CHAPITRE XIX
Récapitulation générale et conclusion.
JNous voici enfin arrivés au terme de ces considérations que nous a suggérées la conviction profonde de l'influence exercée par l'esprit public sur le système politique desgouvernemens, et sur la prospérité des peuples. Maintenant il ne sera pas inutile de réunir en un seul tableau tous ces détails que la multiplicité des points de vue nous a forcés de disséminer. Nous allons embrasser d'un coup d'œil l'ensemble des observations que nous avons développées jusqu'ici, pour en mieux saisir, s'il est possible , l'enchaînement et les conséquences.
En métaphysique comme en toute autre chose, il n'est point de raison sans clarté, et la clarté dépend d'un point de départ
déterminé bien positivement. Avant d'emprunter des considérations aux caractères différens de l'esprit public , nous avons donc dû commencer par définir avec le plus de précision possible la nature même de cet agent universel. L esprit public , avons-nous dit , est la part plus ou moins active que prend la partie éclairée de la population f au sjstème général de son gouvemeinent , et aux actes particuliers de son administration : nous l'avons présenté successivement impartial dans son esprit , infaillible dans ses inspirations, irrésistible enfin dans son influence; c'est avec ces attributs que nous l'avons introduit dans la carrière de la politique et de l'administration.
Le premier objet d'examen dans un pareil sujet, devait être naturellement la naissance, la marche , et le développement progressif de l'esprit public : nous avons présenté la classe éclairée de la population , s'emparant dans la capitale , et au moment même où ils sont proclamés, de tous les actes du gouvernement, les faisant passer au creuset de son expérience , les soumettant à une discussion raisonnée , les marquant enfin du sceau de son animadversion , ou les recommandant par un j ugement plus favorable à l'approbation universelle. C'est dans cet
état que, livrés sur tous les points de l'empire * aux méditations des sages, comme à celles de la masse imitatrice, ils y deviennent l'objet d'une procédure nouvelle qui manque rarement de confirmer les arrêts de la première. C'est seulement quand elle en esta ce point d'unanimité dans son expression, qu'il est impossible de contester à l'opinion cette irrésistibilité dont nous avons fait un de ses principaux caractères , c'est alors qu'elle constitue ce sentiment noble et généreux qui attache véritablement un peuple à son pays, l'esprit national , enfin le patriotisme.
Pour ne pas indiquer à demi la nature et les caractères de l'esprit public, il fallait le montrer quelques instans en face de son ennemi le plus implacable , de cet esprit de parti qui , sous la ressemblance imposante qu'il a l'art de lui dérober, fascine les yeux peu exercés de la crédulité, et se fait passer quelque temps pour celui
* Il est inutile de faire observer qu'en nous servant du mot empire^ notre intention n'est point de désigner le gouvernement impérial en particulier; c'est l'expression générique qu'il convient d'employer toutes les fois qu'on fait une allusion générale à tous les modes connus d'organisation politique.
même dont il a conjuré la perte : ce n'était qu'en lui arrachant son masque imposteur, et en le montrant dans son infâme nudité qu'il était possible de le faire reconnaître, pour le faire en même temps détester ; c'est ce que nous avons essayé, en dédaignant toutefois l'exagération , l'injure, et tous les moyens auxquels il est accoutumé lui-même. En les voyant sous leurs véritables traits , l'esprit public avec sa franchise, sa modération et son impartialité; l'esprit de parti , au contraire , avec ses emportemens , son intolérance et sa mauvaise foi , il est impossible de confondre un moment l'un et l'autre.
