‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 40 sur 102 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Les trois articles qui coinpoiieiU la présente brochure ont été écrits alors que jo résiditis à Pornic, sur les bords de la mi^r ; le Pknre de la Loire les a publiùe, et je remercie M. Mangin, directeur de cet important journal, de leur avoir ouvert ses coloones, Je remercie aussi les diH'érents journaux de Paris el dut départements qui les ont reproduits; et c'est en raison de cet accueil que Je les remets sous les yeux du public (i). Le temps presse, le péril est liriiud, et chacun doit intervenir selon ses forces dans 1.1 lutle.

Ces urticles correspoiidenl aux trois phases que lu fusion a présentées successivement. D'abord nous L'ùnies la phase pure du drapeuu blanc, de la légilimiléi* restaurée et df H. de Chanibord relevant la monarctiifl Iradilionmile. Puis on parla de tu vieille ronstilution monarctiique dn la France, de celle que la révolution avait si méchamment mise à mort. Enfin, ritnonvant, vu h^s impossibilités, au drapeau lilanc et h la vieille constitution, lu fusion se fixa nu drapeau tricolore et k des institutions que la chambri! ferait adopter au futur Henri V. Là est In suite et l'unité dp ces articles.

Les hoioaies qui combattiiont l'établissement de

(I) Celta pr6face porta In date du S octobre 1873. (3) Soui lonna ûo lirocliiire, en 1873.

l'empire de toutes leurs forces, auraient, le résultat Ta montré sans conteste, rendu à la France un signalé service, s'ils eussent réussi. Ceux qui combattent aujourd'hui de toutes leurs forces le rétablissement de la légitimité, rendront, s'ils réussissent, un non moindre service; car, vu le prince et le pays , l'avenir de la restauration ne sera pas autre que n'a été son passé.

Je comprends sans peine que des hommes éclairés et bien intentionnés préfèrent la monarchie constitutionnelle, et, soit par souvenir, soit grâce à l'exemple de l'Angleterre, y voient un gage de sécurité. Sans partager leur opinion, vu que, suivant moi, ils ne se rendent pas suffisamment compte des difficultés qui attendent en France tout rétablissement monarchique, et des facilités qui présentement favorisent la république; sans partager, dis-je, leur opinion, j'en aperçois clairement les motifs plausibles et les raisons sérieuses. Mais ce que je ne comprends pas, c'est que ces hommes éclairés et bien intentionnés se soient adressés à la légitimité.

En ceci, leurs lumières les abandonnent, leurs bonnes intentions s'égarent, et leurs plus chères convictions seront trompées. La force des choses, encore plus que l'intention des hommes, veut que cette transaction soit semée de mécomptes et de déceptions réciproques. Ils auront les paroles du prince, mais les légitimistes et les cléricaux auront le prince. Charles X est là pour montrer lequel vaut mieux, avoir le prince ou avoir les paroles. Être plus habile que Charles X avec les mêmes vues politiques et religieuses, voilà sur quoi roulera toute la future restauration.

L'hypocrisie du drapeau tricolore chez les poli-

RESTAURATIOS PE U r.ÉGlTtMITÉ.

tiques qui poursuivent lu reslauratioii légilimislc, en est le visible augure. Et comment exprimer autrement ce changement de couleurs, quand on lit diins lu lettre de M. le comte de Clianibord à M. Dupanluup: « La France ne comprend pas plus le clief " de la maison de Bourbon reniant l'étendard d'Al- >i (ter, qu'elle n'eût compris l'évèque d'Orléans se « résignant à siéger h l'Académie française en com- " pagnie de sceptiques et d'atliées (1). »

Cette année de 1K7^ représente lîdèlement l'année de 1851. On travaillait alors, comme on travaille aujourd'bui, contre la république. En lltSl, l'ennemi en eUiU le prince Louis-Napoléon, préUdent; i>ii 1813, l'ennemi en est une coalition formée dans la droite et le centre droit. Les mob seuls sont cbsngés: c'étjiit pour l'empereur, c'est pour le roi. Il s'sgit toujours de mettre au pays la camiisale de force, en 1831 In camisole césarienne, en 187tt la camisole cléricale.

Aucune musse populaire n'appelle Henri V ; aucune uccldoiation que celle des pèlerins et des cléricaux ae se prépare pour accueillir sa royauté. Inutile royauté qui ne nous uété d'aucune aide ni dans nos désastres ni dans notre réparation; royauté vieillie (|ui ne pourrait vivre que d'adoration et qui n'en

(1] r'eil moi que ce pasta^e dtdgne; mua, j'en ricmindc pardon 1 M. le conile de Cliambord, il a ùlé inexarlement inrormi. Jb M Nil ni Kcpliiiue (ajant la foi ea la Kicnco positive, llnmheau ot gnids de \a *ie individuelle el collei:livc], ni alhAc (trailint r*Ihti«ina et In itôiin»! d'cxplicaliont du monde tfilemenl ÎdicupUblM, ri tr.-irtnnt cominc titRcressible h l'eiprit humain luule recherche d'urigini^el do On). — Daut unedèclanltou loule riiM'ntB , M. de CUanibord promet, il est vrai, la loiiirance uux proleelunti ; naii il ne promel rii^n aux libre* penspum, '|Ui, uni» divenes formel, nhI li nombreux dans toutea les eIums,

trouve plus; royauté déceptive à qui les faiseurs marchandent sa légitimité et qui leur marchande une constitution; enfin, royauté contestée et contestable tant qu'elle durera, car elle est issue d'étroits conciliabules, hors de la clarté du jour et sans la consécration nationale ! Vraiment, je ne sais par quelle frontière M. de Ghambord pourra rentrer, ni quelle ville traverser, sans entendre retentir à ses oreilles le cri de : Vive la République ! Il triomphera, je le veux, de ces clameurs, il dispersera ces foules, il passera, dût son entrée coûter des violences. Mais après? mais la suite? mais l'avenir?

Dans la France remaniée par la révolution, la légitimité cléricale est, quoi qu'on fasse, un gouvernement suspect, d'un bout du pays à l'autre, en haut et en bas, dans les villes et dans les campagnes. Quoi de plus dangereux pour lui comme pour nous qu'un gouvernement suspect?

La nouvelle restauration qu'on nous apprête, numérotons-la, cela vaut la peine ; c'est la troisième, et ce chiffre dit tout. Admirables recommenceurs ! Cette rechute dans la légitimité et le cléricalisme amènera la rechute dans la révolution. Les recommenceurs eh révolution ne manqueront pas plus que les recommenceurs en légitimité. La république, seule, ouvre une ère nouvelle, à la fois affranchie des restaurations provoquantes et des révolutions provoquées.

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