‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 62 sur 102 · S96 DU PRINCIPE DE LA SÉPARATION · texte numérisé non relu

S96 DU PRINCIPE DE LA SÉPARATION

éventualités périlleuses en un moment où il faut tant nous garder que les flammèches de l'incendie oriental, s*il s'allume, ne soient poussées jusque chei nous.

J'en étais là et j'écrivais ces lignes, quand le bruit se répandit qu'un ministère de droite se préparait, avec une forte mixture bonapartiste. Rien n'était plus menaçant; toutes les possibilités mauvaises se dressaient à la fois: le conflit, la dissolution, une chambre ou irritée ou subjuguée, des troubles, des coups de violence, et fmalement les Allemands venant mettre Tordre chez des gens qui ne savent pas le garder.

Heureusement, le lendemain, les bonnes résolutions avaient prévalu, un ministère républicain arrivait au pouvoir, et un grand appaisement s^opérait. Ge ministère est une transaction qui, comme la plupart des transactions, est suffisante et qui conserve l'essentiel.

Le péril couru doit rendre prudent à l'égard du péril à venir. Le nouveau ministère, qu'il a été difficile de former, mérite que le parti républicain ait pour lui les plus grands ménagements. Sa position est difficile devant le Sénat souvent hostile ; il ne satisfera pas tout le monde; il commettra des fautes; qui n'en commet? Mais qu'aucune diminution de sa solidité ne vienne de la majorité républicaine. Qu'en particulier on l'avertisse, on le conseille, on le gourmande, et qu'en public on le soutienne. C'est la loi de la situation.

Ge qui rend la prudence en nos circonstances une vertu de première nécessité, c'est que passer d'un ministère de gauche à un ministère de droite n'est pas du tout aller de whigs à torys; c'est passer à

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une entreprise conlrp l'eKisItiiice mcnic de la r^puttliquc. Soyons assurés que, dnns la lulle lon)(ue et iicharnée qui nou» atlend, nos adversaires, qui dorénavant peuvent peu par eux-mêmes, pourraient be4iucou{> par nos fautes.

Il nous vient, de l'autre cdté du niiîn, certains avcrlissemenls qui ne manquent pus de graviié. Les Allemands se disent inquiets de la prépondérance qu'ils uttribucnt cheï nous au parti clérical, tout disposé, selon eux, k s'engager plus ou moins làl dans une campagne coiilre l'Allemagne. Comme ils ont entamé ce qu'ils nomment triomphalement le Kuilurkampf{i), c'esl-à-dire le combat contre le catliolicismc, ils craignent que le catholicisme, maître de la France, ne s'arme contre le KuUitrkamfif. Mais lout ceci, réel ou affcuté, repose sur une fausse appréciation de notre état lliéologique. Quoi qu'ils Mtulicnnent, la théologie a moins d'empire chez nous que chez eux. Ils n'ont point fait la révolution lie 1780; et cette révolution nous a donné, à cet égard, Tavance sur les pays protestanls.

Ce qui est vrai dans le cléricalisme qu'on nous impute, c'est (jue, depuis un certain intervalle de temps, la noblesse légitimiste et ta haute bourgeoisie se sont Jetées avec éclat dans le parti cléricoL En revanche, les répugnances pour le cléricalisme ont crû considérablement parmi les classes populaires. Beaucoup de signes s'en font voir : je cite volontiers comme très frappant le refus que fait le suffrage universel de nommer des députés cléricaux. La compensation est donc sulTisante et au delà. D'autant plus que cette dissidence théologique

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cnlrc le petit nombre et le grand nombre est la cause pour laquelle les classes hautes, malgré la position et la richesfie, ont perdu leur influence sur les classes populaires.

Pendant qu'on nous soupçonne véhémentement parmi le public allemand d'être capables, entre autres folies, d'une croisade en faveur du Sytlabus, M. de Bismarck (et sa parole est, sans conteste, la parole de FAllemagne) a dit : » Nous n^avons en Europe qu'un ennemi. » Si un commentaire était nécessaire, tous les journaux l'ont donné, et cet ennemi c'est la France. Une telle parole nous oblige à travailler sans Relâche à la réorganisation de notre état militaire ; et, à ce point de vue, changeons le moins qu'il est possible nos ministres de la guerre ; car tout changement de ministre est un retard, et tout retard nous est dommageable.

Ce n'est pas seulement au point de vue de notre réorganisation militaire que le temps nous est nécessaire. 11 nous l'est aussi pour laisser sortir des veines du corps social cette lie impériale qu'un régime démoralisateur y accumulait incessamment. Je disais, en 1870, avant les événements et en examinant à un point de vue autre que la politique le coup d'État de 1851 : « Les événements moraux ne laissent pas apercevoir tout de suite leurs conséquences, et il faut du temps et de Tespace pour les apprécier. Une violation de serment politique au plus haut degré de la hiérarchie est un événement moral; voye:«-le donc dans l'espace et dans le temps. » Vu dans l'espace et dans le temps, celut-lft a produit celte ruine morale d*un grand et puissant pays, ruine dont la suprême expression a été, dans l'ordre militaire, Sedan et Metz. Par cet échantillon,

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