Ces premières considérations, générales dans leurs principes, devaient en amener de particulières dans leur application. Nous avons été conduits naturellement à indiquer lesavantages que peut retirer un gouvernement de l'esprit public, et déjà notre travail acquiert de cet objet de haute politique un nouveau degré d'importance : nos argumens à cet égard ont été tirés de l'intérêt qu'a tout gouvernement régulier à assurer sa propre conservation , de l'impossibilité où il est de se conserver sans l'amour de ceux qui lui sont soumis , enfin de la nécessité, pour se concilier un pareil sentiment, de mettre
tous les actes de son autorité en harmonie avec l'opinion générale des administrés. De là les avantages bien évidens qui doivent résulter pour lui de la manifestation de l'esprit public ; et ce n'est pas après des crises aussi instructives que celles dont nous sortons , qu'il est permis de révoquer en doute l'utilité de ses conseils, l'efficacité de ses remontrances.
Des avantages bien démontrés que trouve un gouvernement à faire concourir à ses actes l'influence de l'esprit public, on doit arriver sans détour à la nécessité d'employer les moyens les plus sûrs pour parvenir à en connaître la véritable expression. Le second de ces principes est rigoureusement la conséquence du premier : et que signifierait cette utilité incontestable de l'opinion sans des organes noji équivoques de sa manifestation? Ici l'expérience et le raisonnement sont d'accord pour nous indiquer h la fois les plus naturels et les plus infaillibles; les deux principaux sont la représentation nationale , et la liberté de lîf presse , toutes deux attaquées par les préjugés, la routine et la mauvaise foi , toutes deux destinées à sortir victorieuses de cette lutte inégale. En parlant de la représentation nationale, nous avons dû signaler l'insuffisance, ou plutôt la nullité ab-
solue de cette institution , si les choix des hommes charges d'une mission aussi importante pouvaient être dicte's ou influencés par l'autorité , si , une fois investis du droit d'être les organes du vœu national , ils pouvaient être gênés ou intimidés dans leur indépendance ; quant à la liberté de la presse , il nous a fallu subordonner les heureux effets de son influence à ce qu'un gouvernement ombrageux n'en paralyse pas l'exercice, sous prétexte d'en réprimer les abus. L'occasion était trop favorable pour ne pas invoquer, dans les délits de la presse, l'application exclusive de la loi par un jury ramené à toute la pureté de son institution. Enfin la représentation nationale constituée avec toute son indépendance, la liberté de la presse dans toute sa réalité ; voilà les deux premiers organes des vœux universels. Joignez à ces deux précieuses garanties la publicité des opérations administratives, et vous aurez examiné les principaux moyens de parvenir à la manifestation véritabfe de l'esprit public.
Après la connaissance des issues à ménager au sentiment national , ce qui importe le plus au pouvoir jaloux de profiter de toutes ses inspirations, c'est de découvrir pour les éviter, les causes qui peuvent s'opposer à ce que l'exprès-
sion en arrive franchement jusqu'à lui. Outre l'esprit de parti qui sera toujours l'obstacle contre lequel il lui faudra lutter avec le plus de perse'vërance , nous avons cru devoir lui signaler l'adulation qui l'aveugle, et l'irréflexion dans le choix de ses agens capable d'intercepter toute communication entre lui et la franchise , quelquefois importune pour eux, de l'esprit public. Nous avons signalé de même cet abus presque général qui semble réunir dans la capitale tous les administrateurs du royaume , et , par conséquent, ralentit ce commerce continuel qui doit exister entre le pouvoir et les administrés par la voie de ses intermédiaires naturels. Soit calcul , soit maladresse , il est impossible de n'y pas reconnaître un danger réel pour l'autorité ; nous avons dû poser sur cet écueil le fanal du raisonnement.
