, et en dernier lieu par M. Rossi, et telle enfin qu’elle est enseignée en France, au Conservatoire des arts et métiers. Ce n’est plus un retour vers les anciennes institutions,, ce n’est plus une prétendue organisation du travail, c’est tout simplement l’application de certaines théories qui ne troubleront point notre état social, qui ne changeront rien à nos institutions, mais qui ramèneront la production et la distribution des richesses à leurs véritables principes. C’est à l’aide de ces théories qu’on peut arriver au progrès de l’industrie en général et à l’amélioration du sort des classes ouvrières en particulier.
Cependant un écueil se présente : comment passer de la théorie à la pratique? Voilà la question fondamentale, le grand' point qui préoccupe les économistes eu.x-mêmes, et qui fait dire aux empiriques ce mot si connu : « C’est bon en théorie; mais cela ne vaut rien en pratique. « Je réponds d’abord à ceux-ci ; quand une chose est bonne en théorie elle est également bonne en pratique. Une théorie est vraie, ou elle est fausse : dans le premier cas, son application doit offrir des résultats pratiques qui répondent au principe; dans le second cas.
011 ani\e à une iiifiiiili; iIl‘ soluliuiis (■galfini'iil énoncés el fâcheuses. Une tliéorie exacte, irréprochable, ne donne pas de faux résultats, et une théorie erronée a naturelleiiienl des ('(inséquences pratiques absurdes. La morale. phiIosii|dnque, les principes du droit naturel, sont des théories qui ont été Irou- \ées par la méthode à priori, et je ne sache pas que personne ait jamais prétendu quelles élaient bonnes comme abstraction, mais qu elles faisaient défautdans rapplication.il est irai que ji' ne compte pas lescasuistes au nombre des gens admis à juger ces questions, pas plus que ceux qui viennent nous dire que le droit des gens est dans la poudre à canon plutôt que dans les livres de Grotius et de Wolf. Que dirait-on d’un homme qui admettrait volontiers que la ligne la plus courte entre deux points est la droite, et qui, dans la pratique, éviterait constamment cette ligne droite? On douterait assui'ément de la rectitude de son jugement. Si les savants ne créaient des théories que pour leur satisfaction personnelle, et sans autre hut que celui d’augmeiiler les résultats d'une espèce de gymnastique intellectuelle, il faudraitde suite réduire des neuf dixièmes lec.idre des connaissances humaines. On supprimerait d'abord les théories mathématiques, attendu que nos artilleurs n’ont pas he.coin de connaître les sections coniques pour lancer des projectiles; qu’un pilotin détermine très-bien une longitude en mer sans le secours du calcul diirérentiei, et qu’un mécanicien consfruiî parfaitement une machine à vapeur sans calculer algébriquement le frottement et les résistances. Par la niènic raison, on supprimerait aussi les principes de la science économique, attendu encore qu’un banquier escompte très-bien un billet sans avoir lu .\dam Smith, et qu’un percepteur fait rentrer les contributions sans connaître le moins du monde la théorie des impôts. Mais qui né voit que ce sont précisément les théories qui ont agrandi le domaine des applications? qui ne voit que les idées et la pensée exercent sur toutes les choses pratiques un cnipir.' irrésistible, et que les grandes abstractions seules ont produit dans le monde actif de profonds changements? Avec ce dicton vulgaire : « C'est bon en théorie, mais cela ne vaut rien dans !.; pratique », on arriverait à ce singulier paradoxe que, pour qu’une chose fût bonne dans son application, il faudrait qu’elle fût fausse en théorie. Au surplus, nous avons fait remr..>-qu!'r plus haut qu’il n’y avait pas de pratique sans théorie, et que les
|jlus iiilraitubles empiriques finissaient toujours par aboutir a quelque principe, môme dans l’étroit et obscur réduit où iU sont logés.
