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AVIS

« Attendu que les cheveux coupas excitent autant de répulsion que les cheveux rouges, et que l'aversion produite par ces cheveux courts retombe sur la personne qui les porte, attendu qu'une telle façon de tailler ses cheveux n'est point chrétienne, ou qu'en d'autres termes, les chrétiens ne veulent point l'admettre; attendu que pour le soussigné la chevelure n'a pas été une cause de souffrance moins grande que pour Absalon, quoique par des raisons toutes différentes; attendu qu'il lui a été notifié que le public se proposait de l'envoyer dans la tombe, comme le soussigné ne se résigne point à une telle extrémité, il a l'honneur d'informer le noble, savant et intéressant public-, que dimanche prochain il se montrera dans les principales rues de Hof avec une queue fausse ; il espère que cette queue sera comme un aimant, un nœud d'amour, une racine magique qui attirera bon gré mal gré à lui l'affection de tous ceux qui la verront, quels qu'ils soient:

Mais rentrons dans un autre ordre d'idées. Ce fut dans les jours de ces années passées à Hof, près de sa mère, que Richter étudia le plus, et il est intéressant de voir de quelle façon il poursuivait ses études. On peut indiquer comme un plan celui qu'il mit en pratique, et dont iUpouvait dire : Je suis certain d'une chose, c'est d'avoir tiré de moi tout ce qu'il est possible de tirer de la matière, et on ne peut rien exiger de plus.

D'abord, dans les règles qu'il s'était tracées, il s'efforçait de faire un juste partage de son temps et de ses forces, et de n'employer à rien d'inutile ses facultés. Il ménageait ainsi de telle sorte son capital, que l'avenir devait lai donner les intérêts toujours croissants du présent. Il puisait l'élément de son esprit à trois grandes sources : à la nature vivante, en communion avec la vie humaine, dans les livres et dans le monde intérieur de la pensée. Là étaient les matériaux qu'il devait mettre en œuvre.

Nous avons déjà mentionné sa bibliothèque manuscrite. A l'âge de quinze ans, avant d'entrer au gymnase de Hof, il avait rempli d'énormes in-quarto d'extraits des ouvrages les plus célèbres qu'il pouvait emprunter, et des publications périodiques, et s'était fait ainsi une sorte de répertoire de toutes les sciences. En commençant ce travail, comme il avait le projet d'étudier la théologie, ses extraits étaient d'une nature théologique et philosophique, son second volume renfermait l'histoire naturelle, la poésie; puis il avait abordé la médecine, la jurisprudence, et enfin la science universelle. Il avait ainsi devancé une des formes actuelles de notre librairie. Il avait composé une collection de manuels de géographie, d'histoire naturelle, d'observations intéressantes, d'aventures comiques, d'épisodes accidentels.

La nature était pour lui comme un grand livre dont il faisait des extraits, où il recueillait les faits, dont il prévoyait l'emploi, et il écrivit ainsi un volume de notes auquel il donna le titre de Nature.

Quand il méditait un nouvel ouvrage , il commençait par coudre des feuillets blancs, sur lesquels il traçait l'ébauche des principaux caractères, des principales scènes, des pensées qu'il devait ensuite élaborer, et il intitulait ces recueils : Carrière de Titan; Carrière d'tfwper, etc. Un de ses biographes nous a conservé le travail préliminaire qu'il fit pour son Titan. C'est un

volume de soixante et dix pages, imprimées en caractères serrés.

Dès sa première jeunesse Richter travailla aussi à se composer un Dictionnaire et le continua toute sa vie. Il y rassemblait tous les synonymes et toutes les nuances d'acception dont un mot était susceptible. Pour un seul mot, il en a trouvé plus de deux cents. Si en songeant à cette masse d'écriture, on se rappelle qu'il copiait lui-même toutes ses lettres, on ne comprendra pas comment il trouvait le temps de suffire à toutes ses entreprises. Il s'était fait une loi de n'employer que la moitié du jour à écrire; l'autre moitié, il la consacrait à l'invention, à la conception de ses différentes œuvres, auxquelles il rêvait en se promenant en plein air.

Ces promenades dans les vallées, dans les montagnes, l'habituaient à supporter toutes les vicissitudes des saisons, et lui donnaient une telle prévision des changements atmosphériques, que ses concitoyens l'appelaient le prophète du temps. Qn le regardait avec surprise, gravissant les collines, un livre à la main, la poitrine découverte, les cheveux au vent, chantant le long de son sentier. Ceux qui l'ont vu à cette époque le représentent avec une taille svelte, une figure pâle et maigre, un beau front élevé, sur lequel flottaient de légères boucles de cheveux blonds. Ses yeux étaient d'un bleu doux et limpide, mais quelquefois animés d'une flamme soudaine et étincelante. Son nez était délicatement formé et sa bouche charmante. Il portait un habit gris, un chape lu de paille, et s'en allait toujours suivi de son chien.

Quand il rentrait dans la pauvre chambre où sa mère travaillait sans cesse, où lui-même passait la moitié du jour devant son pupitre, il entendait raconter tout ce qui occupait et agitait la société de Hof. Il apprenait à connaître la valeur des plus petites choses. Les joies, les chagrins, les sentiments de haine et d'affection de la vie se déroulaient devant lui dans cette peinture de Téniers.

JEAN-PAUL RIGHTER

Lui-même était un des principaux personnages de ce tableau. Il lisait son Platon, tandis que, le dimanche, sa mère répandait un sable frais sur le plancher, ou préparait quelques mets de luxe pour les jours de fête. Les deniers qu'il gagnait avec peine servaient à acheter l'oie de la Saint-Martin, tandis qu'il rêvait à sa gloire future. Pendant longtemps il resta oublié dans cette humble société. Il n'avait pas besoin, comme les autres poètes, de se rapprocher de temps en temps de la classe laborieuse et souffrante, pour l'étudier. Il appartenait lui-même à cette classe; et c'est là que son cœur s'est ouvert à cette sympathie humaine, qui a fait de lui, en Allemagne, le poète du pauvre.

Ce qui est très-touchant encore à observer dans le caractère de Richter, c'est le soin avec lequel il prenait a tâche de conserver sa pureté de cœur et le sévère contrôle qu'il exerçait sur ses actions. Gomme Quintilien, il pensait que pour bien parler et bien écrire, il fallait être honnête homme. Gomme plusieurs personnes pieuses, il notait régulièrement les fautes auxquelles il se sentait le plus enclin, et les victoires morales qu'il remportait par la grâce de Dieu. Il s'était fait un petit livre de dévotion, dont nous extrayons les passages suivants :

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