Une erreur presque générale parmi les hommes placés à la tête des affaires, c'est l'obstination avec laquelle on les voit prétendre à diriger eux-mêmes l'esprit public. Ne pouvant se dissimuler toute la force de son influence , ils prennent pour règle de conduite, à cet égard, un sophisme qui leur parait le chef-d'œuvre de la logique et le îiec plus ultra de l'argunientation; puisqu'il est reconnu impossible, disent-
ils, de résister au torrent impétueux de l'opinion, empêchons-le de prendre une direction contraire à notre système, et sachons lui imposer des digues pour ne pas en être bientôt entraînés. C'est à prouver la fausseté d'une pareille conséquence que nous avons consacré le septième chapitre de cet ouvrage : la tâche en est devenue facile par l'exemple de tant de gouvernemens éphémères qui ont succombé sous celte malheureuse prétention. Ce n'étoit pas sortir de notre sujet , que de dire un mot de cette police vexatoire , qui dans les mains de l'inexpérience ou du despotisme , est généralement l'arme la plus employée à cet usage. Nous avons tâché de concilier la nécessité de cette institution renfermée dans les bornes d'une surveillance tutélaire , avec les reproches que nous ne pouvions épargner aux nombreux abus dont elle est trop souvent l'occasion. A côté de ce système toujours fatal à ceux qui lui donnent une imprudente préférence , nous avons placé celui d'une tolérance sagement réglée; elle gagne tous les esprits, elle réunit tous les cœurs , c'est là qu'est véritablement la seule direction que l'autorité puisse avoir la prétention de donner à l'esprit public.
Libres enfin des définitions générales et des
fécules universelles qui en sont dérivées, ii tallait faire de ce sentiment patriotique et de son influence, des applications particulières à toutes les parties de leconomie administrative. La première, dans l'ordre de la politique et de la société , a sans doute pour objet le système judiciaire ; c'est aussi par-là que nous avons dû commencer. Nous avons fondé ses rapports avec l'esprit public sur les changemens successifs introduits dans notre législation , et tous plus ou moins vivement réclamés par l'opinion avant d'avoir été définitivement établis; nous les avons fait ressortir en outre de ces circonstances délicates, où la loi n'ayant pu prévoir l'immensité des détails susceptibles de s'y rattacher, a du laisser a ses interprètes quelque latitude dans son application. Mille exemples attestent que c'est souvent, dans ce cas, l'opinion qui les détermine, surtout s'il s'agit de ces jurys composés des citoyens éclairés que nous avons vus concourir le plus directement à sa formation.
Si le besoin de la justice est pour toute société politique le premier de tous, et moralement parlant, le plus indispensable, celui de ressources financières ne se fait pas sentir moins impérieusement pour sa prospérité , et ce n'est
38o pas sur la fortune publique , que le sentiment qui nous occupe a \ç moins d'ascendant. Nous avons trouvé dans les réformes et améliorations produites par l'opinion dans le système judiciaire les preuves de son influence; c'est aussi dans les nombreux abus signalés en finances par cette surveillante universelle , que nous avons puisé nos principaux argumens pour démontrer ses rapports avec le système financier. En y joignant la nécessité de sa coopération pour assurer des recouvremens qui sans elle seroient continuellement ralentis ou entravés , pour arracher spontanément à toute une population des sacrifices volontaires nécessités quelquefois par la difficulté ou par l'urgence des circonstances, pom' faciliter des emprunts que l'insuffisance des autres ressources peut rendre indispensables , enfin , pour maintenir un crédit toujours avantageux même au sein de l'abondance, en faisant dériver de ces considérations la nécessité de faire à l'opinion toutes les concessions praticables qu'elle peut réclamer en finances , nous avons toute la théorie des rapports du système financier avec cette puissance morale qui le vivifie.