Dans les sciences sociales, le passage de la théorie à la pratique présente des difficultés particulières. La société ressemble à un vieil arbre tordu, irrégulièrement plantureux, qu’il faut redresser sans violence, crainte de le briser, \otre civilisation, malgré sa marche progressive, n’est pas arrivée à sa phase actuelle en dégageant les nations de toutes leurs imperfections organiques; certaines institutions, toutes vieilles qu’elles sont, ne sauraient passer pour irréprochables; les erreurs de fait, les préjugés sont partout vivaces : ni la force ni la raison ne peuvent les détruire en un seul jour. Une réforme instantanée est une révolution, et une révolution est une destruction. Un pareil procédé sans doute ne laisserait debout que la théorie sur un monceau de ruines. Plus une théorie a de vérité et de puissance, et moins elle doit prétendre à ce résultat; elle saura graduellement écarter les obstacles, déplacer successivement les vices organiques, et son autorité s’accroîtra avec chaque nouvelle application. Dans les questions sociales, ce sont à la fois la science et le temps qui forment les éléments de la victoire. Les ménagements que commande une situation donnée sont à la fois prudents et légitimes, car cette situation s’est presque toujours établie dans des conditions légales et sous de certaines garanties qui ont provoqué la fausse direction qu’on cherche à détruire.
De nos jours, un des problèmes les plus importants, les plus agités et les plus controversés est sans doute celui de la liberté commerciale. Les partisans les plus avancés de cette liberté demandent son application entière, immédiate; c’est dans l’exécution de cette mesure qu'ils voient le salut des travailleurs et des populations, et cette atténuation de la misère signalée par les philanthropes. Je ne sais si l’efficacité du remède serait telle qu’on la suppose ; mais cherchons à démêler par une hypothèse quelle pourrait être la valeur de cette liberté commerciale illimitée. Supposons que l’institution des douanes lut parfaitement inconnue, qu’elle n’eùt jamais existé chez aucuni' nation du monde, que personne n’en ait eu la moindre notion ; dans quelle situation les peuples se seraient-ils trouvés vis-à-vis les uns des autres, surtout dans les temps moder-
UC.'? D’abord on avait une inlinilé de guerres sanglantes de moins ; les délits de lu l’raudc et de l,i l■()ntreb.ltld(! n'existaieni pas, non plus que les lois pénales faites poui' leur répression . les rivalités nationales nées de' intérêts ri^au.\ ilu eonimeree et de l’industrie sont inconnues: il n'v a que des frontière,' politiques, les produits circulent de territoire a territoire sans entraves, au plus grand prolit des producteurs; les échanges se sont établis sur une vaste échelle: les crises commerciales, l'encombrement et la périuri(* sont des faits ev.ceptionnels ; Ic' débouchés existent dans la plus vaste acception du mot. et chaque producteur a jiour marché le monde entier. Si cet état eût existé, et que tout à coup nu représentant de chaque gouvernement de l'Kurope fût venu dire à sc' voisins ; « J'ai trouvé un moyen de hâter et d'augmenter la prospérité de mes compatriotes: et comm(‘je suis convaincu de l'excadlence des résultat' de ma combinaison, mon gouveinement va rajipliquor immédiatement dans toute sa rigueur. l'avenir vous n'aurez pin-. certains de nos produits, nous n’aurons plus (pielques-uns île . vôtres; nos frontièies seront cernées par une armée qui fera l.a guerre aux marchandises, qui repous.'cra totalement les um -, qui admettra les autres moyennant une formidable rançon, qu: fera payer tout ce qui osera entrer et sortir: qui visitera Ic' convois, les fourgons, les ballots, les caisses, et jusqu'aux pa- (juets microscopiques; qui arrêtera le marchand des heures et des jours à la frontière, qui le déshabillera quelquefois pour lui trouver entre la chemi.se et la peau quelque m.arclnindi''. qui ne doit ni entrer ni sortir.
