DU PRINCIPE DE LA SÉPARATION DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT
[La léparatioa de TÉglise et de TÉlat n*est point un principe ; c'est un fait d'opportunité selon les lieux et les temps.]
Le mot de principe a, par soi-même, une vertu, et il est bon de s*appuyer sur des principes ; mais il ne faul pas les prendre de confiance, surtout quand ils*agit de la sociologie et de la politique ; car c'est là, vu la complexité des phénomènes, qu'il est le plus facile d'admettre comme principes toute sorte de propositions qui n'ont qu'une valeur transitoire et relative.
Examinez le principe de la séparation de TEglise et de l*État, et vous verrez que ce n'en est pas un, au sens scientifique du mot.
Il suffit pour cela de rappeler l'histoire. Au moyen âge, la séparation de l'Église et de l'État n'existait point; et c'était le principe contraire, si principe y a, qui prévalait. Par la foi, toutes les intelligences se soumettaient sans murmures à l'autorité spirituelle ; et la laïcité, pour me servir, par anticipation, de ce mot si moderne, subordonnait tous ses arrangements à la direction supérieure qui était donnée par la théologie.
Aux temps plus anciens, la confusion était encore plus complète; et, dans les cités de Rome et de la Grèce, on ne distinguait pas le pouvoir spirituel du
(1) Revue de la Philosophie positive , numéro de janvier février
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pouvoir temporel. On doit au christianisme d*avoir doté le moyen âge et TOccident de cette distinction capitale en sociologie. Peu de services dans révolution de la civilisation commune égalent celui-là ; et c'est cette distinction qui permet aujourd'hui d'agiter la question de la séparation de TÉglise et de rÉtat.
En effet le principe de la non-séparation, vrai un moment, s*est montré faux dans les moments suivants, h mesure que la théologie a subi plus de pertes sur le terrain scientifique.
La séparation de TÉglise et de TÉlat, n'étant point un principe, demeure une mesure politique, toujours subordonnée aux circonstances de temps et de lieu. Plus avancée ici, elle Test beaucoup moins ailleurs; et chaque cas, c'est-à-dire chaque pays, comporte une solution différente. Les nécessités historiques et sociales ont forcé les hommes d*Ëtat et les assemblées législatives à s'accommoder de transactions; et, dans ce domaine, le plus et le moins est largement pratiqué en Europe.
Ce que l'on entend le plus ordinairement par séparation de rÉglise et de l'État, est une situation où aucun prêtre, de quelque culte qu'il soit, n*est payé par rÉtat, et où les intérêts de chaque Église ne sont affaire que des fidèles. De cette manière d*étre religieuse on a un type complet aux États<Unis. Un pareil type n'est pas transportable en France ; les traditions et les habitudes s'y opposent; et certainement aucune assemblée n'assumera la responsabilité d'une innovation très difficile au milieu de tant d'autres difficultés internes et externes qui nous environnent. Je n'ai pas besoin d'insister là-4esius.
Allons au fond des choses. Je laisse de côté cer-
DE I/ËfiUSE ET [lE L'ÉTAT. TOS
iMins proteilants qui réclament la séparnlion et Jit liberté duns un intérêt reli^iieux: mais ceux (lui, Adversaires des idées tliéulogiques, la demandent nussi, espèrent que la théologie en éprouvera une (liuiinuliun- Eli bi«ii, tiestlii une illusion. L^s b^lals- Unis, que je viens de citer, en sont la meilleure preuve: l'Églisn et l'Étal y sont séparés, el pourtant IViiprit théologique y est plus puissant ot plus dominaleur qu'en France ; el, ii tout prendre, je préfèrp, à cet égard, notre état social uu leur.
C'est au progrès de lascience fît il l'agrandissement de l'esprit posilir qu'il faut demander le changement intellectuel et moral que l'on poursuit. A mesure qu'il 16 fera des modifications en ce aens-là, il s'en fera aussi dans le sens de la séparation.
tieci me mtne directemenl 'a la crise ministérielle et au ministère de droite qui viennent de passer sur nous; car, sous des Tonnes politiques, la théologie y a joué un rûle,
C'a éié une faute de n'avoir pas procuré au premier ministère républicain la plus longue dunie possible (1); il importe d'accoutumer la France n la ilabilité républicaine,
l/aété une Taule de n'avoir pas supporté ce qui élaitsupporlable, et, parimpaliencedetortsauxquels le temps remédiait, de s'i^tre donné le tort d'inquiéter la situation par une crise.
C'a été une faute d'avoir risqué d'amener un minisIèrA de droite; avènement dont il ne pouvait sortir que des coiidils pleins de dangers.
C'a été enfin une faute d'avoir ouvert la porte aux
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