P^ans l'état actuel des peuples de l'Europe , au milieu de ces multitudes armées , toujours
prêtes à fondre l'une sur l'autre au signai de l'ambition , de la haine , ou de la vengeance, la force physique n'est pas moins indispensable à un empire , pour sa conservation , que le bon état de ses finances , pour sa prospérité ; il était donc convenable d'examiner aussi l'analogie que peut avoir l'esprit public avec le système militaire. On ne peut nier d'abord que le motif le plus puissant d'émulation pour les guerriers, ne soit cette idée de gloire et d'honneur attachée par l'opinion aux services de cette nature ; c'est elle qui se charge d'apprécier un dévouement périlleux , d'en payer les travaux , d'en récompenser les dangers ; c'est elle aussi qui change en animadversion et en inimitié ce sentiment de sa première bienveillance , quand les armes employées d'abord à la défense nationale , se tournent ensuite contre un peuple pour son oppression. C'est en entretenant dans les rangs cet intérêt individuel aux intérêts de la patrie , cet esprit public enfin dont nous parlons , que les gouvernemens obtiennent de leurs défenseurs ce courage impétueux , et cette force indomptable qui ne sera jamais l'effet d'une froide impassibilité. C'est enfin l'esprit public qui , toujours juste dans son enthousiasme
comme dans sa réprobation , après avoir payé le tribut d'une reconnaissance sans bornes au gouvernement protecteur de la sûreté ou de l'indépendance nationale , poursuit de son animadversion le pouvoir turbulent ou ambitieux , qui ne craint pas d'éterniser , sans motif, le fléau de la guerre étrangère. Toutes ces considérations n'indiquent-elîes pas autant de rapports de l'opinion avec 1 esprit et l'orga^ nisalion du système militaire ?
Quand les chefs des nations sont fatigués d'une guerre dont tous les fléaux ont dévoré l'humsanité , il faut bien qu'ils conviennent entre eux , pour un temps du moins , des conditions d'une paix qui la console. C'est alors que le vainqueur cherche à s'assurer le fruit de ses triomphes , et le vaincu , à sauver de son désastre des débris suffisans pour lui faire tenter un jour la chance de le réparer. Des deux côtés, l'esprit public est destiné à jouer un rôle important dans ces assauts diplomatieques. En présentant alternativement le négociateur dans l'une et l'autre de ces deux positions , en le supposant même dans une situation intermédiaire, celle d'une parfaite égalité avec le diplomate qui lui est opposé , nous l'avons vu partout également intéressé à pouvoir, sans
être démenti , faire de l'ëtat de l'opinion un de ses plus victorieux argumens : enfin , ce n'est point une attention minutieuse pour un gouvernement , que de choisir , pour le représenter , un homme d'état personnellement investi de l'estime publique , et recommandé par les suffrages universels. Lorsqu'il sera arrivé au moment d'invoquer l'influence de l'opinion , elle ne désavouera pas l'appel de l'homme qu'elle n'a pas désavoué lui-même. D'après ces diverses considérations , il serait absurde de supposer l'esprit public plus étranger au système diplomatique , qu'aux autres parties de l'administration.
On a dit depuis long-temps que les sciences , les lettres et les arts sont enfans de la paix ; c'est d'eux que nous devons , par conséquent , nous occuper , dès qu'elle est heureusement rétablie. Il nous a été facile de les rattacher au mobile universel qui nous occupe , en réfléchissant aux effets de l'opinion sur la composition de tout ouvrage politique ou même simplement littéraire , comme à l'impulsion qu'elle en reçoit à son tour , quand ils sont publiés. Nous n'avons pu négliger l'action plus immédiate encore des beaux-arts, sur ^sentiment national ; elle se fait assez reconnaître à l'im-
pression individuelle que ne manque jamais de faire sur chacun de ceux qui en sont frappes , toute production représentant ou un trait histo-* rique, ou le personnage qu'il a rendu célèbre. Enfin , les allusions saisies au théâtre avec tant de perspicacité, ne pouvaient être un argument a dédaigner dans les preuves à fournir de l'influence des lettres et des arts sur l'esprit public. Ce n'est pas dans un pays agricole , industrieux et commerçant, qu'il serait excusable de passer sous silence les rapports de l'opinion avec l'agriculture, l'industrie et le commerce. Conimencantdonc par l'agriculture, son ascendant se démontre suffisamment par la dépendance manifeste où sont les villes les plus importantes, des campagnes qui les nourrissent, et parles modi-^ fications différentes qu'apporte au patriotisme des cités , l'abondance ou la disette des produits nécessaires à leur consommation. Quant à l'industrie , s'il est vrai que la nature des événemens et l'état de l'opinion déterminent, ou du moins influencent une grande partie de ses productions, si elles réagissent à leur tour sur l'opi^ nion , par les occasions qu'elles lui fournissent journellement de se manifester , et par le degré d'intensitéljli'elles ajoutent à sa manifestation , on ne peut contester les rapports de cet élé-
ment de la prospérité nationale avec l'esprit public. C'est sur ces points évidens que nous avons établi nos principes, en les étendant au commerce qui , associé d'une manière si intime avec l'industrie , ne saurait en être , sous ce point de vue , raisonnablement séparé.