« cette armée, munie de fusils et de sabres, corrc'pondra uniautre armée, munie de plumes. ]ilus redoutable que la première. Elle réglementi'ra ou fera réglementer coti'tamnicnt ; elle jettera le marchand de perplexité en perplexité par des ordres, des circulaires et des instructions de tout genre : tout en étant sur ses gardes, il ne sera pas toujours certain de sauver sa marchandise de la confiscation et de l'amende, et il lui faudra une application particulière pour ne pas avoir des démêlés avec l'une ou l’autre des deux armées. Et tout cela, vous le trouverez chez vous comme aux antipodes: et plus vous irez, et phi' vous rencontrerez d’obstacles, de dangers: plus vous ferez de sacrifice', et moins vous aurez de profits. Mais au moven de cette combinaison, vous été' 'ùr d*' vendre à vos i-nmpatri'ifc', .iiixqiiel' d
csl défendu d'aclieler au dehors. Vous troquerez un petit monopole contre un immense marché pour ne plus avoir de concurrence, et vous serez les maîtres de la consommation intérieure. Quant au consommateur, on n’a que faire de s’en occuper; il payera plus cher et aura moins de jouissances : c’est unsacrilice qu’il fait à la chose publique, c’est-à-dire à l’industrie et au commerce, que le gouvernement entend protéger d’une manière également nouvelle et efficace. »
Une semblable proposition recevrait très-certainement un singulier accueil. Et au fait, quel est l’homme qui ne se déciderait pas pour la première des deux situations, et qui ne repousserait avec la plus vive indignation les changements proposés? .Mais nous sommes précisément dans des conditions inverses. Les deux systèmes, chez nous, sont en lutte : l’un est établi, l’autre .cherche à s’établir. Un des deux mérite certainement la préférence , mais lequel? Quant à moi, j’affirme que c’est celui de la liberté. Mais ce n’est là qu’une afiirmation, et il faudrait une ■démonstration. Essayons.
Nous avons en France une infinité de producteurs qui exportent leurs marchandises au loin ; ce sont des fabricants de draps, des fabricants de toiles peintes, des constructeurs de machines, etc. Les uns et les autres se plaignent constamment que leur industrie est en souffrance, et ils indiquent les remèdes au malaise qui les tourmente. Que demande, par exemple, le fabricant de draps? Il veut d’abord un abaissement considérable sur le droit qui frappe les laines étrangères, ou la franchise môme, si faire se peut; les matières tinctoriales aussi sont trop impo-^ sées; puis les taxes qui frappent les aciers, les fers, sont trop élevées et deviennent une cause de renchérissement pour ses machines et ses instruments, .\utre affaire ; quand il vend ses draps en Suisse, en Italie, dans le Levant, en Amérique, il trouve qu’ils sont maltraités par les douanes, écrasés de contributions, et que leur entrée est soumise à des formalités aussi onéreuses que désagréables ; il réclame par conséquent des traités de commerce, l’intervention du gouvernement pour hu’re réduire les tarifs étrangers; en un mot, il demande la liberté commerciale ; il la veut en France et ailleurs, et il ne fait qu’une seule réserve, une toute petite exception, cela ne touche qu’à un seul article, aux draps étrangers, que, dans un mtérél m- (ionaL il ne faut pas laisser entrer chez nous. Interrogez le l'abri-
•Tant (le toiles peintes et le eonslrueteur de macliiiies, et vous aurez des réponses analogues. Tous troiucnl la liberté commerciale excellente, surtout dans la pratiijue, et chacun d’eux réclame l’abolition des droits sur dix, vingt, trente articles à la fois, sans compter qu’il serait enchanté que ses draps et ses calicots ne rencontrassent jamais une ligne de douanes à l’étranger-
On m’objectera peut-être que si chaque producteur, depuis le maître de forges jusqu’au fabricant d’allumettes, fait une réserve, une seule réserve pour l'article qu'il fabrique, toute l’industrie française se trouve ainsi réservée, et que le système prohibitif l’emporte dans l’opinion des industriels et des commerçants sur la liberté commerciale. Oc raisonnement est plus spécieux que solide ; car un homme qui demande la liberté .commerciale chez lui et chez les autres, en n’exceptant qu’un ou deux articles, ne peut en bonne logique être considéré comme professant une doctrine contraire. Que ces opinions et ces tendances soient dictées par l’intérêt, par l’égo'ismc et la cupidité, c’est une question tout à fait en dehors de nos investigations économiques, et que je crois inutile d’aborder. Ce qu’il fallait -surtout constater, c’est ce sentiment général d’après lequel chacun croit que. la disparition de certaines entraves favoriserait son industrie et son commerce, sentiment \rai, qui a toujours existé et qui existera toujours. Il y a plus; il n’y a personne qui ne dise ; « Ah! s’il s’agissait d’appliquer le svstcme à une société nouvelle, rien ne serait plus facile et plus beau. « Ln sorte qu’on est à peu près unanime sur l’excellence de la théorie et de la plupart de ses applications.
