PREFACE
VJE n'est pas au moment où l'opinion manifeste en Fi ance un intérêt si vif et si patriotique aux travaux de son gouvernement , que des considérations sur cette puissance appelée si justement la reine du inonde , pourraient paraître intempestives ou déplacées. A la suite d'une révolution dont toutes les phases furent peutêtre déterminées plus immédiatement encore par l'esprit public, que par des projets suivis et des plans concertés , quand de ce volcan politique sont enfin sorties ces institutions dont une amélioration progressive doit assurer au sentiment national une si utile influence , un empire si inébranlable , l'écrivain sans passion , qui cherche à en approfondir et la nature et les effets , ne peiU mettre au nombre des
dangers qui le menacent la défaveur de l'opinion et l'injustice des préventions. C'est bien assez pour lui d'avoir à lutter contre la faiblesse de ses plans , l'insuffisance de ses preuves et le vague de ses développeniens. Au surplus , et je dois le déclarer pour l'acquit de mon amour-propre, une incursion sur un sujet aussi vaste n'est point de ma part la prétention de l'envisager sous tous les rapports qui peuvent lui être applicables. J'ai voulu seulement faire ressortir les élémens principaux qui constituent cet agent universel connu sous la dénomination d'esprit public ; démontrer l'importance de ses inspirations, et la nécessité pour un gouvernement d'y conformer, autant que possible, l'ensemble de son système et les détails de ses opérations ; appliquer ses principes aux différentes formes de gouvernement indiquées par les besoins primitifs des sociétés , ou successivement introduites par la civilisation ; enfin , présenter comme conséquence évidente de quelques vérités con-
statées , la supériorité du gouvernement monarchique constitutionnel , et les garanties qu'il assure par l'esprit pnblic à la solidité des institutions, aux droits réciproques des gouvernans et des gouvernés, à la conservation du bon ordre enfin , comme au maintien de la liberté. Dans toutes les considérations par lesquelles j'ai cru pouvoir arriver à cette heureuse conclusion , j'ai tâché de concilier avec une modération respectueuse prescrite par les convenances autant que par le devoir à tout bon citoyen, l'indépendance de l'honnête homme dont l'opinion ne se modifie jamais d'après des calculs de faiblesse ou d'adulation : j'ai dit ce que j'ai cru la vérité, parce qu'elle doit passer avant tout, parce qu'une franchise sans réserve est le plus noble tribut que puisse payer uu Français à son gouvernement , parce que je respecte assez mon prince et ma patrie pour leur présenter cet hommage. Maintenant, que l'esprit de parti se venge sur mes intentions des efforts que j'ai faits
pour le démasquer ; que la bassesse , accoutumée à prendre pour le langage de l'insubordination tout ce qui n'est pas celui de la servitude , me poursuive de ses fausses interprétations , je me sens assez fort contre ces deux vils adversaires ; je livrerai de même à ia critique la témérité de mon entreprise , et les nombreux défauts de son exécution ; nul écrivain n'a le pouvoir ni le droit de s'y dérober : mais je ne reconnais pour juges de mes sentimens , que le patriotisme et l'impartialité ; c'est sous leur égide que j'ose placer ce faible ouvrage. J'abandonne tout aux chances de la discussion j je ûe réserve que mes principes.
ou