Dans cette liaison constante de l'esprit public avec tout ce qui peut intéresser la gloire et la prospérité nationales , il serait extraordinaire que la morale et la religion, par leur gravité même, pussent seules lui demeurer étrangères. Elles ne sont pas non plus dans cet état d'isolement à son égard. L'opinion semble d'abord , par sa docilité aux exemples de la puissance , rester assez indifférente aux progrès et aux pertes de ia morale ; mais elle ne tarde pas à en revendiquer les droits , quelquefois même à les venger avec une sévérité d'autant plus inflexible, qu'elle cherche à en voiler les écarts de son propre entraînement. L'histoire moderne est là pour en offrir plus d'un exemple frappant. Quant a la religion , nous avons fait dériver ses rapports avec l'esprit public , de l'effet que peut avoir un système de tolérance ou de persécution sur la concorde universelle , et sur l'attachement au gouvernement; qui en est une
des conséquences. Nous avons cru devoir raltacher à cette considération générale quelques idées non moins importantes, pour en venir à cette conclusion , que l'état de l'opinion rendit inévitables dails des temps reculés, des abus, des persécutions et des malheurs religieux qu'elle rend aujourd'hui pour jamais impossibles.
C'eût été méconnaître l'empire de l'esprit public dans un de ses objets les plus important, que de ne pas le considérer dans ses rapports avec la stabilité des institutions par l'éducation. Tout en réalisant pour la génération qu'il anime les avantages inséparables de son expression , il sait encore en garantir la durée à celles cpi lui doivent succéder; il réunit le présent et l'avenir par la chaîne non interrompue de son influence. De la vocation à laquelle sont appelés les citoyens à fournir leur contingent à la masse du sentiment national , se déduit tout naturellement la nécessité d'initier à. ses inspirations une jeunesse destinée à en devenir ua jour l'interprète. La propension actuelle des étudiatis et des universités à s occuper d'économie politique concurremment ay^ les autres sciences objets de l'éducation, n'était pas , dans notre sujet, une circonstance
indifférente : il nous a semblé convenable de combattre les sophismes accumulés à cet égard par la susceptibilité; enfin nous croyons avoir démontré; par la nature même de l'esprit public , ses avafttages sous ce rapport particulier , et l'impossibilité, en toute hypothèse, de l'exiler des foyers de l'éducation.
Après avoir observé cet agent universel dans sa naissance, sa marche et ses rapports avec chacune des parties principales de l'économie politique, il ne peut-être indifférent de le suivre dans sa décadence et dans son renouvellement, ou, s'il est permis de s'exprimer ainsi, dans sa mort et dans sa résurrection. Nous l'avons donc présenté réduit par l'inexpérience d'un gouvernement obstiné à en repousser les avis, à un état d'affaissement précurseur d'une léthargie plus ou moins pj olongée , mais que doit suivre inévitablement un réveil d'enthousiasme ou d'irritation. S'il est tiré de son engourdissement par un Henri iv, jaloux d'identifier avec l'opinion l'exercice d'une souveraineté bienfaisante, il va renaître avec toute sa vigueur pour en seconder les nobles intentions; mais, s'il se réveille aux secousses de jour eri jour plus violentes d'une autorité arbitraire ou despotique, c'est par des convulsions et des
fureurs que s'annoncera ce funeste moment. Enfin son retour à la vie est infaillible; ce sont les circonstances auxquelles il le doit, qui déterminent ses heureux résultats , ou ses funestes effets. •