Les économistes avancés, qui n’admettent aucune exception,
. veulent procéder avec toute l’énergie et la rapidité qu’inspirent de profondes convictions; ils veulent abattre d’un seul coup les douanes, les monopoles, et le personnel i|ui les soutient. Quelles seraient les conséquences d’une pareille, réforme? Si on laissait entrer aujourd’hui en franchise tous les tissus étrangers, les fers et les métaux ouvrés, les consommateurs s’en trouveraient bien au moins pendant un certain temps, et quelques industries y trouveraient un grand profit. Mais il est certain que ce changement instantané et inattendu causerait d’immenses désastre.dans l’induslrie ; d’énormes capitaux deviendraient improductifs, des centaines de mille d’ouvriers se Iroiiveraient tout .?
coup sans liavail et sans ressources, l/.Vnglelerre et la Belgique pourraient, par exemple, sans peine approvisionner la France en l'cr pour la moitié (Je sa consommation, ce qui réduirait nonseulement d’autant la lal)rieation intérieure, mais ce qui occasionnerait encore d((s jiertes considéral)les aux maîtres de torfies en état continuer leur production. On \errait le nu-me résultat pour l’industrie des tissus : l'.tuplelernî, la I5el"i(|ue, l’.UIemaf'ne inonderaient la France de leurs produits, (U en présence de ces importations inaccoutumées, la plupart d(! nos ral)riqu(-s ne tarderaient pas à succomber. Aucun paxs n’a jamais osé Caire une semblable expérience, pas même pour une seule branclu; industrielle, i.es hommes d’Klat qui étaient et qui sont encore le plus xiveriKUit altacbés aux ibéories économi(|ucs d’.Sdam Smith ont reculé devant une entreprise de cette nature, ((t pour mon compte, j’avoue que je la trouve pleine de périls et de sombies mena((s. M.us cette ( irconstance, ne détruit en rien l’excellence de la théorie et la possibililé de son application. Que l’on compare à la fois la situation commerciale et les tarifs de l’empire avec la situation et les tarifs de la restauration, et on verra qu’à un abaissement de, taxes correspond un progrès de l’industrie et du commerce, l'areille observation s’appli(jue aux situations et aux tarifs comparés de la restauration et de ce temps-ci. Je suis loin de prétendre qu’on se soit rapproché depuis environ dix ans, autant qu’on l’aurait pu, des ^('‘ritables doctrines économiques : sur une infinité d’objets on aurait {(u abaisser les droits sans compromettre- ni le sort des entreju-eneurs ni celui des ouvriers. Toutefois, et sauf pour deux ou trois articles, il n’y a eu dans notre régime douanier rien de rétrograde. Les vues du gouvernement me paraiss(‘nt tendre xers un abaissement continuel, mais lent, beaucou|) troj) lent des taxes, il faut convenir que souxent il éprouxe des résistances, non de la part d’un intérêt spécial, mais pur la coalition de plusieurs intérêts qui se réunissent pour écarter ce qu’ils appellent emphatiquement leur ruine.
On conçoit facilement combien il est important pour l’homme d’I-itat engagé dans cette direction, de bien connaître les théories, afin de pouxoir calculer, dans l’application, leur action et leur inlluence, de manière à ne point jeter la perturbation dans le travail et la production. Ces précautions n’ébranlent lias le moins du monde l’autorité de la science et l,i puissance
(If!) llinjiiff ; rerveni, au cuiitraire, à raniiMii i hwii lias r<prits, à coiironcJre bien lies nccusatioiis. et à dririiira bmi nombre de préjugés.
.W|ui me deimiiiderails’il est possibled'arriier à la réalisnliou complète des prim-ijies de l'école écoiiomiijue moderne, je répondrais sans bésitation que cela rue paraît aussi dil'Iicile que d’éiitei' le Irollement dans une machine, que de troiner une population qui ■•e conforme strictement et sans dé\iation aucune aux principes de la morale éxangélique. que de rencontrer un liomme qui, pendant une longue existence, n'a jamais enfreint les pri'scriptions lie riixgiène. Les obstacles dans l’application ne doivent pas être attribués à la théorie, mais à l'imperfection de notre nature, à la limite imposée à nos facultés, et à ces conllits d’intérêts qui se manifestent si fréquemment dans i.i société, et (|ue lejiouvoirle ]dus fort ne saurait jamais entièrement dominer. Ln présentant ces considération> sur la difliculté des applications, je ne veux pas être ■■oupçonné d'éclectisme. La vérité n’a pas deux nuances; elle est souvent diflicile à découM’ir et à démontrer, mais (die est d’une seule pièce. ei on ne peut aller la glaner dans dix vxsterne- dilférents et la modifier selon les temps et les besoins.
Latéralement au problème des douanes, le- écimomistes agitent encore une autre ijuestiün capitale, c’est celle de l'établissement des voies de communication. (Iiielques-uns d'entre eux nous paraissent être tombés, à ce sujet, également dan- deexagérations dangereuses. C|ue, ces voies soient exécutées jiar des coinjiagnies nu par l'Ktat, elles absorbent toujours une certaine masse de capitaux, qu’on détourne quelquefois d’une autre destination, au moins momentanément. Si la dépense e-t improductive, ou. si les profits ne répondent pas au capital employé, le dommage retombe sur l’industrie. Les voies di', communication, comme les banques, doivent répondre à debesoins. et non en créer. .Si la construction des routes amenait un excès dans les charges publiques, le capital de reproduction serait entamé, et toutes les communications du montle ne remédieraient pas à un pareil mal. .Nous avons -ou- les veux dc'efl'ets de la manie des routes qui devraient nous servir d'exemple, et nous avertir qu’il faut proportionner l'établissement devoies de communication aux ri'-ources annuelles des localité- 011 du Trésor, T’Iusienrs département- -e -ont tellement oberi's
j)ar des centimes addilioiiiiels et par des emprunts, (|iic jes capitaux font défaut à l’agriculture et à l’industrie. En Amérique, on a comblé des canaux et démoli des cliemins de fer pour échapper aux frais d’entretien. Les deux railwajs sur Versailles s’entre-détruisent, et plusieurs de nos canaux sont loin de rendre les services qu’on en attendait au moment où ils ont été projetés. Tout en adoptant pleinement le principe pour l’établissement de communications multipliées et rapides, je.crois qu’il convient de lui appliquer dans la pratique les mêmes tempéraments, les mêmes ménagements qu’à la question des douanes, et d’en combiner exactement les progrès avec la situation économique du pays. Je n’admets pas qu’un Etat puisse s’endetter sans danger, puisse s’endetter avec avantage dans de grandes proportions, pour l’établissement de nouvelles voies de communication. C’est une opinion un peu timorée, par un temps où les travaux publics absorbent des centaines de millions, et où un vote unique autorise une dépense de cinq ou six cents raillions pour la construction des chemins de fer.
Ce progrès rapide, auquel des esprits ardents croient arriver par l’application énergique des principes économiques, est une chimère, et ces soudaines transformations qu’on cherche à obtenir ne feraient, pour la plupart du temps, que compromettre la fortune et l’existence des travailleurs. Il ne faut pas que les bienfaits de la réforme disparaissent dans des ruines. Les transformations doivent être lentes et successives, et ressembler un peu à cette opération qui s’exécute pour l’alignement des rues de toutes les villes de France- Dans une période sans doute assez longue, Paris, comme toutes les autres cités du royaume, n’aura plus que des rues droites, des places régulières et des édilices symétriquement disposés. Tout cela s’exécute d’après un plan depuis longtemps arrêté ; chaque année on se rapproche davantage du but, et à force de patience, de persévérance et de sacrifices modérés, mais continus, on finira par l’atteindre. Sans doute, il serait plus agréable et plus commode d’avoir, dès à présent, partout des rues droites, larges et propres; mais pour cela il faudrait abattre et réédifier d’un .seul coup, dans la plupart des villes, la moitié des rues et faire d’incalculables travaux, et par conséquent d’incalculables dépenses. Quelle est l’administration qui oserait prendre une pareille initiative, quel est l’homme sensé qui la conseillerait? El cependant tout le
nioiiili' est d’iiL'coi’d sur I" principe. Dnnssoii ii|ipli("ili<)M niôir.c. lii mesure ne rencontre (|ue des résistances partielles et peu nombreuses. .Mais s’il l'allait l'aire dans un an ce qui ne sera terminé que dans un demi-siècle, une réprobation niiiverselle accueillerait la proposition.