Toutes les considérations qui nous ont occupés jusqu'ici avaient pour objet de nous aider à déterminer la forme de gouvernement la plus propre au développement de l'esprit public, et la plus favorable à son influence.il fallait, pour cela, définir chacun des quatre modes d'organisation sociale reconnus par les publicistes, et leur appliquer les rapports sous lesquels nous avons envisagé successivement cette puissance irrésistible. En commençant par le gouvernement despotique , nous y avons reconnu l'absence de tout sentiment national , nous avons été par conséquent dispensés de tout examen sur son intervention. U aristocratie , en mettant à sa naissance des entraves un peu moins insurmontables, ne nous a pas semblé présenter des ressources beaucoup plus efficaces pour son développement ; seulement elle laisse entrevoir dans la perspective l'approche d'un ordre de «hoses plus favorable à son établissement. De tous les modes d'association politique, le gou' vernement républicain est saus doute celui qui
présente à l'opinion les chances les plus avantageuses, celui qui se ressent le plus heureusement de son entremise. Le contact individuel de chacun avec la patrie, l'aptitude de tous aux emplois et aux honneurs de la république , ne peuvent laisser personne étranger au sjsiènie général, et aux actes particuliers de l administration. Cet argument serait sans réplique ien faveur de la démocratie , si le sentiment de l'esprit public, susceptible par sa nature même de tous les écarts de la fougue et de l'exagération, n'exposait pas le pays qui en est le foyer a des crises souvent inévitables. Il est heureusement une forme de gouvernement qui, dégagé des inconvéniens des deux premiers, et réunissant tous les avantages de la république, sans être exposés à leurs fatales compensations , forme, sous l'influence du patriotisme , la plus belle conception politique sortie jusqu'ici du vaste laboratoire de l'esprit humain; c'est là que l'opinion éclaire sans consumer, que, placée comme un fanal salutaire, elle guide le vaisseau de létat à travers les écueils, elle facilite au pilote sa manœuvre ; il dépend de lui d'entrer dans le port.
Il était difficile de terminer des considérations sur l'esprit public sans les appliquer à une
époque où ii se présente à l'homme d'état avec une attitude si énergique, avec un développement si utile : comment ne pas parler de ces vœux si universels aujourd'hui, de ces réclama' tions si positives en faveur de la stabilité du gou' vernement et des principes constitutionnels? Comment ne pas insister avec l'opinion sur le perfectionnement de ces institutions qui doivent en être les conséquences? sur ces modifications salutaires, objets de tant d'espérances j motifs de tant de sollicitudes? Etait-il permis de passer sous silence le tribut payé par une nation généreuse au monarque éclairé qui fît de la reconnaissance de ses droits le fondement de toute concorde et le gage de toute réconciliation ? Oui, la charte j et une législation en harmonie avec ses dispositions , Vunion entre tous les enfans de la famille , roubli de toutes les otFenses , et le sacrifice de tous les ressentimens ; enfin le repos et la stabilité sous la protection d une nioaarchie constitutionnelle , voilà sans obscurité, sans arrière-pensée, le cri unanime des peuples fatigués de troubles et de révolutions, voilà l'élan caractéristique de l'époque actuelle, le vœu impérieux et irrésistible de l'esprit public.
Telle était la conséquence défini ive à la-
3yï
quelle nous tendions dès le commencement de cet ouvrage. Signaler la nature , les caractères et les avantages de l'esprit public; indiquer les obstacles qui peuvent s'opposer à son développement , et les moyens à employer pour en triompher ; spécifier ses difFe'rens rapports avec toutes les parties de l'économie politique et administrative; les appliquer aux différentes formes de gouvernement , et ne trouver pour les y adapter aveqn sécurité que la monarchie tempérée par les lois, ou constitutionnelle; exprimer enfin sommairement l'état actuel de l'opinion , la nature et les objets de ses réclamations, tel était notre but : heureux le peuple français, si par des institutions sagement combinées avec ce mode d'organisation dont il est fier d'avoir adopté les principes, il est destiné à servir aux nations de snectacie et de modèle !