Kb bien ! plusieurs de nos instilnlions économiques, toutes \icieuses qu’elles sont, demandent les mêmes ménagements ; on ne peut pas les supprimer aujourd'hui et les remplacer demain sans causer les plus graves dommages à une partie considérable de la nation, dommages que les bénéfices de la réforme seraient loin de compenser. Il y a des intérêts qui se sont formés sous l’empire des lois, qui se sont étendus et développés, qui ont souvent été stimulés et encouragés par le pouvoir; et cependant ces intérêts sont contraires aux convenances générales, ils doivent disparaître un jour pour faire place à des intérêts plus vastes et plus légitimes. .Mais par rx-la môme qu’ils se sont formés autrefois dans un ordre d’idées que le pouvoir et la société croyaient justes, on ne peut pas les étoulTer subitement, et il faut nécessairement leur donner le temps de se préparer aux changements économiques indiqués par la science.
.le sais qu’une pareille marche n’est pas plus approuvée par le.hommes qui se disent progressifs par excellence, qu’elle n’a l’assentiment des conservateurs ou des esprits immobiles, que le moindre changement alarme. C’est de ceux-ci que j’ai à m’occuper maintenant. Les vrais conservateurs, les conservateur^ orthodoxes, n’ont rien de commun avec ces négociants et ces industriels qui réclament des dcmi-mc.surcs, qui veulent une liberté corainerciale tronquée, et qui verraient entrer ^olonlier^ toutes les marchandises en franchise, excepté les similaires de celles qu’ils produisent. Ils ne font aucune concession au progrès, et ils estiment qu’on est arrivé aux dernières limites des améliorations sociales. Toute ouverture des gouvernements étrangers relative au commerce les effraie; ils voient des pièges |)artout, et de sim])les négociations portent l’alarme dans leur camp; camp médiocrement peuplé, sans doute, mais qui conserve sa place dans le monde économique, et dont les s(ddals se distinguent par l’énergie de leur volonté et par la vivaciféde, leurs convictions. La balance du commerce est leur Credo; ils vivent dans le .svsième mercantile, et croient presque que les bénélires eonirnercianx d’une nation résultent des pertci
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li'uiie aulre iiuliun. li(;::iifüU|) ti ciilre l'U.\ rcgrettfiil les niaî- Irises et les jurüiides; ils Nouilriiieiit que les iiiéliers fussent hérécliliiires dans les ramilles, el (|ue nul ne |JÙt sortir de sa condilinn. Aueune ligne de douane ne leur garait assez forte, et jamais ils ne trouvent le travail national suflisamment protégé. Ils font la guerre à presque tous les produits exotiques, et trouvent, par exeu)|)le, qu’il faudrait bannir le colon pour n’avoir |)lus (|ue du lin et du chanvre. Ce n’est pas qu'ils refusent absolument de vendre leurs produits aux étrangers, mais ils veulent se les faire solder en numéraire; c'est ainsi qu'ils croient enrichir la France. Tous les impôts ijui louchent au sol leur sont odieux, car ils prétendent qu’ils ruinent l’agriculture; ils ont le plus profond mépris pour la science et pour les hommes qui la professent, quelque éminents qu’ils soient d’ailleurs. Protéger le travail national pour faire vivre les ouvriers est leur grand axiome. Les conservateurs de cette force, que le mouvement diurne de la terre semble pour ainsi dire effrayer, sont heureusement, comme nous l’avons dit, peu nombreux ; cependant ils existent dans les Chambres, et même dans le gouvernement, et ils ne manquent aucune occasion pour produire leurs doctrines. Ils se placent, dans la défense de leur système, le plus près possible de certains faits qui les intéressent particulièrement, et pour la plupart du temps, quand il s’agit d’industrie, ils semblent épouser la cause des ouvriers pour rendre ainsi leur thèse plus intéressante. Est-il question de réduire les droits sur un produit étranger fabriqué, aussitôt les supputations arrivent ; l’industrie similaire en France occupe tant d'ouvriers, pave tant de salaires, a tant de capitaux engagés ; un abaissement dans le tarif ruinera de fond en comble l’industrie, les capitaux seront perdus, et les ouvriers exposés à mourir de faim. On réduit le tarif, les ouvriers vivent et les capitaux restent ; mais cela ne change rien aux opinions des conservateurs, et à la première occasion ils reviennent avec les mômes arguments.
Si un traité de commerce projeté demande l’intervention des Chambres, ils le repoussent en principe et en fait; lu plus rigoureuse réciprocité ne saurait tléchir leur opinion sur le danger de relations trop étroites et trop faciles avec d’autres peuples. C’est toujours le travail national qui se trouve compromis ; ce, sont encoie nos industries et nos ouvriers qui sont en cause, et
qui seraient ruinés par te plus petit clianeciueMl qu on ter ni (tans nos relations comineroiales. Ce point de \ue est si in\ariable, que lorsqu’il arrive dans une l'aliricatiiui un erainl ehan- “oinent technique, ils déplorent ce clianeeiiienl. toujours pair.qu’il dé|)lace le travail. Ennemis ih’; inuhine-, les eoiisen..-teurs préfèrent le travail à la main, et ils esiimeni hii-n plio i, rouet que le métier à filer, parce que pour lu riv-i .1 des quantités égales de produits, il faut bien plus déliras avec le romi qu’avec le métier, et la population trouve pai- l onséquent plus de ressources dans le premier que dans le '•■eomi. Tout cefi , été écrit fort au long dans de gros livres, et .'.iqiuvi' d'un déluré de chiiïres.
Sans doute il y a de la mausuétuile dans désir de laiss' i tout à sa place, de conserver à chacun son po^te. de mainteni' même le régime patriarcal là où il existe, et de re>pectpr leformes du présent au point de vouloir les perpétuer dans l’avenir. Mais il y a certainement aussi derrière ce dé-ir un sentiment, peut-être latent, qui diminue un peu la valeur de celte manifestation. Ne craint-on pas les changements parce qu'ils pourraient affecter des positions et des existences douces e; agréables? Dans ce temps de fermentation universelle, on ne sait jamais, disent les conservateurs, où on s'arrête; la plus pe tite innovation peut entraîner d’immenses changements, et une fois que le charest lancé, i! n’y a plus de temps d'arrêt. I.'immuabilité, cependant, a des dangers bien plii- grands eue, ne, car on ne réussit guère à plonger les sociétés dan- uni' leihargie permanente; il faut toujours une placea l'activité, un aliment à l’intelligence et un avenir aux elforls indiv idiuds. C’est une sorte de gravitation qu’on peut diriger, mais non |ias .arrêter. Il est vrai que les conservateurs, avec celle pensée d'assurer leur position, se gardent bien d’afl’ecter celle des autres Industriels, ils s’intéressent davantage au -rirl de leurs ouvriers que les esprits progressifs, qui, sous pri'texte d'améliorations. les exposent à de périlleuses expériences ; toutefois, c’est à la condition expresse qui' l’ouvrier re-tera dans sa sphère. Commerçant, il respectera les traditions l't aura plu-de modération qu’un novateur. Propriétaire, agriculteur, il cherchera moins à augmenter son bien qu’à l’améliorer, et il tiendra a honneur qu’aucun de ses ouvriers ne tombe dans la mi-ere. Tout cela peut être dicté par un sentiment naturel d'équite
fort hüiioriiblè, mais il est eertaiii que ces qualités mif aussi uii caractère (le précaution propre à étoufo chez les inl'érieurs les velléités de chaiigenient et les désirs d’émancipation.
Economiquement, les conservateurs demandent à peu près l'isolement du pays; pour eux, les étrangers sont des ennemis qui méditent la destruction de nos industries et l'appauvrissement de notre agriculture ; ils ne comprennent pas le mécanisme des échanges, et leur plus grande frayeur est de voir sortir l’argent de France. Iis ne sont pas initiés dans cet immense mouvement qui a fait du commerce extérieur un nouvel élément de richesse pour toutes les nations, et cette doctrine, qu’un pays doit pouvoir se suflire à lui-même, est pour eux aussi vraie que son application leur paraît nécessaire. Mais je m’arrête, car je dis des choses trop connues. L’esprit de conservation n’a pas cette infinie variété d’expédients de l’esprit progressif; c’est une résistance systématique à tout changement, un cuite pour l’immobilité, une aversion prodigieuse pour les théories, et un respect singuli(;r pour tout ce qui enchaîne l'intelligence et le travail.
Dans la dissertation que je suis sur le point de terminer, une question surnage, domine toutes les autres ; elle éveille à la fois la sollicitude des hommes du progrès et des conservateurs, c’est celle des classes laborieuses. J’ai dit que je croyais qu’on était tombé dans d’étranges erreurs relativement au sort des ouvriers; que leur condition, à moins qu’ils n’aient la prétention de vivre comme les classes moyennes, était beaucoup meilleure quelle n’avait jamais été; qu’ils pouvaient satisfaire, par le produit de leur travail, à tous leurs l)esoins, et se créer par l’épargne des ressources ultérieures. Cette opinion, que je crois exacte et conforme à la réalité, s’applique aux ouvriers fran(;ais de toutes les professions, et il n’y a pas d’industrie ou de métier où le travailleur rangé et laborieux ne puisse exister convenablement. S’ensuit-il de là qu’il n’y ait rien à faire pour l’amélioration du sort des ouvriers? A cette question je réponds qu’il ri’y a rien de fondamental à faire, qu’il n’y a rien à refondre ou à organiser d’une manière radicale; que les institutions essentielles pour le bien-être des ouvriers et le développement du travail existent, et que toutes ces combinaisons, qu’on est convenu d’appeler socialistes ou humanitaires, ne feraient que porter la perturbation dans la production et le dé.s-
ordre dans les familles, si on avait le malheur de les apjdiquer.
Ce qu’il faut faire pour les ouvriers? Il faut leur reeonimander, comme à toutes les classes de la société, la religion, le travail et la sobriété : ce sont les éléments les plus certains «hbien-être et de prospérité ; et, en vivant sous de semblables influences, ils n’auront pas l’esprit préoccupé de réformes chimériques; ils accepteront les institutions sociales que nous avons, et ils fourniront une démonstration éclatante contre h-s systèmes des socialistes et les assertions des philanthropes. côté de cela la science économique présente une inlinité de moyens d’amélioration ; à mesure que, par de prudentes transitions, le gouvernement se rapprochera davantage des véritables lois de la production, le travail deviendra plus facile et plus productif, et par de nouvelles relations commerciales on obtiendra de nouveaux débouchés. L’association, et je parle de cette association qui n’alTecte ni la famille ni la propriété, peut, dans une foule de circonstances, réduire les dépenses et accroître les proGls. Lüfin, les établissements de prévoyance et d’épargne contribueront à former des capitaux qui souvent feront passer le travailleur de l’état d’ouvrier à l’état d’entrepreneur, et qui, dans tous les cas, lui assureront une ressource dans les mauvais jours. Ces moyens, me dira-t-on, ne sont pas nouveaux. Sans doute, ils ne sont pas nouveaux ; mais c’est de là, et du travail affranchi, qu’est venu le progrès économique; c’est de là qu’il viendra encore. La religion, la philosophie et la morale aussi ne sont pas nouvelles; c'est un titre pour ceux qui les comprennent, c’est un vice pour ceux qui n’en veulent pas.
Théodoee Fi.\.